DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL
Nous éliminerons les douleurs osseuses du début pouvant faire penser à un rhumatisme articulaire aigu ou à une. ostéomyélite.
L'apparition de tumeurs des membres pourra encore nous aiguiller vers une périostite syphilitique, une ostéoarthrite tuberculeuse ou un ostéosarcome (cas d’Oberling, observation IV).
En présence de douleurs lombaires ou cervicales avec ou sans déformations rachidiennes, accompagnées ou non de troubles nerveux et trophiques, on pensera à un mal de Pott comme c’est le cas dans les observations V et VIT.
La maladie de Recklinghausen avec ses douleurs, ses déformations osseuses, ses-fractures spontanées, pouvant porter sur tous les os du squelette, sera à éliminer par la recherche de la calcémie et des phosphatases, normales dans le rnyélome, augmentées dans l’ostéopathie fibrogéodique.
Nous verrons plus loin la différence radiologique des deux affections. à
Nous nous arrêterons plus longuement à la question du sarcome d’Ewing.
I] faut insister ici sur la notion de l’âge. En effet, en présence d’un enfant, on est porté à penser au sarcome d’Ewing, tumeur des jeunes, plutôt ’au myélome, tumeur de l’âge adulte.
Cependant, tumeur unique occupant la diaphyse des os longs, le sarcome d’Ewing au début, se différencie du myélome, tumeur multiple localisée sur les os plats.
Les différences radiologiques à ce stade seront envisagées plus loin. |
Mais. lorsque le sarcome d’Ewing évolue avec ses localisations ganglionnaires et ses métastases osseuses, affectant à leur tour des zones du squelette chères au myélome, le diagnostic sera plus difficile.
dr
Robert Clément et Jeanne Delon publient même un cas de sarcome d’Ewing à forme grave chez un enfant de 8 ans qui, cliniquement et radiologiquement même, ressemblait à un myélome. Seul l’examen histo-pathologique trancha le diagnostic.
Dans ce cas là, on aura recours à la recherche de l’albumosurie de Bence Jones, à la recherche de l’hyperprotéinémie, malgré leur présence inconstante. Quant à
la ponction de la moëlle osseuse, elle peut montrer des
cellules anormales se rapprochant du type histiocytaire et rappelant le dismorphocaryocyte de Pittaluga (Weil).
Mais, au fond, c’est l’anatomie pathologique qui donne la clé du diagnostic, en nous révélant cependant certains degrés de parenté entre sarcome d’Ewing et myélome. Nous reviendrons sur cette question au chapi-
‘tre de l’anatomie pathologique.
Deux autres points sont maintenant intéressants à diséuter : nous voulons parler du myélome et des leucémies, du myélome et du chlorome. ,
Myélome et leucémies. — En présence d’un état général altéré, d’adénopathies généralisées avec parfois légère splénomégalie, alors que les altérations osseuses sont discrètes, il est permis de penser à une leucémie
plutôt qu’à un myélome, affection plus rare et dont
l’hypothèse vient moins facilement à l’esprit. L’hémogramme nous donne ici des résultats intéressants.
: Nous ne retrouvons, en effet, Jamais cette hyperleucocytose sanguine caractéristique des leucémies de même que les formes anormales de passage caractérisées par le leucoblaste ou le myélocyte.
Le myélome est donc primitivement limité en ce sens qu’il ne frappe d’abord que l’organe où il se développe
— 48 — ï au lieu d’être d'emblée étendu au système hématopoiétique comme les hyperplasies leucémiques.
Cependant, la présence dans les hémogrammes de la plupart de nos observations de 2 % en moyenne de imyélocytes, avec parfois hypertrophie ganglionnaire ct splénique, ne serait-elle pas déjà la signature d’un processus qui tendrait à se diffuser au système hémato- ‘poiétique ? | |
Nous ne le pensons pas car, d’une part, il n’y à pas lieu de retenir un pourcentage inconstant et aussi peu important d'éléments anormaux, d’autre part, en ce qui concerne les adénopathies et la splénomégalie, il s’agit, à notre avis, d’un processus -métastatique et non d’une participation simultanée des organes hématopoiétiques au processus néoplasique.
La ponction sternale, à son tour, tranchera le diagnostic dans le cas de leucémie aiguë et de leucémie lymphoïde.
Mais dans le cas de leucémie myéloïde aiguë aleucémique, la différenciation sera beaucoup plus délicate. ‘
Ce sont alors des différences anatomiques qui nous montrent :
Dans la leucémie myéloïde aiguë aleucémique: une lésion hyperplasique qui infiltre la moëlle osseuse d’une facon diffuse, respectant l’intégrité de l’os, avec transformation myéloïde plus où moins importante des organes hématopoiétiques. |
Dans le myélome, au contraire, la tumeur prendra la forme de nodules situés dans la moëlle osseuse; le tissu osseux sera (détruit. La participation au processus néoplasique des autres organes hématopoiétiques n’existera pas toujours. Si elle existe, il s’agira de métastases comme nous l’avons dit plus baut.