‹ Contribution à l'étude du lipome de la cuisseChapitre 4 sur 21 · CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IT

Etiologie et Pathogénie

L'éuiologie du lipome ressemble assez à celles des autres tumeurs. Nous ne sachions cependant pas qu’encore l’on ait mis en Cause, comme pour le cancer, les microbes. Mais, si ce facteur n’est pas intervenu à propos du lipome, on retrouve pour la production de ce dernier toutes les causes invoquées pour celle des autres néoplasmes.

C'est ainsi que l’on à pu incriminer toutes sortes de traumaüisme depuis la simple pression continue d’un bandage à la région sacro-lombaire {Verneuil) jusqu’à la contusion violente au uiveau du grand trochanter, comme nous le verrons à propos du malade qui fait le sujet de l’Observation VIT.

Cette idée de l’origine traumalique des lipomes est une de celles qui sont chères à notre Maitre, M. le D'Reboul. En 1888, il présenta à la Société anatomique de Paris deux cas de ces tumeurs développées à la suite de chutes, l'un sur le moignon de l'épaule, l’autre sur la saillie trochantérienne. Dans la série d'observations que nous lui devons, un fait nouveau est encore venu à l’appui de celte manière de voir. La malade {Observ. VIIT), à laquelle je fais allusion, indique d’une facon précise le siége de la contusion et aflirme que juste à cette place la tumeur s’est développée. Bien que M. Reboul ait soin de dire qu'il lui est impossible de savoir exactement si, avant la contusion, la malade n'avait pas un

lipoine en voie de développement, il nous est permis d'aflirmer que l'influence du traumatisme ressort d'une façon manifeste el dans les deux cas cités par lui à la Société anatomique, et surtout dans le dernier qu'il nous à communiqué. l’ailleurs, P. Broca, qui n’était certes pas enclin à admettre la contusion dans l'étiologie des néoplasmes en général, s’y rallie pourtant pour le lipome : dans ce cas, il est vrai, il met en cause une contusion chronique et de faible intensité plutôt qu'un traumatisme violent et passager. « Le lipome, dit-il, se développe « le plus souvent sans cause connue. Il est toutefois parfaite- « ment certain que les pressions fréquemment répélées peu- « vent provoquer la formation d’un lipome : tous Îles chirur- « giens ont vu des cas où cette étiologie était évidente. On sait € que les porte-faix on! fréquemment des lipomes de la nuque « el sur la face postérieure des épaules, par suite de la pres- « sion des fardeaux : les lipomes de la voûte du crâne siègent « souvent, chez des sujets du sexe maseulin, au niveau du « cercle qui subit la pression du chapeau. Les lipomes du cou « ne sont pas rares chez les militaires el sont attribués, avec « juste raison, à l'action de la haute et rude cravate qui fait « partie de l’uniforme dans certaines armes. J'ai enlevé un « lipome développé au-devant de la rotule chez une religieuse « qui faisait de longues et fréquentes séances de génuflexion. « L'action des causes locales mécaniques ne peut donc être « révoquée en doute. »

Au reste, Virehow considère les lipomes comme de nature irrilaive. L'irritation peut fort bien résulter d'une action traumatique. De cela on peut rapprocher les cas «où le tissu graisseux s’accumule dans les organes soumis à une inflammation chronique ou autour d'eux » {Broca). C’est ainsi que Hartmann à montré le rôle de la pyélo-néphrite dans la genèse du lipome rénal et Tuflier celui de la cystite chronique sur la lipomatose périvésicale.

Aire

Nous avons insisté sur celle origine du lipome, parce que certains faits cités iei corroborent cetle thèse. Nous n’aurions garde néanmoins de dire que seul le traumatisme doit étre donné comme le « primum movens » du processus pathogénique que nous allons décrire bientôt. Bien d’autres agents ont été accusés de ce fait.

Ainsi, parce qu'on à vu des lipomes symétriques ou disposés suivant le trajet de certains nerfs, on a parlé d'origine nerveuse des lipomes. Un fait très curieux, qui semblerait confirmer celle opinion, c’est celui cité par Verneuil à la Société impériale de chirurgie. Ce chirurgien raconte que M. Onimus électrisait le bras d’un individu atteint de paralysie à la suite de fracture de {l’humérus : les deux bras étaient couverts de lipomes ; les lipomes disparurent du côté électrisé. Bouju, dans sa thèse, a réuni un assez grand nombre de cas analogues.

Cette hypothèse du développement des lipomes par suite d’un trouble de nutrition dépendant du système nerveux est très proche voisine de la théorie diathésique, car ici encore reparail l’arthritisme, qui pour certains n'est qu'une dystrophie névropathique (Quénu). Mais rares sont les cas où l’on peut, sans exagérer, parler de diathèse lipomateuse. On cite partout ce malade de Bicèêtre sur lequel les internes eurent Ta patience de compter 2,080 lipomes répartis sur tout le corps. De pareils faits sont très rares eu égard surtout à la fréquence des lipomes. Enfin, un argument qui semble avoir du poids contre la théorie diathésique, c’est que jamais lipome entièrement enlevé n’a récidivé. De plus, l’hérédité qui est un des caractères de la diathèse est rarement citée à propos de lipome. fteclus cependant à vu un lipomateux issu d'un père, d'une mère et d’un grand-père lipomateux.

Grosch a émis sur l’étiologie du lipome une théorie qui à au moins le mérite de l'originalité. Pour cet auteur, la forma-

Ro — tion des lipomes serait la conséquence d'un trouble sécrétoire des glandes culanées qui, eu dimiouant l’excrétion de la graisse par la peau, favoriserait son accumulation dans la couche sous-culanée. Nous ne nous permeltrons aucun com mentaire, n'ayant aucun fail à opposer.

.. Une autre théorie qui parait plus soutenable, et à laquelle.

nous essayerons de relier la théorie traumatique, c’est la théorie vasculaire. Assez nombreux sont les cas où lon a vu un angiome dégénérer en lipome. Richardière, à la Société ‘anatomique, en 1882, en cile un remarquable exemple. Polaillon, dans la France médicale, rapporte un cas semblable. Laboulbène, dans sa thèse, parle de plusieurs cas où l’on à vu manifestement une lumeur graisseuse se développer au lieu el place d’an nœvus. Enfin, les lipomes congénilaux ou observés à peu de distance de la naissance présentent ordinairement un développement des vaisseaux considérable.

Une telle éliologie est {très proche voisine de la théorie pathogénique classique du lipome. La plupart des auteurs, en effet, s'accordent à dire que le tissu lipomateux procède du tissu embryonnaire ou du üissu muqueux, dont les cellules se remplissent progressivement de goulteleltes graisseuses. Le tissu embryonnaire est ordinairement riche en vaisseaux de néoformation, el d'un {el (issu à un angiome naissant, il n’y 2 qu’un

pas. En supposant les cellules de celui-ci en proie à une surcharge graisseuse, on conçoit le passage facile de l'angiome à l’état de lipome.

Quant à rattacher une telle théorie à la théorie traumatique, la chose parait simple. Une contusion donne lieu à un épanchement sanguin qui ne se résorbe pas. Le caillot s'organise, des vaisseaux de néoformation l’envahissent, et ce processus n’aboutissant pas à la simple formation de tissu cicatriciel fibreux, crée, par une dégénérescence particulière, un amas

exagéré de cellules adipeuses. Ainsi pourrait s'expliquer l'origine du lipome de P'Observation VIE.

Chez ce malade, qui fil une chute sur le grand trochanter, la marche des lésions est facile à suivre : à la suite du traumaüisme, un épanchement sanguin volumineux se produit. Le massage n'en à raison qu’au bout d’un mois, et encore n’est-ce que d'une facon très incomplète, puisque le malade ne peut se coucher sur le côté contusionné et que la région reste luméfiée.

A la suile de fatigues ‘professionnelles, cette tuméfaction s’accroil quatre mois après el oblige le malade à un repos prolongé. Le malade reprend son travail pour le quitter au bout d’un mois, la tumeur ayant encore considérablement grossi. On se décide à intervenir, et l’on est tout surpris de se trouver en présence d’un lipome. Un tel enchaïnement de fails cliniques parait s'adapter à l'interprélalion paihogénique que nous venons d'en faire.

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