OBSERVATION XIII
Erasmus Wilson.
Un jeune homme, étudiant d’Oxford, âgé de 22 ans, fut atteint d’une éruption de lichen planus au commencement de février 1866 et vint nous consulter à peu près à la lin de mars. L’éruption commença sur les hanches, en forme d’amas de papules plates, rouges et polies; elles se montrèrent ensuite à la face des avant-bras, puis à l’abdomen et de là s’étendirent au tronc tout entier. Sur les hanches et les avant-bras, l’éruption est discrète, entremêlée d’un petit nombre de plaques cohérentes d’un tiers de pouce de diamètre. L’abdomen présente un aspect remarquable, étant tout couvert de petites plaques oblongues cohérentes. Les plaques mesurent environ un pouce de longueur et un tiers ou un quart de pouce en largeur; elles sont disposées suivant une direction transverse et oblique, tandis que les espaces intermédiaires sont parsemés de papules séparées. Le plus grand nombre des plaques sont revêtues à la sur face par un épiderme poli, pendant qu’un petit nombre sont en état de desquamation ; les écailles tombées étant blanches, minces et brillantes.. La peau entre les plaques est rouge et marquée de plis lins, sèche et pulvérulente; et toute la surface du corps est remarquable par son apparence sèche, plissée, pulvérulente et écailleuse.
L’éruption se montra sans démangeaisons et a été exempte de prurit pendant sa durée entière, si l’on excepte un léger degré d’irritation préexistante. Quand le corps était échauffé par l’exercice ou en changeant de vêtements pour se mettre au lit, les parties sur lesquelles l’irritation est ressentie sont celles qui sont en état de desquamation.
L’éruption présente les caractères assignés par Hebra au lichen ruber : elle commence par des papules dispersées et augmente d’étendue par le développement de papules nouvelles dans les intervalles laissés entre les papules primitivement produites. Çà et là, un certain nombre de papules se joignent et forment des plaques très légèrement élevées et de figure irrégulière. Souvent leur base est infiltrée et la plaque est cimentée par un fond de rougeur. Pour peu que cette suite de papules s’étende, elle donne naissance à des taches diffuses d’une dimension considérable et qui peuvent quelquefois couvrir une grande partie du membre. Chaque papule prise iso-
lément est plate et polie, légèrement déprimée au centre et marquée par l’ouverture d’un follicule ; mais il n’v a pas de solution de continuité entre l’épiderme de la papule et l’épiderme de la peau qui l’entoure. Il n’y a point de tendance à la desquamation; pourtant, quand un groupe de papules ou un certain nombre de plaques sont reliées ensemble par une base infiltrée, le sommet plat des papules est susceptible de desquamation, et une suite d’écailles minces, blanches et brillantes se produisent à sa place. Les écailles sont beaucoup plus minces que celles de l’alphos, même lorsqu’elles sont accumulées, comme il arrive quelquefois. Elles sont purement épidermiques et non point composées en partie de sécrétions desséchées comme les écailles de l’eczéma squameux, et à la différence del’alphos elles sont plus abondantes au centre delà plaque que sur la circonférence.
Et l’éruption sous sa forme diffuse, quoique ressemblant à quelques points de vue à l’eczéma chronique et à l’alphos diffère des deux, mais se rapproche plus du dernier que du premier et peut aisément être prise pour de l’alphos érythémateux.
Notre malade est d’un tempérament nerveux et d’une constitution faible. Il a eu un petit eczéma de dentition dans son enfance, mais il a été exempt de toute affection cutanée jusqu’à la présente crise et dans les dernières années sa force et sa santé ont beaucoup gagné.
Quatre mois avant la présente attaque d’éruption, il était atteint de débilité et quelques semaines plus tard il eut de l’épistaxis qui dura plusieurs jours.
A présent il est assez bien ; ses fonctions s’accomplissent convenablement; il peut se livrer à ses études sans éprouver d’incommodité, mais il est un peu faible. 11 n’a rien aux mains, aux pieds et aux ongles.