OBSERVATION XIII
(Jalaguier — Société de Chirurgie, mars 1899)
Lipome intra-musculaire de la cuisse à marche rapide. — Forme et limites de la tumeur nettement révélées par la radiographie. — Extirpation. — Guérison.
J'ai vu pour la première fois cette jeune fille le 20 janvier dernier. Elle s'était aperçue quinze jours avant mon examen, de l'existence d'une tuméfaction assez considérable à la partie supéro-externe de la cuisse gauche; la tumeur s'était développée sans réaction sans le moindre phénomène douloureux. Je trou vai une tumeur du volume du poing, sans modification de la peau. Cette tumeur était profonde, manifestement intra-musculaire. Seslimites étaient peu nettes et sa consistance assez ferme, cependant on y découvrait une fluctuation obscure. La pression n'était nullement douloureuse. |
La jeune fille affirmait que la tumeur n'existait que depuis une quinzaine de jours. Elle en attribuait l’origine à une chute dans un escalier, qu'elle avait faite il y a huit ans.
Mon diagnostic fut assez indécis : je pensai cependant, étant donnée la marche rapide, à une tumeur maligne sous-aponévrotique, à un myxosarcome. À tout hasard, je conseillai le traitetement spécifique, qui fut institué par Méry, et continué pendant quinze jours sans aucun résultat.
Entre temps Méry avait eu l'idée de faire radiographier la cuisse par M. Radiguet, Ce sont ces radiographies que je vous présente. On constate l'intégrité absolue du fémur. On constate de plus, au niveau de la partie qui correspond à latumeur, unezone plus claire limitée par deux lignes elliptiques très nettes. Cette radiographie semblait donc montrer que le néophasme, quelle qu'en fûtla nature, était bien limité.
Je revis la malade le 17 février : la tumeur avait considérablement augmenté de volume; elle s'était étalée vers la face
20e antérieure. De nombreuses veinosités sillonnaient la peau. La malade qui n'avait pas quitté le lit depuis trois semaines, éprouvait quelques douleurs irradiées vers le genou. La consistance était devenue si molle et la fluctuation si nette que je me décidai
à faire une ponction exploratrice. Pratiquée avec un gros trocart, cette ponction fut absolument blanche; pas même une goutte de sang ne s’écoula par la canule.
Etant donnés les renseignements fournis par la radiographie, je résolus d'intervenir. Je croyais toujours avoir affaire à un sarcome; cependant j'avais pensé à un lipome et je n'avais écarté ce diagnostic qu’en raison du développement rapide de la tumeur.
L'opération fut pratiquée le 22 février. Après avoir traversé toute l'épaisseur du muscle vaste externe, j'arrivai sur une tumeur molle, lobulaire, encapsulée, entourée d’une atmosphère cellulaire lâche. C'était un lipome que je pus avec la plus grande facilité énucléer et faire basculer. Il adhérait par un pédicule large de deux ou trois centimètres carrés à la face profonde du muscle vaste externe. La tumeur avait 15 centimètres dans son plus grand diamètre.
L'examen histologique à démontré qu il s'agissait d'un lipome pur. La malade est aujourd’hui guérie.
Je ne vous ai présenté cette pièce que parce que c'est un exemple rare de lipome à marche rapide, parce que son origine est probablement traumatique ; enfin, parce que la radiographie m'a rendu les plus grands services au point de vue de la détermination précise des limites de la tumeur.
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