‹ Contribution à l'étude du mode d'action du chloral: analyse des urines consécutives aux anesthésies par le chloroforme, l'éther et le protoxyde d'azote; avec applications à la toxicologieChapitre 9 sur 22 · EAU · texte numérisé non relu

EAU

Ce n’est pas que nous ayons, à cette question, une réponse toute prête; la solution d’un pareil problème relève entièrement de la physiologie, et, comme elle n’est pas de notre domaine, nous n’y toucherons pas. Cependant, il nous semble que le rôle de l’alcali dans les phénomènes de la respiration ne saurait être estimé trop haut et que toute atteinte, même légère, portée à l’alcalinité normale du sang, doit avoir un grave retentissement sur les fonctions vitales.

On s'accorde généralement, aujourd’hui, à séparer nettement les phénomènes de l’anesthésie de ceux de l’asphyxie. Il a été bien démontré, par Claude Bernard (1) que, quand on prend les précautions convenables pour éviter l’asphyxie, c’est-à-dire, qu’on évite les spasmes qui empêchent l'air d'arriver au poumon, le sang artériel conserve sa couleur rouge ordinaire, et la quantité d'oxygène se maintient dans des limites très physiologiques. IÎ n’en est pas moins vrai que, pendant la période d’anesthésie, l’asphyxie est toujours imminente. Ce danger doit-il être attribué, uniquement, à l'obstacle mécanique que peut éprouver le poumon à se saturer d'oxygène? Nous ne le pensons pas. MM. Feltz et Ritter ont déjà fait connaître que le sang chloralé avait une capacité moindre pour l'oxygène; nous croyons que cette moindre capacité existe aussi pour l’acide carbonique.

Nous ferons valoir à l’appui de notre thèse cette première raison de la diminution de l’alcalinité du sang que nous venons de démontrer.

(1) Claude BERNARD, les anesthésiques, p. 97.

Hi

Du reste, si l’on interroge les gaz du sang (et nous empruntons ces résultats aux expériences du D° Arloing) (1), en laissant de côté les rapports qu’affectent, entre eux, l'acide carbonique et l’oxygène; on verra que sous l'influence des injections intra-veineuses de chloral, la proportion de la masse totale des gaz diminue dans le sang.

Nous terminerons, enfin, cette étude du mode d'action du chloral, en appelant l'attention des physiologistes sur l’action si remarquable qu’exerce ce corps sur les matières albuminoïdes. On sait que M. Personne (2) a fait connaître l’action coagulante énergique qu’excerce, à froid, le chloral, sur les matières albuminoïdes, et a décrit une combinaison moléculaire de ce corps avec ces mêmes matières. Stable,en présence de l’eau, cette combinaison moléculaire est détruite par l'alcool qui lui enlève la totalité du chloral.

Nous avons nous-même essayé de coaguler, par la chaleur, des solutions d’albumine contenant des quantités variables de chloral, et nous avons pu observer que cette coagulation se produisait à une température d'autant moins élevée que la proportion de chloral était elle-même plus considérable. En un mot, le chloral abaisse notablement la température de coagulation de l’albumine.

Quelle sera l’action du chloral sur les cellules ner-

veuses ?

Ne considère-t-on pas l’anesthésie chloralique

(1) Voir thèse de Lyon, loco citato, pages 101 et suiv. (2) Comptes-rendus, 1874, p. 129.

HE comme la conséquence d’une action directe et spéciale excercée sur les centres nerveux? Et ne doit-on pas voir, dans cette action, le chloral remplir le rôle de coagulant à l'égard du protoplasma de ces cellules?

Un fait qui viendrait donner corps à cette hypothèse, nous est fourni par l'examen comparatif de l’action du tri-chloracétate de soude et du chloral, sur les matières albuminoïdes.

On se rappelle que M. Byasson invoquait, en faveur de l’activité de l'acide formique, le manque de propriétés hypnotiques du tri-chloracétate de soude et l’attribuait à ce que ce sel donne, dans son dédoublement, moins d'acide formique que le chloral. Nous ne saurions admettre une pareille interprétation. Pour nous, le tri-chloracétate de soude n’est que du chloral très amoindri. Comme Île chloral, il se dédouble en chloroforme et en acide formique, au contact du sang, des phosphates et des bi-carbonates alcalins, ainsi que nous nous en sommes assuré; mais 1l nous a toujours semblé que ce dédoublement était moins complet qu'avec le chloral, et enfin, le fait que nous retiendrons surtout, c'est que son action coagulante sur Îles substances albuminoïdes est à peu près nulle.

(CHENBRRREATT

Ce que l’on trouve dans les urines après les anesthésies par le chloroforme, l’éther et le protoxyde d'azote.

DES PRINCIPES LÉVOGYRES CONTENUS DANS LES URINES APRÈS L’ANES- THÉSIE. — DU RALENTISSEMENT DES COMBUSTIONS ACCUSÉ PAR LES URINES — DE L'AUGMENTATION DES CHLORURES ET DES PHOSPHATES.

Ces urines sont, en général, claires, acides et le plus ordinairement assez fortement colorées. Presque toutes abandonnent, par le repos, un sédiment à peu près entièrement composé d'acide urique et d’urates acides. Nous ne parlons, bien entendu, que des éléments figurés affectant une forme cristalline ; car, il nous est arrivé, fréquemment, de rencontrer des débris d’épithelium, des corpuscules

Ne muqueux, etc., etc., mais nous n’avons jamais découvert de cristaux d’oxalate de chaux.

Examinées au polarimètre, après décoloration par le noir animal, on observe une déviation, à gauche, du plan de polarisation. Ce caractère est commun aux urines après les anesthésies par le chloroforme, l’éther et le protoxyde d’azote, et paraît moins marqué chez ces dernières. Cette déviation est, en général, faible, elle dépasse rarement 2 ou 3 degrés, dans Île tube de 20 centimètres ; et, le plus souvent, elle n’atteint que quelques dixièmes de degré.

Soumises à l’ébullition avec la liqueur cupropotassique, elles réduisent légèrement ce réactif. Cette réduction ne ressemble en rien à celle que produit le sucre de diabète et a, au contraire, les plus grandes analogies avec la réduction que l’on obtient à l’aide de l'acide urique et des urates.

Lorsqu'on défèque ces urines par l’acétate basique de plomb, elles perdent, en grande partie, leur pouvoir rotatoire et leurs propriétés réductrices.

Contiennent-elles du sucre, ainsi que l'ont cru plusieurs auteurs quise basaient uniquement sur le pouvoir réducteur ? Assurément non; outre que la déviation que l’on constate est toujours lévogyre, les réactions de ce corps ne sont point celles du glycose. Du reste, ce n’est pas que dans les urines d’anesthésiés que l’on touve cette substance active; les urines des fébricitants qui sont chargées d’acide urique et colorées en rouge en contiennent également.

D'une façon générale,nous avonstoujours remarqué que les urines colorées, riches en urates, possédaient

nt le

le pouvoir rotatoire, à gauche, et, il nous a toujours paru qu’il y avait une relation entre l’apparition de cette substance,dans l’urine,et l'excès d'acide urique, se traduisant par des sédiments plus ou imoins abondants.

On connait, aujourd’hui, quelques composés, notamment réducteurs et à pouvoir rotatoire, qui apparaissent, dans Îes urines, dans des conditions très diverses. L'un des principaux est l'acide glycuronique, qui est éliminé. comme nous l’avons vu, sous forme d’acide uro-chloralique, dans les urines de sujets ayant absorbé du chloral.

La découverte de cet acide est due à MM. O.

Schmideberg et H. Meyer (1), qui l'isolèrent de l'urine des chiens qui avaient reçu du camphre avec leur nourriture. C’est sous forme d’acide camphoglycuronique que cet acide apparaissait dans l'urine de ces animaux, accompagné de quelques acides isomériques particuliers.

Depuis, un grand nombre d’observateurs ont reconnu que d’autres substances (nitro-toluène, benzine bromée, chlorée et dichlorée, phénol, phénétol, xylène, cumène, etc.) introduites dans l’organisme, apparaissent dans l'urine, sous forme de composés copulés, analogues à l’acide uro-chloralique, et tous lévogyres et réducteurs.

L’acide campho-glycuronique se dédouble, à l’ébullition, sous l'influence des acides minéraux étendus en acide glycuronique, et en un produit

(1) Bulletin de la société chimique, 1881, t. XXXV, p. 82.

aromatique, le camphérol, isomérique avec loxycamphre de Wheeler.

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