‹ Contribution à l'étude du mode d'action de la craniectomieChapitre 41 sur 45 · TRE AS · texte numérisé non relu

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jours et les détails les plus simples de la vie courante. Il dut faire alors sa principale préoccupation du soin de parer d'avance aux lacunes prévues de sa mémoire,

Cependant les souvenirs n'étaient pas perdus chez lui, puisqu'ils reparaissaient spontanément à certains moments (voir plus loin), mais en dehors de la volonté du malade et quand il n’en avait pas besoin.

À ces principaux symptômes, insomnie, céphalalgie et dysmnésie, il faut en joindre beaucoup d’autres qui se développèrent en même temps : une sensibilité excessive pour le froid, une lassitude conti= nuelle, et de la faiblesse musculaire pour tout effort soutenu, de temps en temps des crises douloureuses soudaines dans la région cardiaque comme des coups de poignard, des bruits de souffle isochrones au pouls se faisant sentir dans les oreilles dès que le malade est couché, des palpitations cardiaques intenses à l’occasion d'un effort même léger, et en dehors même detoute émotion réelle, dans des états psychiques en apparence peu importants par exemple en cherchant un objet futile, en attendant quelqu'un.

Refroidissement des extrémités. Sensation de fatigue oculaire et larmoiement à chaque lecture prolongée plus de huit à dix minutes, alors troubles visuels passagers, brouillards et corps opaques mobiles dans le champ visuel pendant une heure et plus,

Malgré la sensation de fatigue, le repos est pénible, et, au bout de quelques minutes, le mouvement semble nécessaire au malade.

Amaigrissement et pâleur habituelle. Appétit cependant bien conservé, pas de troubles digestifs, pas de troubles génitaux, pas d'idées hypocondriaques, ouïe normale. Odorat bien développé.

La lassitude et la plupart des symptômes s’atténuent momentanément après les repas.

Hyperesthésie légère généralisée à tout le corps. Souvent sensation de mouche courant sur le corps, et secousses musculaires précipitées localisées à une portion de muscle quelconque, tantôt dans un membre, tantôt au tronc ou à la face, sans déplacement

apparent de la région. Parfois crampes dans les mollets ou dans une région quelconque du corps (mâchoire, cou, sterno-mastoïdien, etc.).

Ni alcool, ni café, ni tabac, ni morphine, ni chloral : aucune intoxication. :

Idiosynerasie très nette pour le café : une tasse suffit à assurer l'insomnie absolue pendant plusieurs nuits. Sous l’influence du café, la dysmnésie disparaît momentanément ; l’activité cérébrale est exagérce, le travail intellectuel redevient possible, facile et passagèrement efficace; une sensation de chaleur remplace la sensibilité pour le froid, les battements du cœur cessent d'être perçus par le malade; la sensation de lassitude fait place à un besoin intense de mouvement, à une activité cérébrale à caractère anxieux.

Plus de fatigue oculaire, ni de larmoiement, ni tout autresigne d’asthénopie pendant le travail. Cet état dure assez longtemps, toujours plus d’une quinzaine d'heures pour une seule tasse de café ou de thé.

La sensibilité est exaltée aussi, ainsi que la force musculaire. 11 y à de l’hypersécrétion urinaire, parfois un véritable état de fièvre, des sueurs et des crampes, de l'accélération des battements eardiaques, le pouls est plus large qu’à l'ordinaire, agitation motrice ; même la nuit, le malade est forcé de se lever et de se promener.

Après cette période, tous les troubles passagèrement atténués par le café subissent une aggravation pendant une durée encore plus longue; l’insomnie, d’abord augmentée, ne disparaît pas, malgré la fatigue. Aussi le malade redoute-t-il le café, et il en réserve l’usage pour les circonstances où il juge indispensable de combattre les phénomènes de dépression habituels et surtout la dysmnésie (examens de médecine en particulier). >

Rien de particulier pour le chloral et l'opium qui font dormir le malade à dose modérée, mais qu’il se refuse à employer sinon accidentellement, craignant d’être amené à en faire abus, D'une façon générale, les médicaments nervins paraissent agir à dose plutôt faible, mais il n’y a pas d’idiosynerasie comme pour la caféine. é@) |

- Quelques tentatives pour user du tabac sont suivies de malaise, d’étourdissement dès les premières bouffées, alors que, autrefois, le malade avait fumé accidentellement sans inconvénient.

L'alcool agit aussi à dose peu considérable et procure un certain bien-être, comme le café, à la phase primitive d'excitation. Mais la même aggravation des symptômes suit son usage accidentel, une fois les premiers effets dissipés, ce qui ne tardeguère. Aussi l’abstinence des liqueurs fortes est absolue et l'usage des boissons alcooliques ordinaires, vin, bière, est des plus modérés.

Pas d'idées tristes, pas de peur des espaces ou autre, aucune crainte de maladie spéciale, de cœur ou autre. Suggestionnabilité inférieure à la moyenne. Pas de tic, pas d’incoordination de mouvements ; à certains moments de lassitude plus grande, très léger tremblement des mains, tremblement menu et perceptible seulement à l'examen attentif des mains étendues.

- De temps en temps, battements artériels, surtout aux tempes, dans la tête près de l'oreille, et à l’épigastre.

Le caractère est devenu soucieux, sans tristesse véritable. Le changement ‘est cependant énorme, si l’on tient compte de l’insouciance et de la gaieté communicative qui existaient auparavant à un haut degré chez le malade et qui s’alliaient à la confiance en soi.

Tous les signes morbides sont allés s’accentuant en 1892. En 1892, un traitement prolongé, dont le repos cérébral et l’hydrothérapie (douches froides) formaient la base fut combiné à une hygiène des plus sévères et observé avec minutie.

Le résultat fut une amélioration considérable de l’état général. L'appétit, qui avait toujours été bon, s’accrut beaucoup et le malade gagna 6 kilogrammes en deux mois (août et septembre 1892). Les bruissements isochrones au pouls perçus dans l'oreille, surtout pendant la station couchée ne furent plus entendus, l’asthénie musculaire disparut presque entièrement en treize mois. Les crises douloureuses cardiaques disparurent également, ainsi que les accès de palpitation au moindre effort, le refroidissement des extrémités et la sensation de lassitude habituelle, La prolongation de ce traitement aboutit à un état somatique excellent,

. Mais l’insomnie, la céphalalgie et la dysmnésie restèrent stationnaires ; ou plutôt augmentèrent encore, ainsi que l’idiosyncrasie pour le café,

En même temps, certains symptômes,qui dès le début subissaient une recrudescenee intermittente tous les quatre à cinq jours, s’unirent à d’autres dans ces périodes de recrudescence qui se dessinaient de plus en plus franchement pour constituer des sortes de crises.

En effet, à partir de septembre 1892, le malade fut sujet assez irrégulièrement tous les trois ou quatre jours environ à des périodes d’excitation, surtout psychique, dont le café facilitait la production.

À ces moments, les souvenirs, qui dans les intervalles étaient si difficilement évoqués, apparaissaient en foule sans effort. Le travail cérébral devenait facile, les sujets difficiles étaient vite appris; tous.les signes de dépression disparaissaient. En société, l’abondance de la parole faisait place au mutisme et à la réserve habituelle. Alors l'aspect du malade était tel, qu'il était jugé avantageusement par les personnes qui le fréquentaient peu. Pour les familiers, la comparaison des états opposés de dépression et d’excitation, faisait conclure à un caractère changeant, En temps ordinaire, le sujet faisait effort pour ne pas paraître abattu et incapable ; dans les périodes dont nous parlons, il faisait de bien plus grands efforts pour cacher son excitation et l’endiguer.

Une fois seul et livré à lui-même, une sorte de pluie d'idées s’abattait sur le malade. La rapidité avec laquelle les idées s’as- Sociaient et se présentaient à la conscience était d'autant plus remarquable, qu’elle n’amenait pas une confusion considérable, le jugement étant pareillement exalté au même moment.

Il y avait aussi hyperesthésie considérable de tous les sens. La nuit cette hyperesthésie faisait prendre au tic-tac d'une pendule, d'ordinaire à peine perçu, les proportions d’un bruit intense, Il fallait arrêter la pendule, comme si elle était seule cause de l'in. somnie, car il yavait tendance consciente à objectiver le LTossissement subjectif des sensations amené par la crise et à luirapporter la cause de tous les malaises, L'odeur d’un bouquet de roses placé

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au fond de la chambre était aussi trop intense pour être supportée et le bouquet était porté au loin au fond du couloir. Les reflets lumineux d'un réverbère sur la fenêtre n'étaient pas mieux tolérés et obligeaient à fermer hermétiquement les volets.

C'est surtout la nuit que ces phénomènes étaient plus marqués, l'esprit n'ayant aucun dérivatif aux sensations perçues et aux préoccupations spontanées.

Alors l’activité psychique était considérable ; tandis qu'il cherchait à dormir, il fallait au patient repasser dans son esprit tout ce qui l’avait occupé les jours précédents, et s'occuper de beaucoup de choses dont il aurait voulu ne pas s'inquiéter.

Dans le jour, la promenade au grand air, au milieu de la foule, à pas rapides, servait de dérivatif à cette hyperactivé cérébrale grâce à la succession rapide des figures et des images visuelle de divers ordres et au mouvement exécuté. Ou bien la lecture très rapide, une conversation jouaient le même rôle. En somme, l'esprit n'avait pas un moment de repos dans toute la durée de ces périodes qui se prolongeait de quinze à vingt heures,

Il n’y avait d’ailleurs jamais utilisation complète de cette hypers activité cérébrale : après un temps variable de travail intellectuel, le trouble était plus fort que la volonté ; force était au malade d’abandonner pour un temps toute oceupation régulière et de chercher un dérivalif dans un exercice physique ou toute autre cause de distraction.

Le début de ces crises s’annonçait par une recrudescence de la céphalalgie habituelle. La fin ramenaït la lassitude et la parésie cérébrale, mais la crise amenait un certain soulagement par disparition momeutanée d’une émotivité et d'un étatanxieux spécial intraduisible, mais très génant qui augmeutait peu à peu dans lesintervalles jusqu'à l’arrivée de la nouvelle crise.

Bientôt le malade vit que ses crises psychiques coïncidaient avec une urine plus pâle que d'ordinaire, et le seul examen de son urine le soir, lui indiquait si son iusomuie serait simple et s’il pourrait s'endormir vers le matin, ou si elle seraitcomplète et avec agitation.

Il essaya de prendre du bromure de votassium, 2? grammes par

jour atténuaient beaucoup les crises et les espaçaient un peu, jusqu’à six jours. Il n’y avait pas autant d’hyperesthésie, bien moins d’excitation cérébrale.

Mais l'anxiété qui précédait les crises ne disparaissait pas avec ces crises atténuées : elles n’amenaient plus le soulagement habituel des crises complètes, De plus, la dépression nerveuse interparoxystique était plus marquée, si bien que, après plusieurs essais, le malade dut renoncer au bromure, d'autant plus que ce médicament, malgré le calme qu’il amenait, ne donnait pas une minute de plus de sommeil,

Les crises devinrent de plus en plus fréquentes et intenses sans changer de caractère en cetobre, novembre et décembre 1892 malgré la continuation du traitement hydrothérapique et un état générai des plus satisfaisants, Au mois de novembre elles paraissaient tous les deux ou trois jours. Dès ce moment la céphalalgie était devenue continue avec exaspération pendant les crises. Elle se mit à cette époque pendant les crises à se localiser au niveau de l’ancien iraumatisme : le malade-eut dès lors, à ces moments, la sensation d’un clou ou autre corps étranger s’enfonçant dans le crâne.

Ce fait détermina le malade qui avait déjà tendance à ineriminer son ancienne chute de tous ses troubles, à consulter un chirurgien. Malgré plusieurs conseils contraires, il fit plusieurs tentatives pour se faire trépaner.

M. Jaboulay fut consulté. Après une période de quatre semaines d'observation, il consentit à intervenir.

Pendant ce temps, le bromure fut de nouveau essayé sans plus de succès qu'auparavant.

Le malade alla chez ses parents pour les mettre au courant de l'opération projetée et revint à Lyon le 4 janvier 1893. ]1 comptait, disait-il, être opéré dans une quiuzaine de jours environ, et il devait préveuir sa famille quelques jours à l’avance quand le jour de l'opération serait fixé.

Pour éviter à la familic les soucis et les ennuis que l'opération pouvait amener, la date en fut avancée.

- À ce moment, les crises d'excitation dont nous avons parlé

reviennent tous les deux ans trois jours avec leurs caractères : hyperesthésie, hyperactivité cérébrale, besoin de mouvement, privation complète de sommeil, absence d’impulsions et d'obsessions vraies, de délire et d’hallucinations, céphalalgie aiguë.

Le malade ne s'endort jamais avant 4 heures du matin: quelquefois cependant vers 3 heures, quoiqu'il se couche tou jours de bonne heure. En dehors des crises, c’est de l’insomnie simple, sans excitation notable.

Pas d'hypocondrie vraie. Pas de phobie ; le caractère est devenue plutôt hésitant et timide. La dépression habituelle se traduit par un retard notable dans la durée.des opérations cérébrales : ainsi il arrive souvent au malade de ne saluer une personne qu’il croise qu'après l’avoir dépassée.

La mémoire est très diminuée, le malade ne peut pas y compter même pour les choses les plus simples.

Outre cette dysmnésie qui le préoccupe journellement, le malade s'inquiète de la diminution subie par la force d’attention et par la volonté, surtout celle-ci à laquelle il attache beaucoup d'importance. î

Odorat et vue exçellents, pouvoiraccommodatif un peu supérieur

la moyenne, mais ouïe très légèrement diminuée des deux côtés. (Le malade a eu dans sa jeunesse à plusieurs reprises des inflammations de la trompe d’'Eustache et il en est resté une légère inflammation chronique non encore disparue), Urines très acides. Ni sucre, ni albumine, ;

Aucun signe de localisation dans les membres ou ailleurs. Etat général de faiblesse musculaire. A la face, cette parésie est même assez forte pour que le malade ne puisse siffler qu'avec de grands efforts, parfois il n’y arrive pas. |

Pas de convulsions ; souvent crampes de courte durée et secous ses fibrillaires rapides.

Le cœur est toujours excitable ; l’attente suffit à provoquer des palpitations ; après avoir sonné chez une personne quelconque, : avant qu'on lui ouvre, le sujet a régulièrement des battements accélérés et violents.

Sensation de lassitude continuelle et céphalalgie persistante à

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