OBSERVATION XIX
Due à l’obligeance de mon excellent collègue et ami Uribe, interne des hôpitaux.
X... (Victor), 45 ans, polisseur de glaces, entré le 2 janvier 1883, salle Saint-Louis, lit 25, service du Dr Qllivier.
Antécédents héréditaires. — Père mort d’accident. Mère morte de vieillesse à l’hospice de la Salpêtrière. Un frère dont il ne peut nous donner de renseignements.
Antécédents hygiéniques. — - Travaille comme polisseur de glaces depuis vingt ans; n’avait jamais eu d’affection cutanée. Boit ordi-
nairement une chopine de vin dans ses repas, mais ceia ne l’empêche pas d’avoir fait quelques excès, et il y a 12 ans il a eu des phénomènes d’« absinthisme aigu ». Prend du café une fois par jour, et quelquefois un petit verre d’eau-de-vie.
Antécédents pathologiques. — Très bonne santé antérieure. Signalons cependant une légère bronchite dont le début date de deux ans.
Maladie actuelle. — L’affection débuta, il y a deux mois, par des démangeaisons vives au pli du coude droit; le malade s’aperçut en même temps de l’existence de quelques petits boutons rouges occupant le coude et la face antérieure de l’avant-bras. L’éruption devint de plus en plus confluente; d’autre part, elle se montra au cou, à la face antérieure du thorax et de l’abdomen, aux cuisses et aux jambes. Pas de traitement jusqu’à présent.
Actuellement, on constate que l’éruption présente partout les mêmes caractères, et les seules différences que l’on peut trouver au premier abord tiennent à la plus ou moins grande confluence des saillies papuleuses qui constituent l’élément essentiel de l’éruption.
On voit, en effet, qu'à l’avant-bras, où l’éruption se montra d’abord, il existe une éruption confluente, qu’à certains endroits les papules arrivent à se mettre en contact, de façon à former des plaques assez étendues, saillantes, d’une coloration rouge, livide et recouvertes de légères squames blanchâtres qui se détachent facilement par le grattage.
A côté de ces plaques, on en trouve d’autres plus petites, formées par la réunion de cinq ou six saillies papuleuses séparées par des intervalles où la peau est normale.
Enfin, à côté de celles-ci, on voit de petites papules qui présentent d’ailleurs les mêmes caractères que celles que nous avons signalées plus haut.
Au bras gauche, on trouve une éruption pareille moins confluente, mais occupant aussi presque exclusivement le côtédela flexion. A la nuque, même éruption. Sur la région dorsale et thoracique antérieure, quelques papules iselées.
A la région abdominale, éruption plus abondante et qui devient d’autant plus confluente à mesure que l’on s’approche de la région inguinale. Au pli de l’aine, en effet, ii existe des plaques comme celles que nous avons signalées au coude droit. Le scrotum, le fourreau de la verge sont également envahis par l’éruption.
Signalons aussi la présence de quelques papules sur la muqueuse du gland.
Eruption également très abondante aux membres inférieurs, où elle occupe presque exclusivement la face interne des cuisses et des jambes, ainsi que le creux poplité. Cette éruption s’accompagne de
démangeaisons très vives. Pas de troubles digestifs. A la poitrine, quelques râles sibilants.
Urines : rien.
2 avril. Le malade sort, mais il reste de larges taches rouges de la grosseur d’une pièce de 50 centimes très abondantes, surfout sur la face interne des cuisses. Les bras et le tronc sont à peu près guéris.
Mai. Le malade rentre à l’hôpital pour la même affection; son état général est bon. On constate des taches brunâtres, foncées, presque violacées, sans élevure de la peau, occupant les points envahis par l’éruption, très manifestes, surtout à la partie interne des cuisses. Il n'y a pas eu de nouvelles poussées. L’état général est toujours bon.