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CHAPITRE VII

Hystérie et neurasthénie par lésions cérébrales.

La plupart des faits qui relèvent de l’hystérie et de la neurasthénie traumatiques succèdent à une violente émotion qui à accompagné un traumatisme quelconque grave ou léger.

Les troubles se produisent ‘en général bientôt après le traumatisme. La période d’incubation quand elle existe correspond au temps nécessaire au malade pour que l’auto-suggestion fasse son œuvre, mais déjà le mal est fait, l’état nerveux d’où précèdent les accidents est créé d'emblée, quoique tous les symptômes n’apparaissent pas d’abord, ce dernier trait tenant à la variabilité des signes de ces états morbides. Ceux-ci peuvent succéder à un traumatisme de n'importe quelle région du corps. Ils se produisent même indépendamment de tout traumatisme réels

Dans les grandes catastrophes, les accidents de chemin de fer par exemple, on a vu des personnes absolument indemnes de toute lésion matérielle et n ’ayant subi aucun choc même léger, présenter des troubles nerveux appartenant soit à l’hystérie, soit à la neurasthénie.

Autre caractère important : ces malades étaient atteints de la névrose avant l’accident. On peut dépister chez eux des troubles nerveux antérieurs à l’accident. Celui-ci ne fait que réveiller l’état morbide déjà existant.

Ainsi que l’a montré l’école de la Salpêtrière, la suggestion joue un grand rôle dans la genèse de beaucoup d'accidents chez cette catégorie de malades; aussi voiton les troubles se localiser de préférence au niveau des parties atteintes par le traumatisme. Il en résulte des paralysies fonctionnelles d’ordre psychique ayant donc des caractères particuliers.

La même explication doit-elle être étendue à tous les troubles nerveux d’ordre hystérique ou neurasthénique consécutifs aux traumatismes ?

On nous permettra de n’en rien croire. Il est des faits de ce genre qui se présentent nettement comme une variété d'accidents tardifs de traumatismes craniens, ou du moins cérébraux. Dans ces faits, l’état nerveux survient chez des individus sans antécédents nerveux et plus ou moins longtemps après le traumatisme. Celui-ci existe toujours, et son souvenir peut être éteint quand paraissent les troubles nerveux.

Le traumatisme n’est pas quelconque quant à son siège

etnous devons admettre comme dans les autres accidents tardifs des traumatismes craniens que l’encéphale est atteint et lésé par le traumatisme.

Il paraîtra au-moins bizarre à la plupart, qu’on associe l'hystérie ou la neurasthénie à une lésion organique.

Cependant l’hystérie n’est-elle pas en fait très souvent associée à une lésion palpable? Combien de fois ne voit-on pas l’hystérie suivre une maladie nerveuse organique ? Cest tantôt le tabes, tantôt la sclérose en plaques, ou des névrites périphériques, La maladie de Basedow fruste ou classique quelle que soit son origine première (auto-intoxication venue d’une glande typhoïde défectueuse ou toute autre cause), est aussi une deces maladies nerveuses à lésions auxquelles succèdent fréquemment l’hystérie ou la neurasthénie. D’autres fois, la névrose apparaît après une intoxication d'origine interne ou externe, et dans ce dernier cas les poisons en jeu sont le tabac, le plomb, le sulfure de carbone, etc.

Souvent aussi ces affections sont liées à des maladies organiques de diverses parties du corps. Pour l’hystérie, on en trouve des exemples probants dans la thèse de M'e Bychoffski ‘, exemples fournis par M. Potain, ou tirés de Landousy de Davaine. Les cas de M. Potain se rapportent à des coliques néphrétiques, d’autres à des coliques hépatiques, à des parasites intestinaux. On sait que le rein mobile, les affections gastriques (chlorose par troubles digestifs) sont suivies souvent de troubles hysté riques ou neurasthéniques. Mais parmi les maladies qui sont le plus associées souvent à l’hystérie, celles des organes génitaux tiennent le premier rang (ovarite, salpingite, etc). |

1 Mie Bychoffski, Contribution à l'étude de l’hystéro-traumatisme (hystéro-traumatisme interne), thèse de Paris, 1893.

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-: Pourquoi une lésion traumatique du cerveau ne développerait-elle pas l’hystérie ou la neurasthénie au même titre que pour l’hystérie par exemple les lésions du tabes.

On nous objectera que toutes les causes que nous avons énumérées ne font que provoquer l’apparition des névroses, de l’hystérie surtout, celle-ci étant une maladie essentiellement héréditaire. #;

Nous avons dit nos méfiances à l’écard de cette influence exclusive de l’hérédité à propos de l’épilepsie. Nous les garderons même en ce qui concerne l’hystérie et pour les mêmes raisons.

Outre les illusions que doit nécessairement engendrer toute statistique basée sur l’hérédité de transformation à cause de l’élasticité de celle-ci, n’est-ce pas quelque chose de singulier que ce germe névropathique qui resterait latent pendant une ou plusieurs générations, frappant celuici et respectant ses frères et consanguins, provoquant là une paralysie générale à cinquante ans et plus, ailleurs une épilepsie ou une hystérie venue de bonne heure ou plus ou moins tard.

Certes nous croyons à l’influence profonde de l’hérédité, des qualités et des vices des ascendants sur la constitution de l'individu. Celui-ci n’est pas ce que l'ont fait ses parents, mais bien modifié par le milieu, les conditions individuelles et la tendance de tout être à reveuir au type normal de l'espèce.

Il reproduira ses parents dans leur organisation phy sique et dans leurs aptitudes fonctionnelles, c’est-à-dire dans la taille, la couleur, les traits du visage, etc., et dans la démarche, le geste, la voix, voire même les sen-

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timents et les pensées puisque celles-ci sont fonctions du cerveau. | | 08 Hal |

Cette transmissiondes caractères explique bien des faits Mais nous nous garderons de croire ceux qui en font la bare d’un système exclusif en pathogénie nerveuse. En remontant à un certain nombre de générations, il faut tenir compte des qualités et des défauts de tous les ascendants bien que l’action de quelques-uns prédomine irrégulière rement chez les descendants. Sans cela, on aurait quelque raison de penser que nous sommes tous des dégénérés, ear tous nous avons plus ou moins des ascendants névro pathes, cancéreux, etc. |

La théorie de l’hérédité nerveuse ne tient pas compte que souvent les accidents hystériques ou neurasthéniques ne débutent qu'après une infection (syphilis, fièvre typhoïde, etc.) après une grossesse plus ou moins pathologique, après une intoxication, parfois à un âge assez avancé et qu'auparavant il n’en existait pas trace. Dans la thèse même de Ml Bychoffski pareille constation est faite plusieurs fois, en particulier au sujet d’une malade atteinte d’hystérie après un accès de coliques hépathiques. Dans l’hystéro-traumatisme le fait a été souvent noté, surtout par M. Grasset qui à vu un argument contre l’assimilation des névroses traumatiques à lhystérie dans l’absence d’antécédents personnels où héréditaires: Ces derniers, il faut le reconnaître ne sont pas très souvent suffisants pour expliquer la maladie.

Il faut bien constater d’autre part que la thédhie héréditaire est en complet désaccord avec les résultats connus du traitement chirurgical dans bien des cas d’hystérie génitale. Tels sont outre les cas publiés en France ceux

qu'a rapportés l’habile gynécologiste américain Marion Sims. ru er AR

De semblables opérations ont, il est vrai, amené des insuccès ; le seul fait que l’hystérie n’est pas toujours de cause génitale suffirait à en expliquer plusieurs, même en admettant que les cas opérés l’aient tous été de façon rationnelle, et que les difficultés du diagnostic causal tenant à la mobilité des symptômes chez les hystériques. aient été sûrement résolues.

Associer l’hystérie et la neurasthénie à des lésions ner veuses, c’est encore, dira-t-on, oublier que ces deux affections sont constituées essentiellement par des troubles purement fonctionnels du système nerveux, souvent d'ordre psychique 2t excessivement mobiles.

Il est facile de se rendre compte que bien des maladies nerveuses organiques s’accompagnent aussi de troubles purement fonctionnels des centres nerveux. Ces troubles: sont loin d’être l’apanage exclusif de l’hystérie et de la: neurasthénie. ré

Une hémiplégie survenue après une hémorragie cérébrale n’indique pas fatalement une destruction de toute la zone rolandique du côté opposé. Ce n’est souvent qu’un trouble fonctionnel passager, compatible avec l'intégrité absolue de la presque totalité de la zone rolandique. De même, le coma traumatique n'implique pas une altération quelconque de tous les centres intellectuels. Dans l’épilepsie, des crises convulsives généralisées peuvent corres-

1 Marion Sims, voir en particulier l’article intitulé HysTERO- ÉPILEPSIE, sept cas guéris par le traitement chirurgical dans Amerie, journal of obstetric, etc., juillet 1893.

pondre à une lésion très limitée du cortex, tant l’irritation diffuse facilement d’un point à l’autre de tout le système nerveux. | {419 |

Dans l’idiotie même, il s’en faut que les centres intellectuels, quoique d'ordinaire tous atteints fonctionnelle ment, soient lésés chacun étant pris à part.

. Pour mieux dire, nous ne croyons pas, étant donné l'imextricable réseau de communications qui relient entre elles toutes les parties des centres nerveux, qu’on puisse comprendre quelque chose à la pathologie cérébrale ou même nerveuse, si l’on se contente d'envisager les lésions nerveuses indépendamment des multiples actions à distance qu’elles exercent autour d’elles.

S’il n'existe pas de lésion organique capable de former je substratum anatomique constant de l’hystérie ou de la neurasthénie, ce ne peut être une raison suffisante pour dénier à toutes les lésions un rôle quelconque dans la pathogénie de ces affections. Il faudrait en faire autant pour l’épilepsie, et même pour l’idiotie dont les lésions, quoique toujours existantes varient énormément. |

La variabilité des lésions ne saurait être invoquée contre leur action. L’hérédité n’explique pas mieux l’hystérie, puisque cette affection, quand l’hérédité est en jeu, procède le plus souvent de l’hérédité de transformation, et on serait incapable de dire pourquoi un paralytique général procrée ici un hystérique, là un épileptique et non un autre névropathe. Pourquoi une lésion provoque l’hystérie chez l’un? l’épilepsie chez l’autre. C’est affaire à l'avenir de l’apprendre, Le rôle des auto-intoxications secondaires, des particularités individuelles, reste à élucider. plus complètement.

En somme, il nous paraît conforme à la vérité de rattacher le plus souvent les perturbations fonctionnelles du cerveau et en particulier de ces zones psychiques supé rieures qui constituent le fond de l’hystérie à des lésions nerveuses irritatives, essentiellement variables suivant les cas pouvant siéger soit sur le système nerveux périphérique, soit sur le système nerveux central ou même pou- vant être d'ordre “Hone et se diffuser partout (hystérie toxique).

-Gette conception explique mieux que l’hystérie puisse guérir après un traitement chirurgical portant par exemple sur les annexes de l’utérus. Nous l’étendons à la neurasthénie et nous l’adoptons parce qu’elle s'applique très bien

- au Cas de neurasthénie traumatique tardive que nous plaçons à la fin de cette thèse. Seule elle peut s’accorder avec l’idée d’une trépanation contre des faits d° PRESENT ou

de neurasthénie. FR S

Nous aurions pu citer, sile cadre de notre thèse nous le permettait, des faits d’hystérie survenus sans antécédents personnels ou héréditaires longtemps après un traumatisme et qui nous ont paru rentrer dans le groupe des faits dont nous nous occupons. Mais ces cas n’ont pas été trépanés, et nous relatons les seuls cas que nous connaissions où le trépan a fait disparaître des troubles de nature hystériqué ou neurasthénique. |

Nous ne nous dissimulons pas d’ailleurs Fe difficultés qu’en pareil cas le chirurgien aurait à résoudre pour le diagnostic. La plus grande prudence paraît de rigueur et c’est par voie d'élimination qu’il faudra procéder à l’étude de l’existence et de l’influence du traumatisme cérébral.

Il nous paraît suffisant ici, en présence des idées cou-

rantes, d'indiquer comment nous entendons interpréter le cas de l’observation CXI. En même temps, nous étendons la même interprétation au seul cas authentique que nous connaissions de trépanation contre des troubles RySIEEES ques (obs. CX).

La genèse de ces troubles, telle que nous l’entendons, a le tort ou l'avantage, suivant les idées qu’on se fait, de rapprocher-l’hystérie de l’épilepsie.

L'hystérie serait-elle une maladie surtout psychique, comme on tend à l’admettre avec M. P. Janet, on ne saurait envisager des troubles psychiques indépendamment du substratum anatomique des fonctions psychiques, c’est-à-dire du cerveau, des rapports de ces parties entre elles etavec les autres organes et des autres conditions de son fonctionnement. de

Il est probable, a priori, étant donnée la nâture psychique de bien des troubles neurasthéniques ou hystériques qu’on n’arrivera guère à les réproduire chez les animaux comme on a reproduit l’épilepsie.

Cependant Brown-Séquard, auquel on doit les premières expériences de l’épilepsie périphérique, a montré comment on pouvait déterminer chez les animaux l’anal-gésie générale qu’on sait fréquente dans l hystérie par de: simples procédés traumatiques ou mécaniques : des sections cutanées, des insufflations de gaz carbonique dans la gorge, etc. |

On sait que, dans certains cas, l'accès hystérique peut. simuler absolument une attaque épileptique. Il est en somme bien peu de caractères pris isolément qui soient. pathognomoniques de l’hystérie et qui ne puissent se retrouver chez les épileptiques. Il n’est pas jusqu’à la for-

mule urinaire de l’hystérie donnée par MM. Gilles de la Tourette et Cathelineau qui ne puisse d’après quelques auteurs (Féréet Herbert, Roger, J. Voisin ?) se retrouver chez des épileptiques.

Quant aux stigmates physiques de l’hystérie, la plupart d’entre eux ont eu à subir les mêmes critiques au point de vue de leur valeur prothognomonique.

Si l’hystérie était une maladie héréditaire avant tout, on n’observerait pas parmi les malades ces grandes Par tions cliniques qui suivant les origines toxiques ou autres de l'affection s’étendent depuis les accès de la grande hystérie jusqu'à ces phénomènes hystériformes observés par Weïll chez les (uberculeux. L’hystérie et la neurasthénie ne sont pas unes, et devant certaines observations, nous nous rangeons volontiers à l’opinion de ceux qui admettent des formes mixtes entre l’épilepsie, l’hystérie et la neurasthénie, considérées non comme des entités immuables, mais comme des types morbides que la nature copie plus ou moins complètement et dont elle fait varier à son gré les éléments composants. Ce n’est pas par Ja recherche d’un ou de quelques symptômes que l’on pourrait donc conclure en pratique à l’épilepsie ou à l’hystérie, c'est l’ensembie de tous les symptômes minutieusement interrogés qui décidera la classe de névroses avec laquelle un cas donné a le plus d’affinités. Et cette conduite est conforme à l’enseignement du Maître qui disait dans une

! Voir à ce sujet, Féré, C. R. de la Soc. de biologie, ann. 1892, p.260, et Arch., 1893, p. 127. — Roger, Note sur la soidisant formule urinaire de l’hystérie, C. R. de la Soc. de biologie, p.?, 7 janvier 1898. — J. Voisin, C. R. de la Soc. de biologie, 28 avril 1892, p. 830.

de ses cliniques à la Salpêtrière : « Les symptômes sont comme les lettres de l'alphabet qui, prises isolément, n’ont aucun sens, Il faut les réunir pour pouvoir les interpréter ». |

En particulier, il nous a paru que certains symptômes notés dans l’observation CXI (excitation psychique périodique) devaient recevoir un certain jour de la notion des équivalents psychiques de l’épilepsie, sans qué pour cela il fallût faire sortir cette observation du cadre de la neurasthénie,

Pour conclure vis-à-vis de ces faits de trépan contre des accidents qui, classiquement, sont considérés comme relevant de névroses sine materia nous disons donc: ces troubles nerveux relevaient en réalité de désordres matériels du cerveau, tout comme les autres accidents tardifs à évolution analogue des traumatismes céphaliques, et le trépan a fait disparaître ces troubles en agissant sur des lésions cérébrales par l'intermédiaire des modifications vasculaires de l’encéphale déjà indiquées.

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Hystéro-épilepsie

Obserration OX. — Aystéro-épilepsie (crises d'épilepsie parlielle.) — Ralentissement intermittent du pouls, surtout aprés les crises (coefficient uro-tonique — 0,489.) — Craniectomie simple. — Amélioration. (M. Jaboulay, Archives provinciales de Chirurgie, février 1893, observation XXI.)

M°° F... M..., vingt-six ans, tisseuse. Père mort à soixantedix ans d'attaque d’apoplexie, mère bien portante, n’a jamais eu de crise de nerfs,

Une tante du côté paternel a eu des crises convulsives. Un frère bien portant. |

Fièvre typhoïde à huit ans,

Depuis l'âge de quinze ans, crises convulsives dont le début n’est attribué à aucune cause, pas de frayeurs,

Les crises débutent d'ordinaire par la main droite.

La perte de connaissance durait dans les commencements d’une demi-heure à une heure. Puis vomissements et réveil souvent accompagné de pleurs abondantes.

Régles irrégulières, de médiocre abondance et pertes blanches. De quinze à vingt ans pas de règles. A vingt ans, la réapparition des règles coïncide avec des crise moins fréquentes.

Souvent mictions involontaires dans les crises nocturnes surtout dents crochetées, pas de morsure de la langue, salivation très abondante, langue rétractée en arrière.

Fonctions digestives normales, intelligence peu développée, Redoublement de crises à l'approche des règles.

Etat en avril 1892. — Crises fréquentes que l'excitation mécanique de la main droite ou un interrogatoire un peu minutieux de la malade sur ses sensations suffit à provoquer. Raideur

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