CHAPITRE Il
ÉTIOLOGIE.
Le lichen plan est une maladie relativement peu fréquente. À l'hôpital Saint-Louis, on n'en observe . guère plus de 8 à 10 cas par année. D’après M. le doc- . teur Besnier qui a bien voulu nous fixer à ce sujet dans : une communication orale récente, l'affection serait plus commune parmi les gens riches que parmi Îles gens pauvres, dans la clientèle de ville que dans la clientèle hospitalière.
Age. — Dans les observations que nous avons ras- ” semblées, le plus jeune des malades avait 15 ans; le plus âgé 59 ans, mais c’est surtout de 25 à 50 ans, que les individus ont été atteints. On peut donc dire que l'affection sévit surtout sur les adultes. Cependant, Tilbury Fox et Kaposi ont observé deux cas chez des enfants atteints de 8 à 9 mois; ce qui prouve que cette règle n’a rien d’absolu.
Sexe. — Sur 26 cas, nous avons trouvé 16 hommes et 8 femmes. Deux fois, le sexe n’est pas indiqué. En somme, on peut dire, que sur 3 cas de lichen, il y a, en général, 2 hommes pour 1 femme.
Profession. -— Paraïit sans influence spéciale sur le développement de la maladie.
Saisons: — Dans nos observations, 14 fois seulement l’époque du début a été mentionnée. 8 fois l’é-
fuption a apparu du mois de février au mois de mai” 6 fois, elle s’est montrée du mois de mai au mois de février.
La maladie semble donc survenir de préférence au printemps, et ce fait coïncide parfaitement avec l'observation quotidienne de l'hôpital Saint-Louis.
, . : y C'est, en effet, presque exclusivement à cette époque, qu'on observe le lichen plan.
.Contagion. Hérédité. — L’affection n’est ni héréditaire, ni contagieuse, Dans la plupart des cas, les parents eux-mêmes n’ont jamais eu de maladies de la peau. :
Scrofule.— Six de nos malades avaient eu, soit dans
- leur enfance, soit plus tard, diverses manifestations
strumeuses (gourmes, maux d'yeux, maux d'oreilles).
La proportion numérique est trop faible, croyons-
nous, pour qu'on puisse établir un rapport de cause à effet entre les.deux affections.
La même réflexion s'impose en ce qui concerne l’alcoolisme et la syphilis. Nous devrons, du reste, revenir sur ce dernier point, à propos du diagnostic différentiel.
Arthritisme.— C'est de toutes les causes du lichen plan, celle qui est la plus certaine et la plus fréquente. M. le D'-Vidal a souvent appelé notre attention sur ce fait, absolument confirmé, du reste, par nos propres observations. Les malades sont, en général, très sujets aux maux de tête, aux migraines, ou bien, ils sont rhumatisants. Certains sont d'ordinaire très constipés; d’autres ont des hémorrhoïdes, et dans un cas de Wiison (observation 1) le début de l’éruption coïn-
be
cida avec leur disparition. À côté de cette cause dont l'influence n’est pas douteuse, il en est une autre très importante aussi, et liée à l’existence de
Troubles du système nerveux. — Le lichen plan étant plus fréquent chez l'homme que chez la femme, il semble, au premier abord, qu’il ne doive point en être ainsi. Cependant, les malades affectés de lichen plan sont d'ordinaire des gens très nerveux, très impressionnables. Ils:se mettent facilement en colère. S'il s’agit d’une femme, elle vous raconte, « qu'elle rit ou pleure pour le moindre rien ». Parfois même, Île nervosisme est poussé à un tel degré qu’il se traduit par des manifestations hystériformes diverses (sensations de clou, de boule, etc...) ou par de véritables attaques d'hystérie (observation V).
Tilbury Fox (1), le premier, a beaucoup insisté sur ce point, qu’il a repris ensuite dans une « note sur l’origine nerveuse du lichen plan » (2). L'auteur cite un cas où l'éruption a été précédée d'agitation, d’anxiété, de dépression nerveuse, et de troubles du système sympathique. Pour lui, l’éruption consiste en une hyperhémie chronique avec paralysie des
nerfs æ
Troubles généraux. — La maladie survient chez des gens en parfaite santé, et les troubles genéraux font défaut.
En résumé, tout ce qu’on peut dire, c’est que, le li chen plan est une affection de l’âge adulte, s’observant
(1) Tilbury Fox, Maladies de la peau, 1873. 8° édition. (2) T. Colcots Fox. British med. Journal, 23 août 1879, p. 292,
de préférence dans le sexe masculin, et survenant, en général, chez des sujets arthritiques ou nerveux. Jusqu’à présent, on n'avait pas, Cruyons-nous, suffisam-— ment démontré l'influence de ces deux dernières causes sur le développement de la maladie.