A MESSIEURS LES PROFESSEURS
MONOYER, LACASSAGNE, CAZENEUVE
ALLO NISTERPR DEAN PB EIRE
Chirurgien-Major de l’Antiquaille
A OEROPUETION
Ce travail comprendra quatre chapitres.
Dans le premier, nous rapporterons, briève-:
ment, ce qui a été écrit jusqu’à ce jour, sur le mode d’ation et l'élimination du chloral.
Le second sera consacré à l'exposé de nos recherches personnelles sur le même objet.
Dans le troisième, nous décrirons la composition des urines, après l’anesthésie au chloroforme, à l’éther et au protoxyde d'azote.
Enfin, dans le dernier chapitre, nous ferons connaître les modifications que nous avons introduites dans la recherche toxicologique du chloroforme et du chloral.
Tout notre travail sera résumé sous forme de conclusions.
Les urines, dont nous rapportons les analyses, ont été émises à la suite d’anesthésies de courte durée. Nous ne pensons pas qu'en pro-
longeant l’anesthésie, des modifications différentes de celles que nous signalons soient susceptibles de se produire dans la composition des urines. Bien plus, nous ne croyons pas que les résultats quantitatifs soient, dans ce cas, sensiblement accentués.
Ce n'est pas pendant la sidération anesthésique, au moment où la vie cellulaire est suspendue, que les métamorphoses interstitielles anormales se produisent le plus; mais bien pendant la période qui précède et surtout qui va suivre immédiatement celle-ci. La durée de l’anesthésie ne saurait donc influencer notablement le sens et l'étendue des modifications.
Telle est, du moins, notre manière de voir.
Quoiqu'il en soit, l’on ne supposera pas que nous ayons fait un choix de telles urines.
Nous avons analysé celles que nous avons pu nous procurer, et nous les devons à l’obligeance de M. le docteur Aubert, l’éminent chirurgien-major de l'hospice de l’Antiquaille, à qui nous adressons nos plus vifs remerciements.
Achacune des analyses publiées estjointeune courte observation sur l’état de santé du sujet. Grâce à la nature spéciale des maladies traitées à l’hospice de l’Antiquaille, en général aucun des malades n'était alité, et le régime alimentaire était, à peu près, celui de l’homme valide.
Los Il ne nous a pas été possible de donner la composition des urines des malades avant l’anesthésie. Aussi, si nous devons être sobre de commentaires, c'est que nous tenons à ce que cette partiede notre travail soit considérée, uniquement, comme une description chimique, et non comme une œuvre de physiologie.
Avant de commencer, nous adressons l’ex pression de notre .sincère reconnaissance à notre maître, M. le professeur Crolas, qui a mis, avec tant de bienveillance, à notre disposition, toutes les ressources de son laboratoire. M. le professeur Lépine, qui a bien voulu accepter la présidence de notre thèse, nous a communiqué plusieurs documents précieux qu'il a traduits de l'étranger, à notre intention, et cest dans son laboratoire qu'ont été pratiquées, par ses soins, toutes les opérations sur les animaux, qui nous étaient nécessaires. Nous l'en remercions sincèrement, et nous sommes heureux de pouvoir lui dire, ici, que nous ne saurons jamais oublier toutes les marqe sdinteretdontilienous athonore retles nombreux services qu'il nous a rendus.
Puisque les dettes de cœur sont toujours ‘agréables à rappeler, qu'il nous soit permis de présenter à M. Lacassagne, le savant professeur de médecine légale de notre Faculté, l'hommage de notre vive reconnaissance pour
none l'enseignement que nous avons recu de lui; et l’obligeance parfaite avec laquelle il a bien voulu mettre à notre disposition toutes les publications importantes qu'il a collectionnées, sur tout ce qui touche à la médecine légale.
À M. Martin, l’habile médecin-dentiste de notre ville, qui a bien voulu opérer, lui-même, dans le splendide appareil qu'ila fait construire, toutes les anesthésies au «protoxyde d'azote, sous pression, dont nous avons profité, nous envoyons l'expression de notre profonde reconnaissance.
Merci, enfin, à MM. Banal, Baudonnet, Falque, Gratieux, Libold, Mazade, pour l’empressement qu'ils ont mis à se soumettre aux inhalations de protoxyde d’azote, afin de nous permettre d'étudier l’action de cet anesthésique sur la composition des urines.
GEHABIEREST:
Aperçu historique sur le mode d'action du chloral et son élimination.
Depuis l'introduction du chloral dans la matière médicale française, à la suite de la présentation, sous les auspices de Wurtz (1), du mémoire de O. Liebreich résumant ses expériences sur ce corps, il est peu de médicaments qui aient soulevé, dans la presse ou les académies, des discussions si nombreuses et des controverses aussi vives sur son mode d'action.
Liebreich, se fondant, d’une part, sur l’analogie d'action du chloral et du chloroforme, et sur la décomposition chimique que subit ce corps au contact des alcalis, qui le dédoublent en chloroforme et en
(1) Académie des sciences 16 août, 1869.
AU acide formique, pensa que le chloral se décomposait, en présence des substances alcalines contenues dans le sang, et que le chloroforme, résultant de cette décomposition, se manifestait, alors, avec ses caractères hypnotiques et anesthésiques.
I1 ne donna, d’abord, de ces faits aucune preuve expérimentale directe; mais, plus tard, il publia l'expérience suivante, qui prauve simplement que le chloral subit une transformation dans l'organisme, mais non qu'il se dédouble en fournissant du chloroforme : ;
Un chien, privé de nourriture jusqu'à ce que son urine ne contienne plus de chlorure, reçoit une injection sous-cutanée de 1 gram. de chloral. A l'analyse, l'urine accuse 0,058 de chlore, tandis que 1 gramme de chloral en contient 0,66.
O. Liebreich pense que la quantité de chlore qui apparaît, dans ce cas, est due à la combustion, dans l'organisme, du chloroforme non exhalé.
Pour que cette théorie chimique qui avait été, déjà, plutôt le fruit d’une prévision intuitive que le résultat de l'expérience, puisse revêtir l’'impérieuse autorité d'un fait, Liebreich en conçoit tout le mécanisme : Il est vrai, disait-il, « que la quantité d’alcali contenue dans le sang ne peut pas toujours suflire pour transformer en chloroforme tout le chloral introduit ; mais, dans le sang en circulation, il y a une régénération continuelle de l’alcali employé; le dédoublement du chloral ne peut donc se faire d’un seul coup, mais chaque molécule de chloral consomme les molécules d’alcali qui l'entourent, et c'est seule-
At
ment lorsque tout l’alcali du sang a été employé à ce: travail que la transformation cesse. Il se développe donc, à chaque instant, une minime quantité de chloroforme, qui va se fixer, aussitôt, sur les ganglions cérébraux et ensuite sur ceux de la moëlle épinière et du cœur. Aussi, voit-on les effets du chloral, sur l'homme et les animaux, être identiques à ceux du chloroforme. Du reste, dans la formation du chloroforme, l’alcali est un des facteurs, l’autre, ce sont les réactions oxydantes qui se passent dans l’organisme »... (1)
Rabuteau (2) croit que le formiate de soude, lun des termes du dédoublement du chloroforme dans le le sang, subit une combustion complète ; se transforme en carbonate, lequel opère, à son tour, la décomposition de nouvelles molécules de chloral.
De sorte que, grâce à ce cycle ininterrompu de dédoublements et detransformations, le sang récupère, à chaque instant, l'alcali qui lui est nécessaire.
Ainsi s'explique que MM. Byasson et Follet n’ont pu trouver d'acide formique libre dans le sang des animaux chloralisés ; l'existence de cet acide n'y est que transitoire, et ne saurait prendre aucune part aux effets observés après l'administration du chloral.
La conception de Liebreich, fortifiée par quelques faits favorables cités par Richardson, en Angleterre, qui prétendit que l’haleine des animaux auxquels il avait injecté du chloral exhalait l'odeur du
(1) Nouvel agent hy pnotique etanesthésique,L1EBREICH,1860,P.16. (2) Gazette hebdomadaire de méd. et de chirurg. DSL Pr 707
Ho chloroforme, reçut, semble-t-il, peu de temps après, une éclatante démonstration expérimentale du chimiste Personne (1).
Ce savant, guidé par des considérations du même ordre que celles qui avaient inspiré à Liebreich l’idée du dédoublement du choral, au sein de l’organisme, et ayant remarqué que, si l’on prend un liquide animal alcalin, présentant une certaine identité avec le sang; si, à une solution de blancs d'œufs, dans une petite quantité d’eau, on ajoute de l'hydrate de chloral, la liqueur portée à + 409 répand très nettement l'odeur du chloroforme, pensa que le même phénomène devait avoir lieu dans le sang.
Ayant introduit une solution de chloral dans du sang de bœuf, il distilla le mélange ; et,en condensant avec soin les produits volatilisés, il put obtenir une petite quantité de chloroforme, gagnant la partie inférieure du liquide condensé, et nettement caractérisé par son odeur.
Mais, dit M. Personne, on peut objecter à cette expérience que la température à laquelle les matières ont été soumises est bien différente de celle du corps d’un animal, qui, voisine de 409, ne donnerait
-pas de chloroforme, tandis que ce produit peut prendre naissance à la température de 1000.
Afin de lever tous les doutes, il se servit du procédé classique employé pour la recherche toxicologique du chloroforme, et, en traitant, par ce procédé, le sang de bœuf additionné d’hydrate de chloral,
(1) Comptes rendus, 1869, p. 980.
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comme dans l'expérience précédente, et dans lequel l’odorat n'avait pu percevoir l’odeur du chloroforme, il obtint une grande quantité de chlorure d’argent.
Prévoyant, enfin, que l’on pourrait objecter encore que le chlorure d'argent, obtenu dans ces circonstances, provient des vapeurs qui seraient fournies par l’hydrate de chloral, lui-même, existant dans le sang, il répondit, selon lui, d'une façon décisive, de la manière suivante : « On a soumis à l'expérience précédente un litre d’eau distillée environ, renfermant 1 gram. d'hydrate de chloral; l'opération a été conduite pendant 15 à 20 minutes, et elle a été complètement négative; mais, dès qu’on eut ajouté au liquide de la cornue une petite quantité de carbonate de soude, la présence du chloroforme fut immédiatement accusée par la formation du chlorure d'argent. L’alcali ajouté a donc seul transformé le choral en chloroforme, comme le fait l'alcali du sang. »
MM. Byasson et Follet (1) ayant recueilli, dans un appareil spécial, l'air expiré par des animaux auxquels ils avaient administré du chloral, et les dirigeant ensuite dans une solution de nitrate d'argent, après leur avoir fait traverser un tube de porcelaine rouge de feu, virent se former, en peu de temps, un précipité de chlorure d'argent.
Ils analysent les urines de ces mêmes animaux et y constatent l'existence de l’acide formique.
De la première expérience, Byasson et Follet concluent que c'est bien à la décomposition du chloro-
{1) Académie des sciences, 1872.
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forme produit qu'est due la formation du chlorure d'argent; celui-ci n’a pas été fourni par le chloral, pour ce motif que, si le chloral est bien un peu volatil, il ne l'est pas suffisamment pour traverser la muqueuse pulmonaire.
Quant à l'acide formique, produit concomitant du dédoublement du chloral, ils se prononcent nettement pour son action adjuvante dans l’anesthésie chloralique.
Cet acide, suivant ces auteurs, s’oxyderait aux dépens de l’oxygène du sang pour former de l’acide carbonique etdeviendrait une cause d’asphyxie quand il emprunte trop d'oxygène au sang (1).
Si le tri-chloracétate de soude, disent-ils, n'a pas sur l'organisme une influence aussi profonde que celle du chloral; s’il ne réussit qu'à provoquer un hypnotisme léger et éphémère; ce n’est pas qu'il ne subisse une métamorphose différente de celle du chloral, mais, son dédoublement en chloroforme et en acide formique, dans les milieux alcalins, fournit une proportion d'acide formique bien moindre que celle produite par le dédoublement du chloral. De là, les différences constatées et l'insuffisance des propriétés anesthésiques de ce sel.
Nous voyons également Lawrence, Turnbull, Lissonde (2), s'inscrire pour l'activité de l'acide formique, et confier à cet acide un rôle des moins effacés dans la scène anesthésique.
(1) Journal de l'anatomie et de la physiologie de Cu. RoBin, 1871, p. 583.
(2) LissonpE, thèse de Paris, 1874.
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Notons que Personne (1), qui, le premier, avait constaté la présence des formiates dans les urines, et leur attribuait, concurrement avec l'acide urique, la propriété de réduire le réactif cuprique (caractère signalé par M. Bouchut (2), comme fourni par les urines des malades soumis à un traitement chloralique, et que cet auteur attribuait à la présence du chloral, s'éliminant, en nature par les reins); s’en servit pour réfuter les expériences de M. Bouchut, ainsi que ses conclusions.
Ce même chimiste avait expérimenté l’action du formiate de soude, sur l’économie, et avait déclaré que, même à la dose de 5 gram., ce sel est complètement inactif.
Cependant, M. Byasson (3), qui attribue à l'acide formique, produit dans le dédoublement du chloral, une partie de l’action physiologique de cette substance, fait remarquer que le formiate d’éthyle est aussi un puissant anesthésique, et que l’on ne peut arguer que cette action tient à la constitution chimique, puisque l’acétate d’éthyle ne la partage pas.
En 1879, M. Arloing (4), dans une thèse, remarquable, d’ailleurs, à bien d’autres titres, publia d'importantes expériences physiologiques, où il démontra que les formiates alcalins ne sont pas dénués d'action.
Si l’on compare, dit cet auteur, « les effets du
(1) Comptes-rendus, 1869.
(2) Boucaur, Comptes-rendus, 1860.
(3) Byasson, Comptes-rendus, 1874, p. 640.
(4) ARLOING, thèse de Lyon, 1879.
= 46 — formiate de soude à ceux du chloroforme et du chloral, on s'aperçoit qu’ils ne ressemblent, absolument, ni aux uns, ni aux autres. Néanmoins, on ne peut s'empêcher de leur trouver de grandes analogies avec ceux du chloral, surtout quand il s’agit de doses faibles ou de doses fortes portées rapidement dans les cavités du cœur. Ainsi, le ralentissement du cœur, l’abaissement de la pression, l'augmentation de la vitesse dans Îles artères par les doses faibles, l’irrégularité du rythme cardiaque par les doses fortes, l'arrêt du cœur et de la respiration, la restauration possible de l’un et de l’autre, rappellent, singulièrement, les phénomènes qui suivent l'administration intra-veineuse du chloral; de sorte que l’on serait tenté de croire que ces phénomènes, dans la chloralisation, sont dus principalement au formiate qui prend naissance dans l’économie.
Mais, nous le répétons, il n’y a pas identité d'action; autrement dit, le chloral a une physionomie particulière. Comment pourrait-il en être autrement? En admettant, comme fondée, la théorie du dédoublement, celui-ci ne s'opère pas immédiatement et dans toute la masse du chloral injecté. Le chloral est promené un certain temps dans le système circulatoire pendant lequel il imprime aux fonctions des troubles spéciaux. » Et plus loin, M. Arloing conclut : « queles effets anesthésiques du chloral sont dus au Chloroforme et queles formiates alcalins favorisent mécaniquement leur production en augmentant la vitesse de la circulation et en facilitant,ainsi,l'imprégnation des éléments nerveux par l'agent anesthésique.
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En 1872, MM. Horand et Puech (1) présentèrent à la Société de médecine de Lyon, un mémoire, où se trouvent rélatées les expériences qu'ils avaient entreprises pour s’éclairer sur les destinées du chloral, qui a pénétré dans le torrent circulatoire.
Comme l'avait démontré Personne, MM. Horand et Puech retirèrent du sang d’un animal chloralisé, un composé volatil, qui, décomposé au rouge, donna du chlore précipitable par le nitrate d'argent. Ils firent remarquer que le dédoublement du chloral était d'autant plus rapide, que l’alcalinité du sang était plus prononcée. La réaction était, par conséquent, plus évidente, chez le mouton, le cheval et le bœuf, que chez le lapin et le chien.
Ce n’est pas tout ; ces auteurs, pour s'assurer qu'il ne restait plus de chloral, en nature, dans le sang qu’ils avaient ainsi traité, ajoutèrent à ce liquide, du carbonate de soude par petites fractions, lorsque la réaction qui décelait le chlore fut devenue stationnaire.
Or, comme dans ces nouvelles conditions, le précipité de chlorure d'argent n’augmenta pas, ils en conclurent que tout le chloral se dédouble, au contact du sang, d’une façon conforme à la théorie de Liebreich.
Les expérimentateurs français, pour la plupart, malgré leurs nombreuses divergences, ont toujours été opposés à la théorie du dédoublement, mais sont demeurés d'accord, sur ce point fondamental, que 1:
(1) Horaxp et Puscx. Du chloral, recherches sur ses antidotes.
PR chloral a un mode d'action qui lui est propre et qui est bien différent de celui du chloroforme.
C'est ainsi que nous voyons Claude Bernard (1), dans ses lecons sur les anesthésiques, déclarer : «Nous sommes porté à penser que le chloral agit par lui-même et non en se dédoublant et en donnant naissance à du chloroforme ». Et plus loin : « Nous ne saurions admettre, physiologiquement, la théorie qui ne veut voir dans l’action du chloral que le résultat du chloroforme produit, par dédoublement, au sein de l’économie ; les symptômes produits par l’action, soit du chloral simple, soit du chloral combiné aux anesthésiques ou aux hypnotiques,ne permettent pas d'établir cette assimilation. »
Nous avons dit que M. Bouchut croyait à l’élimination du chloral, en nature, et attribuait, à ce médicament éliminé, le pouvoir réducteur qu'exercent les urines des malades chloralisés, sur la liqueur cupropotassique. |
Demarquay (2) n'accepte pas non plus la théorie du dédoublement ; il croit que le chloral s’élimine par les voies respiratoires ; et, au point de vue physiologique, 1l ne saurait admettre l'identité d’action du chloroforme et du chloral; parce que le chloroforme est un anesthésique, tandis que le chloral a une action hyperesthétique des plus marquées.
Gubler (3) s'élèva, aussi, énergiquement contre la
(1) Leçons sur les anesthésiques et l’asphyxie,p. 310-311. Paris, 1875, cité par Arloing.
(2) Demarquay. Comptes-rendus 1869, p. 641.
(3) Journal de pharmacie et de chimie, t. XVIII, effets physiologiques de lhydrate de chloral et société de thérapeutique, 1869.
ride
théorie de Liebreich; mettant digérer ensemble de l'hydrate de chloral avec un liquide alcalin, tel que l’eau de Vichy, le savant professeur ne parvint pas à déceler trace de chloroforme, au bout de trois quarts d'heure. Il en induisit que les bi-carbonates alcalins du sang qui sont associés à l’albumine ne sont pas capables d'opérer la décomposition du chloral. L’albumine devant le préserver de l’action des alcalis et s'opposer ainsi à son dédoublement.
Ayant vu que les grenouilles, sous la peau desquelles il avait introduit du chloral, ne présentaient que des symptômes d’excitation sans anesthésie, il conclut que le chloral agissait par des propriétés sur generis, qu'il ne produisait nullement les effets du chloroforme.
L'année suivante, MM. Rabuteau et Napieralskt (1), critiquant les expériences de M. Gubler, prouvèrent que les grenouilles pouvaient être anesthésiées par le chloral, qui se dédoublait, alors, en chloroforme et en formiate, sous l'influence d'une température ambiante suffisamment élevée. Gubler avait opéré pendant l'hiver; d’après MM. Rabuteau et Napieralski, c’est le froid seul qui s'était opposé à la décomposition du chloral, dans le torrent circulaire de la grenouille.
En 1874, M. Tanret (2) ayant vu que le chloral hydraté est décomposé par le permanganate de potasse, en solution alcaline, en oxyde de carbone,
(1) NapieëraLski, du chloral. Thèse de Paris, 1870. (2) TaNRET, académie des sciences, septembre 1874.
nn 2 acide carbonique, en acide formique et en chlorure alcalin, émit cette hypothèse, toute nouvelle, que l'anesthésie provoquée par le chloral est produite par le dédoublement, dans le sang, du formiate en oxyde de carbone. « La moindre capacité des globules pour l'oxygène, dans le cas d’empoisonnement par le chloral, constatée par Feltz et Ritter, ne corrobore-telle pas cette manière de voir ? La lente décomposition du chloral par l'agent oxydant n’explique-telle pas la continuité de'son action quand on s’en sert comme hypnotique, ce qui ne peut être en admettant sa transformation en chloroforme ? Et l’abaissement de température observé par Claude Bernard dans l’'empoisonnement par l’oxyde de carbone, ne coiïncide-t-il pas d’une façon remarquable avec celui qui suit l'administration du chloral ? Le chloral serait donc un poison globulaire. »
Fauret (1) admet également cette hypothèse vraisemblable.
Hermann, qui avait démontré que l’acide trichloracétique, qui, comme le chloral, donne naissance à du chloroforme, dans les liquides alcalins, a pu être donné à des lapins aux doses de 2 à 5 gram. sans qu'il produisit la moindre action, se déclare partisan de la non-transformation, et voici l'expérience faite dans son laboratoire, par M'"° Thomascewich (2) :
L'urine d'individus qui avaient pris, le soir, de 4 à 6 gram. de chloral hydraté, fut recueillie à Burgholzi,
(1) Dictionnaire de chimie de Wurtz (supplément) article de
M. Hanriot.
(2) Bulletin de la Société chimique, t. XXII, 1875, p. 486.
près Zurich, au matin, et traitée comme suit : une partie (environ 200 c. c.) acidulée faiblement par de l'acide acétique ou phosphorique, fut introduite dans un matras, et chauffée à 500-600 pendant qu’elle était traversée par un courant d’air.
De là, ce courant d’air était dirigé dans un récipient, contenant de l'alcool froid. Après une demi heure de passage, l’urine était fortement alcalinisée, on changeait l'alcool du récipient, puis on faisait, de nouveau, passer le courant d’air, pendant une demi heure dans l'urine chauffée à + 50°-60°. On essayait ensuite, séparément, les deux liqueurs alcooliques par la réaction d'Hoffmann.
Dans un grand nombre de cas suspects, Mile Thomascewich trouva que toujours la première partie, traitée comme nous venons de le dire, ne donnait pas la réaction, tandis que la deuxième la donnait toujours. Donc, l'urine, après l'emploi du chloral, ne donne jamais, à l’état acide, aucune substance isocyanique ; mais, facilement à l’état alcalin. Il faut en conclure, dit Hoffmann, que l'urine ne contient pas de chloroforme mais du chloral.
Presque à la même époque, MM. Feltz et Ritter ayant examiné l'urine de chiens empoisonnés par le chloral, crurent y trouver outre le chloral, du sucre, et une autre substance organique, que ces savants n’ont pu obtenir qu’en très faible quantité, et dont il leur a été impossible de faire l'analyse.
Bientôt aprèsla publication de cetravail, MM. Mus-
Ga) Muscuzus et v. MEriNG, acide uro-choralique, société chimique, t. XXIII, 1872, p. 487.
2 99 4 culuset von Mering (1) firent connaître les résultats de leurs recherches, sur l’urine rendue par des malades, qui prenaient 4 à 5 gr. d'hydrate de chloral par jour.
Ces urines avaient généralement une réaction acide très prononcée, elles réduisaient la liqueur cupro-potassique. Examinées au polarimètre, elles montraient une rotation à gauche du plan de polarisation, d'autant plus forte que la dose de chloral avait été plus élevée.
Cette propriété fixa surtout l'attention des auteurs, et, après une série de manipulations délicates, ils isolèrent un nouveau composé chloré auquel ils donnèrent le nom d’acide wro-chloralique, et en fixèrent provisoirement la formule.
Cet acide, disent-ils, est énergique, rougit fortement le papier bleu de tournesol, et décompose les carbonates avec effervescence. Il n’est pas déplacé par l'acide acétique, mais seulement par les acides forts. A l’ébullition, il réduit les solutions alcalines de cuivre et de bismuth, ainsi que les sels d'argent. Il décolore le sulfate d’indigo, et possède, comme son sel de potassium, le pouvoir rotatoire à gauche.
Comme conclusion à cette découverte, MM.
Musculus et v. Mering pensèrent que l’acide qu'ils avaient obtenu était du chloral qui s'était combiné, chimiquement, avec un produit de l’organisme, et passait, ainsi déguisé, dans les urines.
Jusqu'ici, les débats, nous le voyons, évoluent en présence de deux camps bien opposés: Les partisans de la théorie du dédoublement, qui attribuent au chloroforme seul, ou aidé de l'acide formique, les pro-
noue
priétés hypnotiques et anesthésiques du chloral; ceux au contraire qui, se refusant à admettre ce que démontre la chimie, croient à l’activité propre et autonome du chloral, nient son dédoublement, quelques-uns admettant même son élimination, en nature, par les reins et les poumons.
Et cependant, c’est dans une voie conciliatrice qu’ils semblent vouloir s'engager désormais ?
C’est qu’en effet, la théorie physiologique ne saurait être une conséquence obligée de lathéorie chimique ; en un mot, ces deux théories peuvent coexister avec leur enseignement particulier, la première n'étant nullement fonction de la seconde.
Ainsi, M. Vulpian (1) professe qu'il accepte sans difficulté, que le chloral se décompose, au contact du sang, en chloroforme et en acide formique, mais il repousse la théorie physiologique de Liebreich, car 1l reconnaît que le dédoublement a lieu avec une assez grande lenteur. Or, « comment expliquer, ditil, à l'aide de cette théorie, l’anesthésie pour ainsi dire foudroyante que l’on détermine par les injections intra-veineuse de chloral ? Admettra-t-on que, dans ce cas, le dédoublement s'effectue très rapidement ? Mais, s’il en était ainsi, 1l devrait s'échapper, par la respiration, des bouffées de chloroforme. »
Plus récemment, M. von Mering (2) a repris l'étude du composé chloralé qu’il avait décrit, quelques années auparavant, sous le nom d’acide uro-
{*) VuzpraAN, cours de la Faculté de Paris, 1876. (2) Sur le sort des hydrates de chloral et de butyle-chloral, dans l'organisme. Bulletin, société chimique, t. XXXIII, p. 585
A — chloralique, en collaboration avec M. Musculus. Cet acide ne serait pas du choral uni avec une substance organique quelconque; mais, ainsi que l’indiquent ses produits de dédoublement, une combinaison d'acide glycuronique et d’alcool éthylique trichloré :