CONCLUSION
Ce goître endémique qui provoque les troubles extrémement graves que nous venons de signaler, tels quel le nanisme, la surdi-mutité, le crétinisme, se rencontre presque exclusivement dans les régions où les terrains, et par suite l'alimentation et les eaux, sont pauvres en iode, alors qu'il est très rare dans les régions maritimes.
Les matières alimentaires, nous l'avons vu, sont diversement iodées, selon les contrées qui les produisent.
L'iode augmente donc dans la glande thyroïde ou diminue selon que les aliments sont riches ou pauvres en iode.
Les animaux alimentés exclusivement avec de la viande présentent des thvyroïdes moins riches en iode que les herbivores.
Cette, carence d’iode se retrouve dans les régions montagneuses où les eaux sont pauvres en iode, dans le Jura, l'Auvergne,
la Savoie et plus particulièrement dans les hautes montagnes : les Alpes, les Pyrénées, la Suisse, l'Himalava, aux Andes, où Île voître cause de véritables ravages physiques et intellectuels.
Sa fréquence a provoqué l'inquiétude des pouvoirs publics, notamment en Suisse, où l’on rencontre 7 goîtreux sur 100 recrues de l’armée. Parmi les recrues du Stevermark, on en trouve 14 1/2 pour cent.
Le goître endémique est presque exclusivement une affection des hautes montagnes et, si bien des hypothèses ont été émises pour expliquer Ise causes de cette affection (les germes infectieux, les intoxications, par exemple), aucune n'a pu être retenue très sérieusement en face de ces faits :
L'iode est le spécifique du goître el le goître, inconnu dans les régions normalement iodées, présente loujours une carence, de celte iode dans la thyroïde.
Constatons que CHATIN à raison depuis trois quarts de siècle. ARNAULT DE ViLLENEUVE au XIL siècle, guérissait déjà le goître avec de l'éponge calcinée. FyrE (48), en 1819, montrait de l’iode dans l’éponge et, à la même époque, Conper, en Suisse, démontrait que l’iode contenue dans l'éponge, utilisée contre le goître éait bien la partie active du médicament.
Depuis, Mac Canison (47) a pu reproduire le goître cehz le pigeon, en le privant d’iode.
Une hypertrophie de la glande thyroïde se produit chez les poissons nourris avec du cœur d'animaux terrestres, goître qui rétrocède par une alimentation d'animaux marins, donc iodés.
Ces modifications du développement survenant par carence d'iode, sont très nettement établies chez les têtards dont la croissance et l'évolution sont inhibées par l'insuffisance d’iode et stimulées au contraire, par un apport iodé. :
Cette question du goître endémique à été magistralement traitée par le professeur QUErRvAIN (41), de Berne, qui a fait de nombreuses analyses et dosages d’iode total dans les glandes hypertrophiées du goître endémique. De ses recherches, il résul-
te que la glande normale contient de 10 à 0 % plus d’iode que la glande hypertrophiée. >
Contre ce goître, une seule médication est efficace, nous l'avons dit, c'est la médication iodée qui remplace dans la thyroïde l'insuffisance ou l'absence d'iode. On utilise soit l’iode ou les iodures, mais le plus souvent l'extrait thyroïdien qui à la totalité de son iode dans la thyroxine, qui en contient de 60 à 70 %. La thyroxine (KENDALL, 42) à une action physiologique sur le goître, absolument comme le ferait l'extrait thyroïdien. La thryroglobuline, l'extrait thyroïdien, les préparations iodées ou iodurées agissent toutes de façon analogue.
Le rôle de l’iode dans la sécrétion thyroïdienne ne saurait donc faire de doute.
Comment agit cet iode ?
Selon nous, il agit comme excitateur, suscitant des hormones qui, stimulant déjà les organes pendant la vie fœtale, continue ses effets particuliers dans le développement de l'individu, notamment pendant l'adolescence ; l’iode existant normalement dans la vie embryonnaire, la carence iodée amenant, nous l'avons vu, des désordres graves par la diminution ou la disparition des ces hormones.
Selon le professeur Quervaix (41) de Berne, l’iode n’est probablement pas le seul élément actif dans la sécrétion thvroïdienne. «IE paraît contribuer, peut-être, comme catalyseur, à l'élaboration d’un produit organique tiré de la molécule de l’albumine (amino-acide), sans nécessairement faire partie du produit de sécrétion. S'il en faisait partie, ce serait probablement comme «activateur ». (QUERVAIN).
IH n'est pas besoin d’une grande quantité d'iode pour provoquer cette sécrétion si nécessaire à l'individu, de faibles doses d'iode, une quantité « physiologique », dit le professeur QuervAIN, permet à l'organisme de lutter avec succès contre les causes du goître.
E. EGGENBERGER (60) préconise un apport constant d’iode aux populations des régions goîtrogènes qui font, dit-il, de l’iode
un aliment inorganique nécessaire. Selon lui, « l’iode se comporte comme une espèce de vitamine que rien ne peut remplacer, mais dont le métabolisme est analogue à celui du chlore ».
En effet, de très faibles doses iodées suffisent, alors que des doses exagérées auraient une tendance à provoquer l’hyperthyroïdisme icdique, c'est-à-dire le goître exophtalmique ou la maladie de Basedow, que l’on rencontre particulièrement dans les régions maritimes riches en iode atmosphérique et alimenlaire, alors que le goître endémique v est totalement inconnu.
En Suisse, où la question inquiète les pouvoirs publics, les voîtreux semblent être en moins grande proportion que jadis. Selon nous, il faut attribuer cette diminution du nombre des woîtreux aux changements d'existence, aux déplacements plus fréquents, aux modifications apportées aux régimes alimentaires plus variés, d’origine plus lointaine ou étrangère à la région intéressée.
Ces changements de genre de vie apportent les faibles traces d'iode « physiolcæique » suffisantes et nécessaires aux sécrétions normales de la thyroïde et au développement normal de l'individu. |
L'iode étant indispensable à l'existence et aux qualités physiques ct intellectuelles de la race, la glande thyroïde jouant un rôle si important dans l'équilibre et le métabolisme de cet iode, particulièrement chez l'enfant et l'adolescent, il convient donc de savoir discerner et choisir une alimentation convenablement iodée, propre à modifier la déchéance de ce métalloïde chez l'homme.
L'étude de la présence de l’iode chez les végétaux et les ani-' maux, la facilité d'absorption de ce corps par l'alimentation, par le sel marin, à l'exclusion du sel gemme, doit attirer l’attention des habitants des régions montagneuses parmi lesquels le
coître cause tant de ravages.
Les groupements, les écoles, les municipalités, les pouvoirs
publics, justement soucieux de l'avenir de la race, pourraient donner les enseignements prophylactiques aux populations de ces contrées en leur indiquant les mesures à prendre et les aliments propres à modifier leur état de santé et celui de leur
descendance.
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