‹ Contribution à l'étude du lipome de la cuisseChapitre 3 sur 21 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Anatomie pathologique

« Une tumeur caractérisée par l’hyperplasie du tissu cel- « lulo-adipeux limitée à une région et par l’hypertrophie de « l’élément cellulaire de ce tissu », tel est'le résumé de la note de Verneuil à la Société de biologie en 1854, telle est l'idée la plus nelle qu'on puisse se faire du lipome.

Examen macroscopique

A l'œil nu, le fissu lipomateux ne se différencie guère du issu graisseux ordinaire et, bien des fois, dans Pextirpation de lipomes diffus, l’on est embarrassé pour délimiter d’une façon ferme la tumeur. Le hpome présente sur loute sa surface des saillies nombreuses et arrondies d’un beau jaune brillant. Dans les sillons qui séparent ces saillies, rampentles vaisseaux nourriciers, veines et artères. Tantôt ces vaisseaux ne naissent

io que d’un point de la périphérie ; la tumeur est alors pédiculée. Tan{ôt, au contraire, ils l’abordent en des points différents de son pourtour; c’est généralement le propre des lipomes diffus.

Le lissu conjonctif forme souvent tout autour de la tumeur une sorle de coque, de capsule, d’où l’on a pu facilement l'énucléer. D’autres fois, ce même tissu conjonctif ne se distingue en rien de l'ordinaire, et la tumeur insensiblement se confond avec le tissu cellulo-adipeux environnant.

La consistance du lipome varie avec son degré de pureté, mais le lipome pur est essentiellement mou, à tel point qu'il donne souvent la sensalion de fluctuation très nelle, el cause ainsi bien des erreurs de diagnostic {voir chapitre V).

Examen microscopique

C’est à ce mode d'investigation qu'il appartient de distinguer le lipome du tissu cellulo-adipeux. Les sallies arrondies, décrites au paragraphe précédent, nous apparaissent constituées par des vésicules adipeuses, groupées comme dans le tissu adipeux ordinaire, en amas assez volumineux, sans interposition de tissu cellulaire n1 de vaisseaux.

Chacun de ces agrégats, où l’on peut compter de 60 à 80 . vésicules, apparait entouré d’une enveloppe mince et incomplète de fibres de Ussu cellulaire, avec ou sans vaisseaux capillaires {[Verneuil).

Les vésicules y sont comprimées les unes contre les autres et deviennent polyédriques par suite de ce fait. Une fois isolées, elles reprennent leur forme ovoïde.

La caractéristique de la tumeur est non seulement dans une accumulation exagérée et circonscrile des éléments anatomniques d’un lel tissu, mais encore dans l'accroissement de volume de ces éléments. En accordant, en moyenne approximative,

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trois cenlièmes de millimètre aux cellules graisseuses normales, Verneuil trouve celles de la tumeur atteignant, pour la plupart, six et sepl centièmes de millimètre, d’autres en mesurant jusqu'à neuf et dix. « En outre, dit Verneuil, les vésicules lipo- « malenses sont plus transparentes, à contour plus délicat, « plus mince que celles du tissu adipeux. Je serai porté à « en conclure que l'enveloppe en est plus ténue, moins « épaisse. »

Variétés

Le lipome pur, tel que nous venons de le décrire, est loin d'être la règle dans les tumeurs graisseuses. Très souvent, l'appareil de soutien ne se borne pas au tissu conjoncüif lâche. Ce dernier, atteint par un processus hyperplasique inflammaloire chronique, s’épaissil aux dépens d’un grand nombre de globules graisseux qu'il détruit ; il peut même devenir prédominant. Ainsi sont constitués les fibro-lipomes ou lipomes fibreux. C'est la tumeur fibreuse de Cruveilher. Ce tissu est dense et ferme ; sur une section, il est de couleur grisätre, avec desilots irréguliers et petits de tissu adipeux. L'examen microscopique est nécessaire pour les distinguer du fibrome pur et du carcimome, car les carcinomes fibreux avec tendance à l’atrophie montrent aussi de nombreux ilots adipeux.

Les lipomes volumineux présentent souvent les signes de la dégénérescence myxomateuse, Du tissu muqueux sépare les lobules graisseux ou bien les cellules elles-mêmes subissent l’altération muqueuse. Ce tissu muqueux se caractérise par des cellules plasmatiques, étoilées et anastomosées entre elles, situées au milieu d’une substance fondamentale hyaline très riche en mucine. Le tissu muqueux est quelquefois tellement abondant, que le mot de myxome lipomateux convient mieux pour spécifier la tumeur. Ces tumeurs présentent aussi des

AV kystes pleins de mucus transparent ou sanguinolent (1). Elles sont gélatineuses et tremblotantes.

Lorsque les vaisseaux sont nombreux, volumineux et distendus, on à affaire au lipome télangiectasique ou érectile. Cet état se rencontre dans les nœævi lipomateux congénitaux el dans certaines tumeurs polypeuses libres et saillantes sous les muqueuses. Nous nous réservons d'en parler plus longuement, lors de la discussion de l’étiologie et de la pathogénie.

Une variété proche parente de la myxomateuse est celle dans laquelle on classe ces tumeurs lipomaleuses, où le tissu adipeux se trouve mêlé de cellules embryonnaires: c'est le lipo-sarcome. La cuisse semble prédisposée à ce genre de lipome. M. le professeur Poncet, de Lyon, en à réuni un certain nombre de cas.

Dans le service de M. le professeur Forgue, il y a trois ans, entra un homme porteur d’une tumeur énorme de la cuisse [le membre mesurait 1°,20 de circonférence). L'opération fut teutée : on trouva une tumeur fortement vascularisée, qui n'élail autre chose qu’un lipo-sarcome. M. Forgue proposa la désarliculation de la hanche, le malade refusa.

M. le professeur Gangolphe, de Lyon, a présenté un cas analogue à la Société des sciences médicales de Lyon. La tumeur, après être restée stationnaire pendant 10 ans, avait subitement grossi d’une façon rapide ; elle fut considérée comme un lhipome ayant subi la dégénérescence sarcomateuse.

(A) Voir G. de Rouville : Zipome kystique. (Bull. de la Société anatomique de Paris, 1896.)

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