OBSERVATION XXII
Erasmus Wilson, Maladies de la peau.
Une dame, âgée de 57 ans, a été atteinte de lichen planus pendant six ans. L’éruplion était placée sur la face des poignets, au pli du coude, dars l’aisselle et sous une forme marquée autour de la circonférence entière du périnée, de la vulve et de l’anus..
Sur la face des poignets, il y a quelques papules dispersées, tandis que dans les autres parties les papules ont pris un caractère centrifuge et marginé, formant des cercles de forme irrégulière, entourant une surface de peau saine sur lesquelles les papules se sont affaissées et ont disparu.
Le plus remarquable caractère de l’éruption, dans ce cas de longue durée, est l'épaisseur, la dureté et la blancheur de la couche d’épiderme parcheminée des papules. Aux poignets, le plateau épidermique blanc et opaque est entouré par une bordure de rougeur. Au pli de l’avant-bras, le lichen forme des cercles presque continus avec très peu de rougeur, Autour du périnée et à l'aine, l’épaisse couche blanche d’épiderme formé une bande d’un quart de pouce de largeur, dure au toucher et qui gêne pour s’asseoir comme si un morceau de parchemin sec élait glissé sous la peau. La surface des cercles aux plis des coudes et des aisselles est claire et pâle à cause
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du manque de nutrition dela peau, tandis-que la surface des ronds: du périnée est touchée de pigments bruns et rongée par la concrétion de l'exsudation séborrhéique. Un très léger prurit a accompagné l’éruption ; il n’y a rien aux mains, aux pieds el aux ongles.
La malade rapporte son:affection « au changement de vie », Environ dix ans auparavant, elle souffrait cruellement d'un prurit du vagin et, quand le prurit cessa, une éruption apparut sur la partie extérieure de la vulve et des aines, qui ressemblait à un eczéma. Le lichen planus arriva ensuite, et dernièrement cetie dame.a éprouvé une sensation douloureuse de -prurit sur le devant de la poitrine.
3 Lichen plan aigu.
Nous avons décrit, jusqu'ici, un lichen plan à marche chronique, mettant des mois, parfois des années à se produire, procédant par poussées successives, et par intermittences. Dans des circonstances tout à fait opposées, on voit l’éruption-se faire avec une rapidité très grande. En quinze jours, en huit jours, en cinq jours même (observation XXIV), les papules sont sorties, les plaques se sont formées, et la maladie, au lieu de se localiser dans une région déterminée, a envahi du premier coup toute la surface du corps. Il y a là, évidemmert, un caractère d’acuité qui n'existe point dans notre première forme, et sur lequel nous devions insister äès le début, car il justifie à nos yeux Ja division que nous avons établie en tête de ce travail. Voyons maintenant en quoi la forme aiguë diffère de la formechronique.
Comme début, sauf bienientendu sa rapidité, nous n'avons rien à moter. Cependant, dans un cas (obser-
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vation X XV), l'éruption a été annoncée par une sensation de froid généralisée.
A la période d'état de la maladie, nous retrouvons les papules et les plaques déjà décrites. Nous ne ferons qu’indiquer, chemin faisant, les différences qu’elles peuvent présenter ici.
Les papules n'oat rien de spécial, sauf leur coloration. Celle-ci, au lieu d’être d’un rouge jaunâtre, est d’un rouge intense, foncé, disparaissant à la pression du doigt, en laissant après lui une teinte ocreuse. Le brillant est moins marqué. Les plaques, résultat de la confluence des papules, sont nombreuses, larges, et recouvrent presque toute l'étendue du corps, séparées l’une de l’autre par quelques intervalles de peau respectée par l’éruption, mais plus ou moins rouge et érythémateuse (chez la malade qui a fait l’objet de l'observation X XV, une immense nappe rouge recouvrait les fesses et les reins ; mais nous devons ajouter qu'elle avait fait usage de pommades irritantes). La main, appliquée à leur niveau, y constate un certain degré d’hyperthermie, parfois très accusé, et une sensibilité anormale. Le toucher, le frolement par les habits sont douloureux. Sur certaines plaques, les papules juxtaposées sont encore visibles ; sur d’autres, au contraire, elles sont si intimement unies qu’on ne peut plus les distinguer. La peau qui les supporte est certainement moins épaissie que dans le lichen corné, mais, à coup sûr, elle l’est plus que dans le lichen p'an chronique ; il en est de même du prurit et de la desquamation. Celle-ci est toujours formée de squames fines, blanches purpuracées, mais elle est ici plus abondante, et s'observe sur presque toutes les pla-
ques. Qu'on nous permette de montrer l'importance que pourrait acquérir, en l'espèce, l'existence de cette abondante desquamation.
Certains auteurs, entre autres, Buchanan Baxter, ont rapporté des cas de lichen terminés par une exfoliation épidermique généralisée. Or, dans la forme aiguë que nous étudions maintenant, ce qui prédomine, en somme, c’est l’acuité dans la marche de la maladie, et cette acuité est en rapport avec une congestion du derme plus marquée que dans la forme chronique. Cette congestion, à son tour, nous explique l'intensité plus grande de certains symptômes : rougeur vive des papules et des plaques ; chaleur et sensibilité à la main; violence du prurit, abondance de la desquamation.
Hé bien! qu’on suppose un degré de plus, et on comprendra la possibilité de la terminaison signalée par Buchanan Baxter, et qui correspond à l'herpétide exfoliatrice de Bazin, consécutive au lichen ruber, dans le cas présent. Certes, nous sommes loin d’affirmer qu'il puisse en être ainsi; mais nous croyons devoir publier l’observation suivante :
Lichen ruber se transformant en dermatite exfoliatrice généralisée. Emaciation et disparition des forces. Guérison par le traitement. Mort pendant la convalescence, causée par le typhus,
P... (L.), âgé de 7 ans, me fut apporté à Evelina-Hospital pour les enfants malades, le 235 novembre 1872. Sa mère raconte qu'il avait subi une seconde attaque de scarlatine quelques jours avant et desquama en entier. Pas d’albuminurie consécutive, la santé avait toujours été bonne. Il n’y avait pas de maladie de peau dans la fa— mille, pas d'apparence de contagion syphilitique. La maladie actuelle commença il y a trois semaines, lorsqu'on remarqua que sa
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face était un peu couverte de croûtes. Au même moments on remar+ qua des taches sur son dos. C’était un enfant bien nourri, paraissant bien portant, d’une belle constitution, avec une chevelure soyeuse. La peau de la face, cou et oreilles, était d’une teinte rouge uniforme et basanée, un peu. infiltrée, l'épiderme s’exfoliait en larges flocons blancs. L’infiltration s’étendait bien dans les conduits andilifs externes des deux côtés et prenait les paupières. Le cuir chevelu était couvert complètement de petites écailles argentées, pas de peau saine n'étant perceptible, à l’exception des cheveux.
Les poils dn cuir chevelu, aussi bien que céux des sourcils et des cils, paraissaient normaux et ne tombaient pas facilement quand on les tirai.
Le dos était occupé par une plaque fort large, qui s’étendait du cou au bord supérieur des fesses en bas et de chaque côté à quelque distance de la ligne médiane. Elle était à peu près symétrique par rapport à l’épine dorsale. La surface malade était recouverle de squames larges, blanches.
En les enlevant par le grattage, on voyait la peau grandement infiltrée d'un rouge sombre, presque d'une teinte cuivrée. Sa surface était aréolée, montrant assez clairement que les plaques étaient constituées d’un grand nombre de papules très agrégées ou confluentes.
Autour des extrémités de cette plaque écaileuse, spécialement en bas, où l’éraption était Je plus récente, étaient dispersées plusieurs papules discrètes en groupe de dix à douze. Ces papules étaient d'un rouge plus brillant et plus vif, polygonales, avec des sommets aplatis et des bords escarpés, larges, extrêmement dures. Elles ne faisaient que commencer à devenir écailleuses. La peau, entre elles, était tou à fait normale; elles n'étaient pas entourées d’une aréole, leur rougeur était strictement limitée à leur propre substance.
L’éruption s'étendit avec beaucoup des mêmes caractères autour de la poitrine jusqu’au devant sur le sternum; elle forme une plaque écailleuse autour des mamelons et de l'abdomen; elle était papuleuse, les papules étant, soil solitaires, soit agminées. Elle passa latéralement de chaque côté du scrotum pour rcjeindre une plaque écailleuse symétrique sur le bord inférieur de la région fessière.
Les aisselles étaient couvertes d’une facon épaisse; les bras, dans leur partie supérieure, avaient beaucoup de papules sur leur surface de flexion, papules qui devenaient plus épaisses et devenaient écailleuses sur le pli du coude. Du coude au poignet, l’avant-bras, sur son bord cubital, était écailleux sur une base infilirée d’un rouge brillant. Sur la surface de flexion, vers sa partie inférieure, les papules devenaient confluentes, sur le poignet la peau était fissurée. La peau des mains était rouge, brillante et luissante; elle était rude
D, rt,
et avait perdu sa souplesse naturelle, l’épiderme se desquamant en écailles d’une grandeur considérable. Les plis interdigitaux étaient profondément fissurés. Sur la face dorsale des doigts et des mains, étaient de nombreuses papules discrètes et confluentes. Les ongles n'étaient pas atteints. Les cuisses étaient presque indemnes d’éruption. Juste au-dessous de là rotule était une plaque ovale écailleuse, non différente du psoriasis.
Les plantes des pieds étaient d’un rouge brillant, infiltrées; ni desquamation, ni fissures. La rougeur et l'infiltration s'étendaient sur la surface dorsale des orteils, mais non sur celle des pieds ou des chevilles. Les ongles étaient normaux,
L’éruption était partout absolument sèche. La membrane muqueuse de la bouche et de la gorge était normale. Il n'y avait pas d’anémie, pas d’engorgement glandulaire, pas de fièvre, ni de trou« ble constitutionnel. L'urine ne contenait pas d’albumine. 11 y avait à peine de démangeaisons, mais beaucoup de cuisson et de fourmillement,
Une semaine plus tard, on prit la note suivante :
« L'enfant paraît décidément plus maigre et plus faible que jamais. La couleur des plaques est décidément moins vive, une sousteinie jaunâtre ou brunätre-étant partout mêlée au rouge. L'infiliration est elle-même moins marquée qu’elle ne l'était, Les papules isolées pour la plus grande partie se sont réunies avec les plaques plus larges; celles qui ont conservé: leur indépendance ont perdu un peu de leur dureté et de leur physionomie abruple caractéristique. [l n’en est pas survenu de nouvelles. Ongles encore normaux. Desquamation très profuse. Lorsqu'on enlève la chemise de l'enfant, il tombe une pluie de larges flocons papyracés. Sa mère dit que ses draps en sont remplis le matin,»
D' Tagger, qui était alors mon collègue, voulut bien voir le malade avec moi et me dit qu’à son avis ce cas en ect élat poutrait bien être un cas de « psoriasis aigu »,
12 décembre. La rougeur et l'infiltration ont élé observées en décroissance. La désquamation était encore très abondante, mais les écailles étaient petites et semblables à du son. Les ongles commençaient à présenter des signes de participation au processus morbide; la portion basilaire de chaque ongle était tout à fait molle.
Le 19. La rougeurétait limitée aux paumes des mains el à Ja plante des pieds. La peau, dure et rigide, était maintenant très gercée vers les pieds et les mains et derrière les oreilles.
2 janvier 1873. La peau élait partout souple, quoique une abondante desquamation furfuracée masquât les progrès de l’amélioration. Les rhagades étaient guéries. Même la peau des mains, qui avaient été aussi dure qu'une tranche de lard, était maintenant tout
à fait souple, quoique encore d’une teinte rouge sombre. L'enfant était d’une maigreur et d’une faiblesse alarmantes.
20 février. L'éruption était presque disparue. Les parties de la peau qui avaient été infiltrées étaient encore sèches et légèrement pityriasiques. Le cuir chevelu était encore recouvert de lamelles semblables à du son. Les ongles étaient en train de tomber. L’enfant était émacié et affaissé; il commençait à prendre de la nourriture mieux qu’il ne l'avait fait jusqu'ici.
Je n'ai jamais vu depuis le malade. Vers le milieu de mars, il fut pris de fièvre ; son médecin fit le diagnostic du typhus; quoi que cela ait pu être, cela le tua en très peu de jours. Sa maladie de peau ne paraît pas avoir récidivé.
Du 25 novembre au 30 janvier, il fut traité avec des bains chauds et des onctions de pommade au benzoate de zinc, et il prit de la solution de Fowler à l'intérieur. Pendant le mois de février, il ne prit que de l'huile de foie de morue. Comme c’était un malade du dehors, sa température ne fut prise qu'à de rares iLtervalles et toujours le matin ; elle n’a jamais dépassé 100. :
En dehors de cette terminaison assurément très exceptionnelle, la forme aiguë du lichen plan aboutit à la guérison. Celle-ci survient au bout d’un temps variable, suivant que l’affection a ou n’a pas été traitée. La maladie,en effet, après avoir débuté brusquement, après s'être rapidement généralisée, revêt une marche lente, semblable à celle du lichen chronique d'emblée. Ici aussi, la guérison est suivie de pigmentation de la
peau.
Observations de lichen planus aigu.
OBSERVATION XXIVa Lichen aigu généralisé. Bains sulfureux. Guérison.
Due à l’obligeance de M. le docteur Lailler,
X..., âgée de 15 ans, passementière, entrée à l'hôpital Saint- Louis le 21 octobre 1864, salle Saint-Thomas, lit ne 15.
Pas de gourme; quelques glandes dans le cou. Dispositon à la blépharite ciliaire. Rien dans sa familte. Pas encore réglée. Bonne santé antérieure. N'a jamais eu de maladie de peau.
I y à quinze jours, a apparu sur la poitrine une petite dartre arrondie, grosse comme une pièce de 50 centimes.
Vives démangeaisons. La malade se gratte beaucoup. L'éruption se développe rapidement et en cinq jours occupetoute la surface du corps, sauf la lête,
Elat actuel. — La malade présente sur la poitrine une éruption de lichen bien caractérisée. En cet endroit, on remarque des plaques arrondies rouge clair, saillantes, à bords nets, avec une desquamation furfuracée, sèche et blanche. La coloration de l'éruption est d’un rouge clair tirant sur le jaune. A côté de ces plaques on en voit de plus petites, et enfin une quantité innombrable de petits boutons rouge clair, isolés, saillants. Même éruption aux jambes, bras, dos et cou. Rien à la figure. Démangeaisons très vives.
28 octobre. Bains sulfureux tous les deux jours.
2 novembre. Eruption disparue sur le thorax. Il n'en reste plus qu'aux jambes.
Le 17, Sortie guérie entièrement.