‹ Contribution à l'étude du Lichen planusChapitre 33 sur 41 · OBSERVATION XX VI · texte numérisé non relu

OBSERVATION XX VI

Lichen planus ayant envahi la presque totalité du corps dans l’espace de huit jours (contenue dans la thèse d'Hécuy).

Le nommé L..… (Alphonse), âgé de 30 ans, garcon épicier, entre dans le service du Dr Fournier, salle Saint-Louis, n° 37, le 16 mars

Le malade n’aceuse pas d’antécédents héréditaires ni persennels.

Pas de syphilis, pas de rhumatisme. Il a deux enfants très bien porlants.

Cet homme est d'une constitution vigoureuse et son état général est tout à fait satisfaisant. Il ne se plaint que d’un peu d’oppression précordiale et d’un enrouement consécutif à une bronchite qu'il a gagnée pendant la dernière guerre. On ne trouve rien au cœur ni aux poumons. Pas de dyspepsie. Excès alcooliques fréquents.

Il y a deux mois, sans qu’il tit aucun écart de régime, sans qu'il prîitaucun aliment excitant (moules, charcuterie, etc.),sans éprouver de frissons ni de fièvre, il fut pris d'une éruption abondante sur la poitrine et sur le dos; dans l’espace de huit jours, l'éruption était

générale au tronc et aux membres, mais tandis qu'elle occupait toute la surface du tronc dans les quarante-huit heures, elle mettait buit jours à envahir la totalité des membres.

L'éruption est aujourd’hui très abondante; elle a une coloration rouge vineux, rouge brun et d’un reflet carmin foncé. Le corps en est couvert comme d’une variole très cohérente dont les pustules seraient rendues violacées par une hémorrhagie intra-pustuleuse.

Les papules existent en petit nombre sur les côtés de la poitrine; elles sont plus larges et plus nombreuses sur la région sternale et offrent une légère desquamation.

Sur le dos, les papules réunies forment des plaques de dimension variable, depuis 3 millimètres jusqu’à 4 et 2 centimètres.

Sur la région lombaire et sacrée, les plaques sont larges, irrégulières sur leurs bords, et desquamant à leur surface.

Sur le ventre, les papules offrent les dimensions d’une lentille et restent isolées les unes des autres.

C’est sur leshypochondres que l’éruption estsurtout confluente, et celte confluence est si grande que la peau est pour ainsi dire transformée en une plaque épaisse et rugueuse ; elle est d'ailleurs partout infiltrée et, quand on la soulève entre deux doigts, le pli présente une épaisseur considérable. Les saïllies des papules sont très sen- sensibles au doigt; en les regardant obliquement, ‘on constate qu’elles sont en très grandnombre, petites, vernissées, duisantes, du xolume d’un grain de millet, déprimées à leur centre.

Sur les membres supérieurs, éruption, médiocrement abondante du côté de la flexion, forme de larges plaques irrégulières recouvertes de petites squames, sur la face postérieure et surtout à la face externe des avant-bras. Sur les Gpaules, les papules sont moins nombreuses.

La figure, le poignet, n’ont pas élé touchés par l’éruption.

La coloration lie de vin pâlit par la pression des doigts, On se croirait en vérité devant un cas de variole cohérente hémorrhagique au sixième jour, quand Péruption longtemps retardée par l'hémorrhagie se produit sous forme de pelites papules fines, serrées, irrégulièrement placées, les unes indépendantes, les autres confluentes et allant hientôt passer à d'état de vésicules très serrées, mais peu développées.

La base des papules n’a cependant pas la-rougeur vive des aréoles conjectives des papules variohiques; et si l'aspect brillant,

vitreux, vésiculiforme est bien net par places, dans certains autres points, aux fesses, par exemple, on trouve des papuies ternes, épaisses, pleines, qui n’ont plus rien de commun aveG la variole.

Membres inférieurs. — A la face interne des cuisses, l’éruption ne forme que des taches disséminées de {la largeur d'une lentille;

la région postérieure est restée presque indemne. Vers le scrolum, à la racine du membre, l’éruption est plus intense. A sa parle inférieure et interne on remarque une large plaque, irrégulière sur les bords, élevée, chagrinée et garnie de squames abondantes : cette plaque a de haut en bas huit centimètres de diamètre et quatre à cinq centimètres d'avant en arrière; elle repose sur une tumeur variqueuse que le malade porte depuis six mois.

Aux jambes, les plaques sont très dures, épaisses, d’une coloration ardoisée et brunâtre très accentuée, pâlissant à peine par la pression des doigls. L’éruption est plus confluente sur la partie antéro-externe que sur les autres côtés.

L'éruption sur les pieds est formée de petites papules dissémi nées, groupées vers la malléole externe et sur la face dorsale du métatarse. On ne trouve rien sur les orteils.

L'éruption n'offre rien de particulier sur le scrotum el sur la verge.

Les ganglions de l'aine ne sont pas douloureux et n'offrent pas d’engorgement.

Traitement

1° Une cuillerée à soupe de la solution arsenicale par jour (un centigramme d’arséniate de soude);

20 Frictions avec la pommade au glycérolé tartrique 20 0/0.

23 mars. Sur quelques points se montrent des papules disposées en îlots déprimés et pigmentés au centre ; en d’autres points on observe une desquamation furfuracée et blanche. En résumé, ce qui frappe le plus, c’est l'aspect papuleux et brillant de l’éruption dont les efflorescences sont tantôt du volume d'un grain de millet et restent isolées ; tantôt elles deviennent confluentes, se réunissent pour former des plaques dures, épaisses, raboteuses et de coloration d’un carmin violacé.

Les papules récentes sont plus rouges que les anciennes, cellesci deviennent plus foncées, sombres. Les papules sont luisantes et transparentes à tel point qu'on pourrait les prendre pour des vésicules. Elles sont séparées par les plis normaux non hypertrophiés de la peau. Sur certains points, le traitement paraît avoir une action efficace.

25 mars. L'amélioration continue et il ne s’est pas produit de poussées nouvelles de papules.

L’affection paraît limitée dès maintenant aux lésions produites. Les plaques sont moins saillantes et la rougeur moins vive ; elles deviennenÿ plus brunes, carminées. Les plus anciennes sont même noirâtres el pigmentées.

I n’y à jamais eu de suintement ; il existe au contraire une sécheresse spéciale de la peau. La démangeaison est très supportable ;

les papules écorchées laissent voir la couche de Maipighi rouge, injectée, luisante, comme après une excoristion cutanée banale.

Au niveau du sein, l'aspect grenu de l’éruption est toujours conservé ; il est sensible à l’œil et au doigt ; les papules donnent la sensation de peau de chagrin. Elles sont très vasculaires et, si on vient à les transpercer avec une aiguille, il en sort immédiatement beaucoup plus de sang que sur une papille normale. Quelques papules ont un aspect purpurique très intense.

Les plaques surélevées, rugueuses, sont brunes el deviennent le siège d’une desquamation assezabondante.

Les saillies papuleuses à un degré plus avancé s’affaissent très rapidement du jour au lendemain.

Dans les plaques formées par la confluence des papules, les papules qui occupent le centre disparaissent les premières et à leur place on trouve une dépression d’une teinte jaune ocre ou vert très remarquable.

Cette dépression pigmentée est entourée par une sorte de bourrelet formé par les papules du bord de la plaque.

Ces taches, du volume d’une lentille, d’un pois ou même plus, étendues, irrégulières, s'envoient les unes aux autres des prolongements qui passent par des points déprimés de la bordure des

- plaques.

Celles-ci demeurent plus abondantes aux membres que sur le tronc. Sur les lombes, ces plaques jaune ocre, déprimées à leur centre, sont plus larges et ont un reflet verdâtre.

Le 27. Le malade est rappelé chez lui. Depuis qu'il est en traitement il n’a pas eu de poussée nouvelle. Les plaques continuent à prendre une teinte ocreuse et à se déprimer à leur centre. =

Le malade n’éprouve aucune démangeaison ; si ce n’est lorsqu'il est dans son lit ou lorsqu'il s’échauffe par l'exercice musculaire.

L'aspect des papules est toujours remarquable par leur transparence, leur éclat vitreux, leur teinte brunâtre.

27 avril. La peau cst presque entièrement couverte de taches fortement pigmentées qui donnent à la peau un aspect tigré ; ces taches sont irrégulières de forme et de disposition : fes anes sont ponctiformes, les autres sont disposées en corymbes, en segment de cercle s'entrelaçant par leurs prolongements; cette dernière s’observe surtout sur les flancs et dans les points où l’éruption a été confluente. Mais ce qu’on observe de plus remarquable, ce sont ces plaques acceptant la forme de rosaces : les petites papules qui les remplissaient exactement ont disparu à leur centre, de telle sorte que les papules n’ont persisté que sur les bords qui apparaissent en formant une légère saillie frangée ; le centre de la plaque n’est plus

marqué après la disparition des papules que par une pigmentation jaune brunâtre très. accentuée : il est de plus marqué par une dépression d'autant plus manifeste que les bords sont plus saillants. La circonférence formée par les papules qui bordent les plaques est dans un certain nombre d’entre elles d'une régularité irréprochable. Gette forme circinée est d'autant plus remarquable qu’elle ne paraît que dans un des derniers stades de l’éruption. Rien en effet au début ne pouvait faire supposer que l'éruption prendrait cette forme régulière qui prédomine presque partout. Il ne se fait aucune desquamation et il n'existe pas de prurit. .

La teinte lie de vin evlore les parties malades plus récentes ; dans les points plus anciens on trouve une teinte ocreuse,

La teinte lie de vin qui est purement congeslive disparaît par la pression et il ne reste plus quella teinte ocreuse due àla pigmentation.

La plaque squamée qu’on trouve sur la tumeur variqueuse est très dure, très épaisse, et est le siège d’un pruril intense contrairement aux autres parties,

La pigmentation est plus prononcée sur les membres inférieurs, où elle forme de larges taches brunes qui occupent la plus grande partie des jambes.

Pas d'éruption sur les genoux et les coudes ; elle s'arrête brusquement en bracelet au cou et au poignet de façon à laisser la face et les mains tout à fait indemnes. |

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