OBSERVATION XII
(Viennois, in Mémoires de la Société des Sciences médicales de Lyon, 1864-1865).
Lipome profond de la cuisse adhérent à la branche descendante du pubis.
Nous croyons devoir faire connaître un nouveau cas de lipome profond de la cuisse, du poids de 5 kilogrammes, enlevé dernieremen: avec succès par M. Ollier.
La personne sur laquelle a été pratiquée l'opération est une dame âgée d'environ 40 ans. Elle s'aperçut au mois de novembre 1863, qu’une grosseur lui venait à la cuisse, Il n'y avait pas de douleurs ni d’élancements. Dans les derniers temps, la tumeur fit des progrès rapides ; traitée pendant un an par les médecins homæopathes, elle ne fit quaugmenter. Le 3 mai 1864, la malade se présente © M. Ollier dans l'état suivant :
La tumeur siège à la partie interne et supérieure de la cuisse recouverte par l’aponévrose ; elle n’a aucune adhérence avec la peau, niavec le tissu cellulaire sous-cutané. Elle paraît au premier abord adhérente aux parties profondes ; mais en faisant fléchir la cuisse et en commandant à la malade de ne faire aucun effort musculaire, on reconnait que le fémur est complètement libre. Relativement au bassin, la tumeur parait adhérente à la branche descendante du pubis et se trouve accolée contre la
.membrane obturatrice, La peau présente au niveau de la tumeur
= pores
des varices assez prononcées et de divers calibres. Mais cet état est purement local ; iln°y a pas de varices à la jambe, et le coude-pied n'est jamais œdématié.
L'opération est pratiquée le 10 Mai 186% en présence de M. Barrier. La malade étant placée sur un lit élevé, on fléchit la cuisse sur le bassin à angle droit, et on pratique sur la face postérieure et interne de la tumeur une incision de 40 centimètres de longueur. On en pratique ensuite une deuxième dans le même sens, de manière à circonscrire une ellipse de 8 centimètres dans son plus grand axe, etcomprenant la portion de la peau qui était parcourue par les veinules variqueuses que nous avons signalées. La première incision divise du premier coup la peau et le fascia sous-cutané ; on incise ensuite l’aponévrose sous laquelle on découvre la tumeur qui fait un peu hernie à travers les lèvres de l'incision, et qui parait d’abord formée d'énormes lobes graisseux. En dissèquant de chaque côté de l’incision, on trouve des fibres musculaires décolorées qui sont étalées sur une tumeur. On introduit Ja main sous l’aponévrose pour en isoler les différents lobes. On rencontre bientôt en avant un sillon profond où s’engageait la portion du droit interne qui n'avait pas été sur la surface. On dissèque le muscie de bas en haut, dans une étendue de quinze centimètres ; mais, arrivé là, on le trouve réduit à un faisceau excessivement étroit, décoloré, se confondant avec du tissu cellulaire et quelques vaisseaux, et comme on juge que sa conservation n'est d’aucune utilité, on le coupe.
On s’occupa alors de disséquer un lobule plus profond, sur lequel se trouvaient encore étalées quelques fibres musculaires. On les écarte ou on les déchire avec la main, et on isole, de ce côté-là, la tumeur. Les faisceaux musculaires appartenaient à l'adducteur superficiel et à l’addu:teur moyen.-On dissèque ensuite avec la main la tumeur en arrière, et on dégage deux
énormes lobules qui s'enfonçaient sous la fesse et la partie postérieure de la tumeur qui paraissait solidement bridée. L'opérateur passe la main en dedans de cette grosse masse et la sépare de la même manière de ses adhérences profondes, en écartant
pts. amer di ne 1n:)lli. "Dé
ti
ou en rompant quelques fibres musculaires interposées entre des lobules graisseux. A la partie supérieure, la tumeur est appliquée contre le trou obturateur ; on la sépare facilement de l'obturateur externe. Mais on trouve une adhérence plus solide au niveau de la branche ischio-pubienne. On les détruisit encore avec la main, et la tumeur ne tint alors que par un point où elle paraissait adhérente à l'os. On la dégagea cependant de la même manière, en faisant éclater une lamelle osseuse de trois ou quatre millimètres de largeur sur quinze millimètres de longueur. La tumeur fut alors extraite, el on eut ainsi sous les yeux une immense cavité au fond de laquelle on distinguait le fémur, l’ischion et le pubis. Grâce au procédé employé, on n'eut qu’une hémorrhagie insignifiante Les voines sous-cutanées qui avaient donné du sang lors de la première incision tarirent bientôt, et l’on n'eut que quatre ligatures artérielles à faire dans la profondeur de la plaie. On se rendit compte de l’état des muscles intéressés ; on vit que le droit avait été coupé et les fibres les plus internes des deux moyens adducteurs déchirées en partie. La plaie qui avait 40 centimètres au moment de la première incision se reduisit de plus de moitié par la rétraction de la peau : on appliqua quelques points de suture entrecoupés au moyen de fils métalliques, et on appliqua une grosse mèche ; on fit un pansement simple, et la malade fut placée dans la position définitive qu'elle devait occuper, c’est-à-dire les genoux maintenus élevés par un traversin.
La masse graisseuse enlevée pèse environ 6 kilog (5750 gr.) La plaie a été réunie par première intention dans une certaine étendue par des fils métalliques. Toute cette portion s'est cicatrisée immédiatement. La peau est revenue sur elle-même, et un mois après l’opération, le trou profond duquel on avait sorti la tumeur se réduisit à si peu de chose que c’est à peine si on put loger une méche de la grosseur du doigt indicateur. La plaie qui reste encore, longue de 7 centimètres, se comble de jour en jour. La malade s'est levée depuis quelques jours. Elle a mangé de trés bonne heure, et on a administré pendant les quinze premiers
= bla
jours les reconstituants, tels que fer et vin de quinquina. Il ny a pas eu trace d’érysipèle, seulementles bords de la plaie se sont engorgés à deux ou trois reprises à un centimètre et demi de la ligne de réunion. Quelques cataplasmes ont suffi pour faire disparaitre ce petit incident.
Le sulfate de fer en solution à été employé dès le commencement pour prévenir les érysipèles. On en imbibait de grosses mèches destinées à rester à demeure dans le fond de la plaie.
Actuellement(1®"juillet), la malade peut être considérée comme guérie. Il ne reste qu'une petite plaie en haut de la cuisse. La malade marche ; elle a tous les mouvements normaux du fémur. L'adduction se fait très facilement. |
Des renseignements ultérieurs ont fait connaitre sa complète guérison.
Un point assez intéressant dans l'histoire de cette tumeur, c'est l’adhérence qu’elle avait contractée avec la branche descendante du pubis. Cette adhérence ne peut être que secondaire, car la tumeur ne s’est pas développée entre le périoste et l'os ; il n'ya pas de tissu graisseux qui puisse lui donner naissance. L’explication la plus acceptable nous parait être la suivante : -bridée par les fibres musculaires du premier adducteur, et fortement appuyée contre l'os pendant une certaine période de son évolution, la tumeur a pu user le périoste ou plutôt se confondre avec lui et alors adhérer à la substance osseuse.
Ce qui prouve que la tumeur a été longtemps bridée par les masses musculaires, c’est qu'elle s’est pour ainsi dire sectionnée en plusieurs lobes sur les faisceaux des muscles qui faisaient obstacle à un développement excentrique. Nous avons signalé surtout la scissure profonde dans laquelle s'enfonçait le droit
interne.