‹ Contribution à l'étude du Mal perforant: Étiologie multipleChapitre 6 sur 28 · B. THÉORIE NERVEUSE · texte numérisé non relu

B. THÉORIE NERVEUSE

Les troubles de la sensibilité chez les sujets atteints de maux perforants devaient fatalement conduire à la théorie nerveuse.

Déjà, en 1855, Leplat (1) constate une insensibilité relative des individus chez lesquels il a observé des maux perforants. Il résume la question à ce moment : «Le malade de M. Nélaton, dit-il, avait supporté toutes ses opérations sans chloroforme ; mon second malade était d’un stoïcisme remarquable lorsque M. Richet lui tailladait le pied; le sujet de M. Vésigné était rude au travail, insensible à la douleur. M. Demarquay m'a rapporté deux exemples d'individus dont la sensibilité des pieds était singulièrement obtuse. » Leplat note le fait comme circonstance particulière, mais il n’essaie point d’en rechercher la cause.

En 1864, Poncet (2) étudie la lèpre anesthésique et les lésions nerveuses qui s’y rattachent; or, comme il y a souvent dans la lèpre des ulcérations qui débutent par des épaississements épidermiques, Poncet fait des deux affections une maladie similaire. Il ne songe pas, sans doute, que l’hérédité, la fièvre

(1) Leplat, loc. cit.

(2) Poncet, Recueil de Mém. de méd., de chirurg. et de pharmac. mil, 1864.

Er ee lépreuse, le siège multiplé des ulcérations suffiraient à eux seuls pour établir le diagnostic différentiel. (Pitoy) (1). |

Quoi qu'il en soit, le travail de Poncet attire les regards des observateurs du côté de l’origine nerveuse.

Lucain (2), 1868, consacre toute une partie de sa Thèse aux « maux perforants se rattachant par leur nature à une lésion du système nerveux. » Ces maux perforants reconnaissent pour cause une altération des systèmes nerveux et musculaire, altération congénitale ou acquise. Ces altérations provoquent des déformations plantaires avec saillies anormales. Un durillon se forme à ce niveau et finit par devenir un mal perforant. Lucain fait aussi jouer au système nerveux un rôle dans la modification des vaisseaux qui sont dans la région de l’ulcère : par suite des troubles d’innerveation survenus dans les parois artérielles, on observe lartério-sclérose athéromateuse.

Estlander (3), en 1871, reproduit les idées de Poncet.

Poncet (4) lui-même, en 1872, reprend sa théorie et dit qu’il existe dans l’organe qui va être le siège du mal perforant une sclérose primitive, une dégénérescence fibreuse ; cette sclérose retentit sur les vaisseaux et les nerfs. De même, dans la lèpre, et par le même processus, nous rencontrons une névrite interstilielle des plus caractérisées.

Duplay et Morat (5), en 1873, publient sous forme de monographie un mémoire très apprécié qui semble fixer pour un certain temps la question en établissant l’origine nerveuse du

(1) Pitoy, Th. Paris, 1877.

(2) Lucain, loc. cit.

(3) Estlander, Deutsche klinic, 1871, n° 17.

(4) Poncet. Guzette hebd. janvier 1872.

5) Duplay et Morat : Archiv. génér. de méd., 1873.

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