C16 H24 OS + H20 — C6 H10 O7 + C10 H16 O
Acide Eau Acide Camphérol camphoglycuronique glycuronique
Du glycuronate de plomb on isole l'acide glycuronique au moyen de l'hydrogène sulfuré.
Cet acide cristallise, en aiguilles très solubles dans l’eau, insolubles dans l’alcool. Il présente cette particularité curieuse d’être dextrogyre, tandis que toutes ses combinaisons dévient, à gauche, le plan de la lumière polarisée.
MM. Schmideberg et Meyer, se fondant d'une part, sur les propriétés acides de cette substance, et de l’autre, sur le pouvoir réducteur qu’elle exerce sur la liqueur cuprique ont donné, de l’acide glycuronique, la formule de constitution suivante :
CHO (CHOHE Cp
qui renferme à la fois le groupe aldéhydique CHO et le groupe carboxyle CO?H.
Les autres acides , doués du pouvoir rotatoire, qui ont été retirés de l'urine, sont l'acide éthyleno-lactique (Wislicenus), également dextrogyre, et à combinaisons lévogyres; et, plus récemment, l'acide oxybutyrique ou pseudo-hydroxybutyrique, signalé par M. Külz (1) dans l’urine de diabétiques, à qui de
(1) Journal of the Chemical Society, et Zeit. f. Biologie Bd. XX.
Ie
lhydrate de chloral avait été administré et dont l'apparition accompagnait celle de l'acide uro-chloralique.
IT devenait intéressant, pour nous, de procéder à la recherche du principe lévogyre que présentent les urines des malades qui ont subi les divers modes d’anesthésies, et de déterminer s’il y avait identité entre ce principe et les acides que nous venons de mentionner.
Ces recherches, très-incomplètes, n’ont porté que sur les urines provenant de sujets anesthésiés avec le chloroforme et avec l’éther.
Disons de suite, que les résultats obtenus sont les mêmes dans les deux cas.
Voici une des méthodes que nous avons suivies pour l’extraction de ces corps :
L'urine lévogyre, évaporée, presque à sec, au bainmarie, a été épuisée par une dissolution d'acide oxalique, dans l'alcool absolu, en vue de séparer la plus grande partie de l’urée et des matières extractives. et de dissoudre l'acide éthyleno-lactique. Le filtrat a été mis en digestion avec de l’oxyde de zinc, en excès, filtré à nouveau, et enfin traité par un courant d'hydrogène sulfuré qui a séparé le zinc du soluté alcoolique. L’éthyleno-lactate de zinc, étant soluble dans l'alcool, devait se trouver dans le liquide alcoolique d’où le zinc avait été écarté; ce liquide évaporé complétement au bain-marie, a laissé un résidu sirupeux que nous avons purifié en le faisant digérer, à nouveau, avec de l’oxyde de zinc et de l’alcool absolu, et séparé finalement de sa combinaison
nr zincique par l'hydrogène sulfuré. En évaporant le liquide alcoolique, nous avons obtenu une petite quantité d'un sirop très acide, retenant encore une certaine proportion d’urée.
Le perchlorure de fer ne colore pas cetacide, lequel est lévogyre comme ses sels de zinc et de chaux. Il est très soluble dans l’alcool, et peu dans l’éther, et réduit faiblement le réactif cuprique.
La forme cristalline de ces sels, qui d’ailleurs, cristallisent difficilement, est celle d’aiguilles déliées qui n'affectent aucune des dispositions reconnues au lactates correspondants. Ces sels attirent aussi l'humidité de l'air; mais nous avons pensé que cette hygrométricité pouvait être due à la présence de l’urée.
L'autre méthode a été dirigée spécialement en vue de diagnostiquer la présence de l'acide glycuronique,
Pour cette recherche, l'urine a été d’abord traitée par un excès d’acétate basique de plomb ; le précipité plombique isolé par le filtre est lavé, mis en suspension dans de l’eau distillée, et traversé par un courant de gaz sulfhydrique. Le filtrat examiné au polarimètre est Iévogyre, mais après avoir été chauffé avec de l'acide phosphorique, la déviation change de signe.
On voit que, d’après ces résultats, il est permis d'admettre que les urines d’anesthésiés contiennent de l'acide glycuronique, ainsi que le veut M. Külz, mais elles renferment, en outre, un acide lévogyre qui n’est pas de l’acide éthyleno-lactique et sur la nature duquel des travaux ultérieurs pourront nous renseigner. Peut-êtres’agit-il de l’acide pseudo-hydroxy-
butyrique de M. Külz. D’après unehypothèsed’Hoppe Seyler, il y a une relation entre l'acide glycuronique et l'acide oxybutyrique :
C6 H10 07 — CO? + CH? 02 + C4 HS O3
Acide Ac. carb. Ac.form. Acide glycuronique oxybutyrique
I ne serait donc nullement surprenant de voir apparaître ces deux acides, simultanément, dans les urines d’anesthésiés.
L’acide glycuronique est voisin du glycose, et il est intéressant de constater qu’il est soustrait à l’oxydation par son union avec les corps les plus divers. (Wurtz, chimie biologique p. 766).
D’après Flückiger (1), il existerait, dans l’urine, d’une façon constante, et constituerait le prétendu glycose que les urologistes s'accordent à reconnaître comme l’un des éléments constitutifs des urines normales. Cet auteur se base sur le pouvoir réducteur que possède toute urine et sur ce fait que l'urine normale traitée par les oxydants donne de l’acétone, et qu’il y a un rapport entre la substance qui produit l’acétone et le pouvoir réducteur.
Nous avons dit que les urines fortement chargées en urate possédaient, en général, le pouvoir rotatoire, et nous ajouterons qu’elles contiennent très probablement aussi le même principe actif.
C’est grâce a1 ralentissement des combustions que l'excès d’acide urique apparaît dans les urines; Îles
(1) Zeitschrift für phys. Chimie, Bd. IX, p. 322.
éléments n'ayant pu arriver, dans l'organisme, au terme normal des oxydations. Et c'est aussi à cause de cette insuffisance des fonctions comburantes que l'acide glycuronique est éliminé. De même que l'acide urique est le produit de l'oxydation incomplète des albuminoïdes, l'acide glycuronique paraît être un des produits de l'oxydation incomplète des substances hydro-carbonées, et particulièrementdu glycogène et du glycose.
Cependant, on peut se demander pourquoi, dans les analyses que nous publions, l'azote total ne paraît pas dépasser la proportion que l’on constate, habituellement, dans l'urine normale.
On sait, en eflet, que dans la plupart des cas où l’'anoxémie est poussée à un haut degré, et où l’on peut constater l'insuffisance des combustions, comme dans la stéatose, l’intoxication phosphorée, l’intoxication pyrogallique, l’ictère grave, la leucémie, l’anémie pernicieuse, etc., etc., les albuminoïdes ne subissent plus leurs transformations régulières, etil est d’observation que l'urine contient de la leucine, de la tyrosine, etc.,en même temps qu'un excès d’acide urique.
Il faut considérer, d'abord, qu'il existe une diffé: rence essentielle entre cette sorte de saisissement qui frappe d'un arrêt brusque les combustions interstitielles, dans la période d’anesthésie et la production, en quelque sorte continue, de tous les éléments que l'élimination appelle avant qu'ils aient pu bénéficier d'une oxydation suffisante, dans les diverses maladies que nous avons citées.
On conçoit que lorsque l’activité psychique et
physique sont suspendues, la vie cellulaire soit momentanément anéantie; et, lorsque cette interruption cesse, l’activité cellulaire se réveille, tend à se rétablir; mais ce n’est que graduellement qu’elle y parvient, et c'est à ce moment que se produisent les combustions insuffisantes et que s’élaborent tous ces éléments intermédiaires qui apparaissent dans les urines et viennent augmenter sa richesse en matériaux azotés.
Si les urines consécutives à l’anesthésie n’en contiennent que fort peu, cela tient à ce que, dans les suites de l’anesthésie, il y a un ralentissement considérable de la sécrétion urinaire. La plupart des urines ne sont rendues par les malades que cinq à six heures après le réveil, quelquefois même, un laps de temps plus long, et la quantité émise est, en général, très faible.
Ce n’est donc qu’une physionomie très atténuée de cette insuffisance des combustions qui peut nous être transmise par l'examen des urines.
Toutefois, l'apparition constante de l'excès d'acide urique et du principe lévogyre (ac. glycuronique), sous les influences les plus diverses, et aussi les plus légères (puisque cette apparition est, le plus souvent, sans signification pathologique), mais relevant toutes d’un défaut de combustion, ne nous montre-t-elle pas qu’il existe des degrés variables dans léchelle de combustion des éléments qui traversent l'organisme? L’acide urique et l'acide glycuronique qui apparaissent, avec tant de facilité, dès que survient le moindre trouble dans l’oxygénation des tissus, sont
Ur
les plus exigeants ; ils s’'accommodent mal d’une diminution d'oxygène, aussi les voyons-nous apparaître dans les urines d’anesthésiés sans être accompagnés des substances azotées que l’on rencontre dans tous les autres cas d’anoxémie, alors que la secrétion urinaire n’a pas subi d’entrave.
Ce ralentissement des combustions parait être indépendant de la nature de l'agent anesthésique. Ne voyons-nous pas l'acide glycuronique et l'acide urique, en excès, apparaître aussi dans les urines après les anesthésies par le protoxyde d'azote, alors que les globules sanguins sont saturés par un mélange gazeux (1), en réalité, plus riche en oxygène que l'air atmosphérique ?
Claude Bernard dit : « Les anesthésiques jouissent du pouvoir de suspendre l’activité du protoplasma ; ils suppriment tous les phénomènes qui sont véritablement sous la dépendance de l’irritabilité vitale,les phénomènes de synthèse, respectant les phénomènes de nature purement chimique, les phénomènes de destruction. » (Leçons sur les phénomènes de la vie, p. 258 et suiv., Paris 1878).
Des faits ci-dessus, pouvons-nous déduire, contrairement à l'opinion de Claude Bernard, que les phénomèênes de destruction n’échappent pas non plus à l'influence de l’anesthésie ?
Nous ne saurions formuler une opinion aussi catégorique, quoiqu'il nous semble que là soit le vrai ; en
(1) Le mélange anesthésique se composait de 88 p. de proto-
xyde d'azote et de 12 d'oxygène, la pression barométrique était de 105 à 115 centimètres.
ut
voici la raison : Dans les anesthésies par le protoxyde d'azote qu’il nous a été donné d'observer, nous avons pu voir que le rythme respiratoire était parfois troublé; des arrêts relativement prolongés avaient lieu, et nous nous sommes demandé, en nous rappelant ce détail, si les combustions incomplètes, qui se trahissaient dans les urines par la présence de l'acide glycuronique et l’excès d'acide urique, n'étaient pas dues à ces suspensions momentanées de l'acte respiratoire, créant un commencement de milieu asphyxique.
Si l’on compare les résultats de nos analyses, avec ceux que mentionnent les traités d'urologie, sur la composition de l'urine normale, on pourra constater des différences notables.
Un premier fait qui frappera l'attention est la proportion élevée du résidu salin, dans les urines d’anesthésiés par le chloroforme. Cette élévation tient,d’une part, à l'augmentation des chlorures, et de l’autre, à celle des phosphates (1).
I se passe, pour le chloroforme, ce qui arrive pour le chloral ; une partie de ce corps est brûlée dans Île torrent circulatoire et produit du chlore et de l'acide formique qui passent dans les urines. De là, l’augmentation des chlorures.
La recherche de l'acide formique, dans toutes les urines que nous avons essayées s’est toujours montrée affirmative. Nous y procédons de la façon suivante : l’urine évaporée, au bain-marie, jusqu'à con-
(1) L’acide phosphorique évalué est l’acide phosphorique total isolé à l’état de phosphate ammoniaco-molybdique après évaporation et combustion par le nitrate de potasse.
Me sistance sirupeuse, est introduite dans un ballon de verreetdistillée,après avoirétéadditionnéed’un grand excès d'acide phosphorique. Le distillatum traité par l’azotate d'argent, puis filtré, donne, à l’ébulition, un miroir d'argent réduit. Une autre portion additionnée d’une solution saturée de chlorure mercurique abandonne, à chaud, du chlorure mercureux. .
A la vérité, la proportion d’acide formique qui s’élimine ainsi, paraît être très faible. Pour que la réaction soit bien nette, il est nécessaire d'opérer sur un volume d’urine dépassant ordinairement 100 c. c..…. Ce n’est qu’en collectant plusieurs lots d’urines provenant d'anesthésies au chloroforme, que nous avons pu mettre en évidence la présence de cet acide d’une façon non douteuse.
I faut bien se garder, pour conclure à la présence de l'acide formique dans le liquide distillé dont nous venons de parler, d'essayer celui-ci par le perchlorure de fer, après l'avoir neutralisé avec de l’ammoniaque étendue. Dans tous les cas, on aurait une coloration rouge qui serait due, pour la plus grande partie, à l'acide acétique que contiennent toujours, en abondance, les urines d’anesthésiés par le chloroforme et l’éther.
Il est intéressant de voir, sous l'influence de l’anesthésie, l'acide acétique s'’accumuler dans le sang et apparaître dans les urines. C’est un fait qui vient à l'appui de notre manière de voir et qui corrobore singulièrement ce que nous avons dit du ralentissement et de la diminution des oxydations qui suit la période d’anesthésie.
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Depuis les belles expériences du docteur Jaillet (1), :
on sait, en effet, que l'alcool, dans le sang, absorbe de l'oxygène pour se transformer en acide acétique, qu'un degré d’oxydation de plus décompose en eau et anhydride carbonique.
Quant à l'acide phosphorique, dont l'élimination paraît s’accroître après l'anesthésie au chloroforme, nous pensons qu elle doit être attribuée, en partie, à la désagrégation que subissent les stromata globulaires, sous l'influence des vapeurs de ce corps. On sait expérimentalement, qu'en dirigeant de l'air saturé de chloroforme, dans du sang, celui-ci change de couleur, s’assombrit notablement, par suite de l'extravasation de l’hémoglobine dans le plasma. Si l’on tient compte aussi de la faible affinité qui relie l'acide phospho-glycérique à la matière albuminoïde, dans le stroma sanguin; sa séparation, dans les conditions qui nous occupent, devient alors une hypothèse fort vraisemblable.
Nous ne parlerons des sels de potasse et de chaux contenus dans les urines des sujets anesthésiés au chloroforme et à l’éther, que pour dire qu'il ne nous a pas été possible d'en donner la proportion. Les nombreux dosages que nous nous étions imposés, et qui devaient être faits sur une même urine, dont nous ne disposions souvent que d’une centaine de centimètres cubes, nous rendaient impossible cette évaluation. Nous devons dire, cependant, que nous ‘avons déterminé sur des urines d’anesthésie sacrifiées
(1) Jarzcer, de l’alcool, 1884.
En pour cet objet, la teneur en potasse et que nous l'avons presque toujours trouvée très considérable. Mais, comme ilne nous a pas été possible de connaître, avec certitude, le régime liquide des sujets dont nous avions l’urine (nous entendons, non pas le régime qui leur est assigné, mais celui auquelilse soumettent en profitant, parfois, des libéralités de leurs camarades), nous nous sommes toujours demandé si cette forte proportion de potasse que nous trouvions n'avait pas pour origine le vin qu'ils avaient bu.
Ce que nous disons des sels de potasse n’est pas applicable aux sels de chaux; nous n'avons jamais vu que ceux-ci aient atteint une proportion dépassant la moyenne de celle que l’on trouve dans les urines normales.
On a souvent signalé la présence de l’albumine dans les urines d’anesthésiés ; nous avons rencontré cet élément, deux fois, en moyenne, sur dix analyses d’urines provenant d’anesthésies par le chloroforme, et six fois sur le même nombre d’urines provenant d’anesthésies par l’éther. Cette albumine ne se trouve jamais qu'en minime proportion et atteint rarement 1 gr. par litre d'urine.
Les urines consécutives aux anesthésies par le protoxyde d'azote ne nous en ont jamais donné; mais lorsqu'on les traite par l'acide nitrique en vue de cette recherche, on voit apparaître souvent, outre la bande urique, qui se manifeste, du reste, dans toutes les urines riches en urate, une coloration rose intense, sous forme de disque.
Cette coloration rose se produit aussi, quelquefois,
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avec les urines au chloroforme et à l'éther et a les plus grandes analogies d'aspect avec celle que l’on observe en ajoutant de l’acide nitrique à l'urine des malades qui ont absorbé du baume de copahu ou d’autres résineux.
Nous en ignorons absolument la signification.
Beaucoup d'auteurs ont signalé, également, la présence des pigments biliaires. Nous devons dire que dans les urines qui nous ont été remises,quel que soit le mode d’anesthésie, nous n’en avons jamais trouvé.
Enfin, nous aurons terminé cette histoire sommaire de la composition des urines d’anesthésie, en disant que celles qui proviennent d’anesthésie au chloroforme ne contiennent ni chloroforme, ni composé chloré, comme l'alcool trichloréthylique, qui existe dans les urines au chloral uni à l'acide glycuronique. Ces résultats ont été observés sur plus de trente urines d’anesthésies, et sur celle d'un chien auquel M. Lépine avait fait absorber 5 gr. de chloroforme par la voie stomacale. Ils sont entièrement conformes à ceux qu'a publiés M. Bruneau (1), dans sa thèse inaugurale, et plus récemment M. Paul Bert (2). Les urines émises à la suite d’anesthésies à l’éther exhalent souvent l’odeur de ce corps, et si on les soumet à la distillation, on peut toujours, dans ce cas, en retirer une certaine proportion d’éther.
Il nous reste maintenant à donner quelques détails
(1) Bruneau, Thèse de Paris, 1878.
(2) BerT, Comptes-rendus de la Société de Biologie,8 août 1885.