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À. THÉORIE MÉCANIQUE

Cest Leplat (1) qui, en 1855, dans une Thèse justement appréciée, édifia presque de toutes pièces la théorie mécanique.

Pour lui, le mal perforant est une maladie toute locale, et les causes qui la produisent sont toujours mécaniques. La seule, la véritable cause, dit-il, est une compression longue et continue du derme entre deux corps résistants. Il établit, pour ainsi parler, deux étapes dans la compression. En premier lieu, le derme est comprimé entre la chaussure et les os; puis, le durillon une fois formé, la compression se fait entre les os et le durillon. Nous en arrivons à la seconde phase : le derme sous-jacent est écrasé par le durillon et subit une modification spéciale, sorte de destruction moléculaire, dit Leplat, comparable à celle qu’on observe dans un grand nombre d’ulcérations, comme à la suite d’une contusion ou dans la formation d’un ulcère variqueux, etc.

C’est l'élimination des cellules épithéliales et des éléments du derme désorganisé qui produit la sécrétion incessante du pus. Quant à la tendance de l’ulcère à s'étendre en profondeur et

(4) Leplat, Th. Paris, 1855.

non en largeur, elle est expliquée par la constitution elle-même des tissus de la plante du pied, qui sont très denses et intimement liés les uns aux autres, et par ce fait que le derme des parties circonvoisines de l’ulcère n’a pas subi la modification sus-indiquée.

Voici la théorie mécanique telle que l’a faite Leplat.

Lucain (1), en 1868, divise les maux perforants en trois catégories. La première catégorie comprend les « maux perforants qui, par leur nature, se rattachent aux ulcères proprement dits. » Nous ne retiendrons pour le moment que cette partie de sa Thèse, qui fait faire un pas de plus à la théorie mécanique. Cet auteur, en effet, insiste d’une façon toute particulière sur les marches forcées nécessitées par la profession de cette catégorie de malades et sur la station verticale prolongée, nouvelle source de compression des tissus. De là, dit-il, la persistance de l’ulcère.

Soulages (2), 1874, prenant à part l’ulcération, le durillon ayant déjà disparu, retrouve dans l’ulcération même une cause de plus de compression. C’est l’existence d’une grande quantité de tissu fibreux, qui s’est formé entre l'os et la peau, et est ainsi venu compliquer les causes de compression.

Nous en arrivons au travail de Butruille (3), 1878, qui va compléter la théorie. Celui-ci, arguant de la situation qu’oc- -cupe le pied dans l'organisme, comme base de sustentation, et du rôle fonctionnel de la face plantaire, nous montre mécaniquement quel devra être, dans les différents cas, le siège du mal perforant.

°: (4) Lucain, Th. Montpellier, 1868.

(2) Soulages, Th. Paris, 1874.

(3) Butruille, Th. Paris, 1878.

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La face plantaire, dit Tillaux (1), est excavée et ne repose pas sur le sol, à l’état normal, par tous les points. Trois points peuvent être considérés comme les pilliers de la voûte que représentent les os du pied, et supportent principalement le poids du corps dans la station verticale; ce sont : le talon et la tète des premier et cinquième métatarsiens.

D’après cette description anatomique, les explications fournies par Butruille vont nous apparaître comme une conséquence forcée.

Laissons-lui la parole : « Dans les cas de conformation normale du pied, les durillons se trouvent aux trois points de sustentation qui posent sur le sol dans la station verticale. Si le pied est déformé, ces trois pilliers peuvent ne plus être constitués par les trois points normaux. » Et il ajoute très judicieusement : « Les malformations du pied peuvent être congénitales ; elles peuvent être acquises soit à la suite d'opérations chirurgicales, soit par des causes pathologiques telles que le rhumatisme, qui déforme les orteils; elles peuvent être fonctionnelles, comme dans l’ataxie locomotrice, qui force les malades à marcher sur le talon. »

Quant à ce qui est des causes de compression, il admet celles fournies par ses devanciers dans la théorie mécanique. Il insiste sur le tassement, l’atrophie de tous les éléments du derme, et en particulier des glandes sudoripares. Mais il va plus loin ; reprenant les investigations de Soulages, il fait jouer un rôle des plus importants au tissu fibreux qui s’est formé entre l'os et le durillon. Et c’est là que la théorie se complète. Les vaisseaux eux-mêmes, dit-il, n’échappent pas à cette compression. IIS peuvent subir une obturation, puis la dégénéres-

(1) Tillaux, Anatomie topographique, p. 1054. .

AOL cence fibreuse. Pour ce qui est des nerfs, il est tout aussi explicite. A lui seul l'honneur de son explication : « Le tissu conjonctif y prend (dans les nerfs) un accroissement considérable, étouffant pour ainsi dire les tubes nerveux : le nombre de ceuxci diminue ; ils sont remplacés par du tissu fibreux. Cette lésion est ascendante, et on peut la retrouver plus ou moins haut. »

Monod (1), en 1884, ne reconnait au mal perforant qu'une cause vraie : la compression. Celle-ci opère une transformation fibreuse, une sclérose de tous les tissus compris entre l’épiderme et l’os. Dans les nerfs, cette sclérose se manifeste par un épaississement du névrilème et une atrophie des tubes nerveux.

Enfin, en 1885, Nicaise (2), qui a été l’instigateur de la Thèse de Soulages et de celle de Butruille, affirme une fois de plus l’origine mécanique du mal perforant. « Pour que le mal perforant se produise, dit-il, il est nécessaire qu’il y ait un durillon et une compression; je dirai plus, le durillon seul peut suffire pour produire le mal perforant ».

En somme, la théorie mécanique peut se résumer ainsi :

Le mal perforant plantaire est un ulcère de la plante du pied. C’est une affection locale toujours due à la compression. Cette compression s’exerce entre l’épiderme d’une part, et le squelette du pied d'autre part. Les agents de compression sont: du côté de l’épiderme, le sol, la chaussure, le durillon, les transformations fibreuses de l’ulcère; du côté du squelette, la station verticale prolongée, qui est représentée par la marche, d’où le poids du corps, auquel s’ajoute le transport des fardeaux, etc.

Le siège du mal perforant est aux différents points de susten-

(1) Monod, Progrès médical, janvier 1884.

(2) Nicaise, Semaine médicale, avril 1885.

tation de la face plantaire : ces points sont variables d’après la conformation normale ou pathologique du pied.

La compression, et, par suite, la dégénérescence, porte plus ou moins sur tous les éléments de la plante du pied : épiderme, derme et ses annexes, tissu cellulaire, vaisseaux, nerfs, périoste.

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