OBSERVATION XI
Traduite d’Erasmus Wilson.
Un marchand de la Cité de Londres, âgé de 35 ans, nous consulta vers le 8 mars 1866 pourune éruption de lichen pianos quicouvrait la totalité de l’abdomen, les reins et la région pelvienne du dos, la partie extérieure des hanches et la face des avant-bras. Il déclarait que l’éruption existait depuis quatre mois ; que son attention avait d’abord été attirée en voyant l’éruption sur l’abdomen ; qu’elle n’était point accompagnée de gêne d’aucune sorte; qu’il y avait une démangeaison insignifiante lorsqu’il s’échauffait par l’exercice, mais pas assez forte pour exciter du grattage et n’étant jamais de nature à troubler le sommeil.
L’éruption présentait les caractères ordinaires du lichen planus, à savoir : des papules légèrement élevées, aplaties ou plutôt déprimées, lisses au sommet, marquées au centre par l’ouverture d’un follicule, discrètes, douces au toucher et d’une couleur rougeâtre; leur taille variant entre une ligne ou deux de diamètre. En trois ou quatre endroitsun amas de papules avait été réuni par infiltration de la peau sous-jacente et formait une plaque à contours irréguliers de la taille d’un quart de pouce , et une tache de figure quadrangulaire, produite de cette manière, mesurait un demi-pouce de diamètre. il n’y eut jamais d’écaille ni de desquamation. L’éruption ayant atteint son étendue actuelle par la poussée successive de nou-
velles papules, développées dans les intervalles des anciennes, et les papules ne montraient aucune tendance à croître individuellement.
Il a toujours possédé un bon état de santé; il s’occupe de ses affaires, chaque jour de 9 heures 1/2 jusqu’à 6 heures, est régulier dans ses habitudes et a dernièrement quitté le service militaire parce qu’il est marié. Sa peau est hâlée.
Avant l’attaque de lichen planus, il souffrait de pesanteur à la région précordiale, de nausées, de dyspepsie flatulente et aussi d’hémorrhoïdes ; mais ces symptômes disparurent à l’apparition de l’éruption .
N’ayant ici aucune indication générale à considérer, nous lui prescrivîmes notre préparation ferro-arsenicale à une dose équivalente à trois gouttes de la solution de Fowler trois fois par jour, et de faire usage soir et matin d’une lotion de bichlorure de mercure, deux grains par once, dans une émulsion d’amandes amères, la peau étant auparavant bien lavée avec du savon de goudron de genévrier. Vers le 22 mars, l’éruption s’était considérablement affaissée et, comme il ne ressentait aucune gène du traitement interne, nous augmentâmes la dose de solution de Fowler à quatre gouttes.
Vers le 15 avril suivant, l’éruption avait disparu, laissant seulement des taches brunes qui tachetaient la surface du corps. Les papules disparurent sans desquamer, et à un endroit seulement il y eut un léger degré de desquamation de l’épiderme.