‹ Contribution à l'étude du lupus primitif des gencivesChapitre 32 sur 36 · MORE · texte numérisé non relu

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fois. À cette époque, existe une lésion ulcéreuse du rebord vestibulaire de la gencive correspondant à l’incisive centrale, et à l’incisive latérale gauche. Séparée par un pont de muqueuse saine en apparence, existe une autre ulcération plus petite, mais nette, située audessus et un peu en arrière de la précédente.

L'ulcération principale est de la dimension d’un gros pois. Elle présente un bord assez net en arrière et en haut. Il est beaucoup moins net, plus découpé vers la partie médiane. Elle se prolonge sur le collet de l’incisive supérieure gauche, mais il existe encore là une certaine épaisseur de muqueuse à aspect granuleux.

Le fond de cette lésion est granuleux, et recouvert en partie d’un enduit grisätre qui adhère et que l’on ne retire qu'au prix d'un léger saignement. Tout autour, la muqueuse à perdu ses caractères normaux, le frein jusqu'au cul-de-sac véstibulo-labial, et en arrière jusqu'au bord distal de l’incisive latérale, elle apparait légèrement rouge violacé, granuleuse, dépolie.

La seconde ulcération, de la grosseur d’un petit pois, présente des caractères analogues, mais elle est moins nettement limitée, plus superficielle. Au delà de l’axe de la canine la muqueuse à ses caractères normaux.

Le collet muqueux de l’incisive centrale gauche à perdu tout relief, toute limite nette, la muqueuse est, nous l'avons dit, amincie, granuleuse en voie d’ulcéralion à ce niveau.

Le collet de l’incisive latérale est respecté, mais sa teinte apparaît légèrement rouge, et à ce niveau Ja muqueuse à perdu sa couleur brillante : elle apparaît dépolie. Il existe un bourrelet interdentaire turgescent, violacé, décollé, laissant un petit cul-de-sac entre lui et les deux dents voisines.

En regard de la canine, il n’y a rien à signaier d’anormal.

En résumé, deux ulcérations, dont l’une, plus volumineuse, surmonte l’incisive centrale gauche et lespace interdentaire suivant. Tout autour, une muqueuse nettement pathologique

À l'examen à la loupe, les granulations de la surface muqueuse sont encore plus nettes et dépassent légèrement le frein et la canine. Ces granulations sont plus volumineuses au niveau du fond des ulcérations où elles apparaissent, sous forme de petits bourgeonnements, l’envahissement est surtout marqué au niveau du collet de l’incisive centrale et sous la muqueuse correspondant à la racine de l’incisive latérale.

En plus de ces granulations, existent quelques points jaunâtres typiques, mais moins nombreux que l’on aurait pu le croire.

Les dents sont en excellent état. La bouche est soignée, et l’on ne constate que quelques obturations molaires. Nulle part, n'existe de déchaussement ou de clapier piorrhéique. Aucune dent n’est mobile.

Les signes fonctionnels sont réduits à une douleur au niveau de l’incisive centrale gauche, à peu près continue, sans irradiation. La mastication n’entraîne que de très légers agacements à ce niveau. Les sensations douloureuses maxima se produisent au contact des liquides acides. En asséchant bien au coton ou à la compresse on ne provoque aucun saignement, mais une douleur plus marquée lors du simple frôlement que lors d'une pression forte, Il n’existe ni adénopathie cervicale rétro-angulaire, ni génienne.

Nous interrogeons la malade sur ses antécédents. Elle à quitté ses parents et n'a plus de nouvelles de son père, de sa mère, ni de ses sœurs.

Jusqu'à l’âge de 23 ans, elle a joui elle-même d'une parfaite santé, À cette époque, en 1926, alors qu’elle faisait un séjour à Londres elle à eu une pleurésie que

l'on a traitée par des piqüres de sel d'or, la malade prétend avoir reçu plusieurs séries de chrysalbine, Elle est hospitalisée pendant deux ans, puis reprend son travail, assez fatigant, de danseuse. Elle continue à tousser, mais crache peu.

En 1930; elle se sent plus fatiguée, elle maigrit, présente quelques sueurs nocturnes. Elle est à nouveau traitée par des injections de sel d’or, elle engraisse un peu, et sa fatigue diminue.

Elle continue à tousser et crache légèrement. Elle est toujours assez amaigrie, teint pâle, et le début de ses

accidents actuels correspond à une nouvelle -période d’une perte de poids et de fatigue générale.

À J'auscultation, nous constatons des signes très nets d’atteinte bacillaire bilatérale que confirme la radiographie. Ses deux champs pulmonaires sont touchés. Il existe des lésions calcifiées à côté de lésion en évolution. Au sommet droit, il existe deux cavernes,

En présence de ces lésions, nous portons le diagnostic de tuberculose lupique infectée secondairement.

Nous faisons faire une photographie de la lésion, et pratiquons ultérieurement une biopsie. Le laboratoire du Professeur OBERLING nous répond qu'il s’agit d’une « ulcération tuberculeuse lupique caractéristique ».

Nous traitons la malade dès la semaine suivante, par des scarifications légères aux points les plus atteints. Nous la faisons revenir deux fois par semaine pendant un mois, nous obtenons une amélioration légère.

Nous l’adressons alors au Service de Radiothérapie de Lariboisière, et nous demandons qu'il soit fait des applications de rayons. La malade en reçoit pendant deux semaines à raison de deux fois par semaine. Puis elle vient irrégulièrement et suit avec négligence le traitement institué. Si bien que le 11 mai 1933, après

huit séances, le bilan des lésions est le suivant : Pextension vers le sillon gengivo-labial et vérs la canine a été complètemeñt arrêtée. Mais le déchaussement au niveau de l’incisive centrale est encore marqué, la muqueuse est complètement détruite à ce niveau el laisse apparaître le rebord alvéolaire. Le collet de a latérale est constitué par un bourrelet saillant roùge, se terminant au niveau de l’espace gingival entire latérale et canine. :

Somme toute, nous avons obtenu à cette date une limitation de l'extension, mais pas d'amélioration appréciable, au niveau des zones primitivement ulcérées.

Le’traitement est continué encore pendant une quinzaine, puis la malade s’absente de Paris et nous fa perdons de vue.

Observation recueillie dans le Service du Docteur Rousseau-DEcezre, à Lariboisière.

Luüpus Primrrir pDES GENCIVES

Le 24 septembre 1922, nous est conduit par sa mère à la consultation dentaire de l'Hôpital Lariboisière, le jeune:J..., âgé de 5 ans et 1/2.

Les antécédents héréditaires nous apprennent que le père et la mère sont en bonne santé, ainsi que les deux frères aînés âgés respectivement de 10 et 12 ans.

Les antécédents personnels sont sans intérêt jusqu'au début de l’année 1931. L'enfant s'était toujours bien porté ; lorsque au mois de janvier, il a une rougeole qui évolue normalement sans complications. Le mois suivant survient une varicelle qui évolue aussi normalement. Pendant les dix derniers mois de 1931 l'enfant se porte bien.

En janvier 1932, se situe le premier accident dentaire. Un abcès d’une deuxième molaire temporaire

dt

est incisé par un dentiste. Puis en mai 1932, et pendant une huitaine de jours, l'enfant à de la fièvre elle oscille entre 38°-39°. Simultanément, existe un gonflement de la région cervicale supérieure angulomaxillaire et jugale gauche. La peau au niveau de ce gonflement n'était pas rouge, la palpation n'était pas douloureuse : mais on avait une sensation de dureté, nous dit la mère de notre jeune malade. On ne porte aucun diagnostic précis, mais on élimine les oreilions. Le médecin consulté constate un foie volumineux avec des signes d'insuffisance hépatique (coloration subictérique des conjonctives). La gorge est rouge, mais il n'existe rien d'anormal sur le reste de la muqueuse buccale. L'état général est mauvais et l'enfant à mai- CU

Dans une huitaine de jours, la température redevient normale, le gonflement disparaît et le mois suivant suffit à l'enfant pour reprendre-son poids normal.

Le 17 septembre 1932, nouvel état fiévreux qui dure une quinzaine de jours. Un nouveau gonflement sous-maxillaire de la branche horizontale gauche apparaît. Il existe de l’insomnie sans douleur très marquée de la région. Un dentiste est consulté. En présence de ces signes et après examen.endo-buccal qui lui-révèle un vestibule comblé, il procède à Pextraction de la deuxième molaire de lait, cette même dent qui, l’année précédente, avait déjà été le point de départ d’un abcès. Le praticien ne peut enlever les deux racines.

C'est dans ées conditions que le 24 septembre, nous voyons le petit J... Il présente toujours un gonflement sous-maxillaire, s'étendant de l'angle de la mandibule à la région canine gauche. Au niveau de cette tuméfaction, la peau est saine en apparence. La pal-

pation est un peu douloureuse, montre un empätlement de toute la région de la branche horizontale et sous-maxillaire. La peau conserve lempreinte du doigt et il semble que l’on puisse affirmer dès cette époque, l'existence de pus sous-jacent : Ia fluctuation est enfin mise en évidence par un examen très soigneux L'examen endobuccal montre l’alvéole deshabitée et surtout un vestibule comblé. |

Le lendemain, la fluetuation est beaucoup plus nette el on incise, On extrait également la racine qui avait été fracturée en ville,

D'autre part, la dent de six ans inférieure incomplètement évoluée est recouverte d'une muqueuse rouge et enflammée qui fait penser à un accident muqueux possible. Le 1% octobre, on fait sur cette région une application d’acide trichloracétique, le 3, une nouvelle application, le 8, on pratique un badigeonnage au novar glycériné, le 11, on reprend l'acide trichloracétique et le 14, on procède à une dernière désinfection par le novar. C’est à cette date, le 16 octobre, que le petit malade est présenté au Docteur Rousssat-DECELLE. Il est frappé par l’aspect tout particulier de la muqueuse vestibulaire en regard de lalvéole de la dent de lait extraite, et de la dent de six ans en évolution. Elle est rouge violacé, légèrement mamelonnée et présente un semis de petites granulations. La pression de cette muqueuse enflammée n'est nullement douloureuse. En présence de ces lésions, notre Maître, porte le diagnostic de lupus gingival. Une biopsie est pratiquée. L'examen anatomo-pathologique pratiqué par le Docteur OBERLING montre l’image typique de lupus gingival avec présence de nombreux follicules tuberculeux.

Le traitement par ignipuncture et scarifications linéaires est commencé et poursuivi à raison de deux

séances par semaine. Simultanément, il est pratiqué sept Séances de radiothérapie à doses faibles (une tous les quatre jours). On prescrit également un traitement général consistant en huile de foie de morue et piqûres de cacodylate de soude.

L'examen clinique, radioscopique et radiographique des poumons est négatif-le 6 janvier 1933. En février 1933, la lésion lupique est en notable amélioration dans toute sa partie antérieure, mais elle tend à s étendre en arrière vers le pilier antérieur qui prend à son tour une coloration rouge violacé, Le 7 février, le ganglion sous-maxillaire, qui avait toujours persisté depuis le début des accidents, et était devenu volumineux, est ponctionné. On injecte à la place du pus recueilli, deux centimètres cubes d'’éther iodoformé. Le 14 février, on procède à une nouvelle ponction suivie également de la même injection de trois centimètres cubes environ. Le 22 février, a lieu la troisième ponction à laquelle succède une injection modificatrice.

Localement, on poursuit le mème traitement sur la muqueuse, et l’on irradie aux U. V. la région ganglionnaire cinq fois successivement, à une semaine d'intervalle entre chaque séance.

En avril, la lésion lupique est considérablement améliorée et Fextension vers le pilier est jugulée. Le ganglion qui ne suppure plus est très diminué de volume.

En mai, la muqueuse gingivale est presque revenue à l’état normal. C’est alors que M. Rousseau- DecgLLe prend la décision d'envoyer à Berck l'enfant après nouvel examen pulmonaire également négatif. Le séjour dure plusieurs mois (quatre mois et demi environ). À son retour, en octobre, l'enfant qui a pris du poids ne présente plus aucune lésion lupique et le

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