‹ Contribution à l'étude du Narcyl (Chlorhydrate d'Éthyl-narcéine) de ses effets chez les tuberculeuxChapitre 21 sur 42 · ETUDE CLINIQUE DU NARCYL · texte numérisé non relu

ETUDE CLINIQUE DU NARCYL

De même que les autres dérivés de l’opium, le narcvl, d’après l'étude expérimentale précédente, jouit de plusieurs propriétés thérapeutiques : il est doué d’une vertu sédative sur le système nerveux central, de propriétés analgésiques, antispasmodiques.

Les résultats cliniques obtenus par M. le docteur Debono ont déjà confirmé ces données physiologiques :

Le narcyl, nous dit en effet cet auteur, ne peut être regardé comme un hypnotique au vrai sens du mot; il s'attaque plutôt à la cause de l’insomnie, lorsque celle-ci est due à une sorte d’excilation cérébrale, de surmenage intellectuel, d'émotions répétées, sources d’incitations psychiques variées, en un mot, lorsque la cellule cérébrale est en élat d'hyperfonetionnement morbide (1).

(1) M. le docteur Alfred Martinet ayant expérimenté le narcyl sur lui-même contre l'insomnie (à la dose de 0 gr: 15, prise en trois fois), signale les bons effets hypnotiques de ce médicament : «... une dose de 0 gr. 15 d'éthyl-marcéine, prise en trois fois, a déterminé un sommeil profond, agréable, réparateur ; le réveil ne s’est accompagné d'aucun des phénomènes d'intoxication communs après l'administration des hypnotiques, de la morphine en particulier ».

Presse médicale, 27 août 1904.

| LE re nes Ù Kia ésie que ce A ee ‘e l'opium est.

de procurer mérite d'attirer l'attention du clinicien : névralgies sciatiques; rebelles à tout trailement, ont cédé une manière complète, au bout de dix jours, à l'injection sous-cutanée de 0 gr. 02 narcyl, pratiquée d’abord tous les ” deux jours, puis {ous les trois: Jours, où ont été atténuées par l'ingestion quotidienne de 0 gr. 04 narceyl. ue L'étude physiologique ne nous a révélé aucune aclion particulière du médicament sur les sécrétions intestinales. Cependant, d'après P. Debono, le narcyl serait capable d’arrêter le flux diarrhéique, avec cette particularité intéressante de déterminer par la suite une constipation moins opiniâtre que celle due à la morphine et à l’opium. Cet auteur est parvenu, dans l’entérile aigüe, à supprimer les coliques, à diminuer rapidement le nombre des selles, grâce à l'absorption dé O gr. 05 nareyl par jour; l'adminisirant à la dose de 5 à 10 cenligrammes, pro die, à six tuberculeux chroniques, cachecliques, arrivés à la troisième période de leur mal, il a également oblenu trois fois une suspension de flux de diarrhée. | La propriélé élective du en paraît être son action antispasmodique, s'exerçant notamment dans les affections avec spasme des voies respiratoires. C'est ainsi que P. De-

bono à pu mettre en relief les bons effets de ce médicament. dans la coqueluche, affection dans laquelle le spasme est porté au plus haut degré. L'on sait, de plus, que la coqueluche constitue surtout une maladie :de lenfance et ne peut être, en conséquence, traitée par les opiacés; seule, parmi ceux-ci, la narcéine peut être employée dans la thérapeutique infantile.

Indépendamment de son efficacité contre la toux d’origine spasmodique, le narcyl agit comme calmant de la toux en général, au même tite que l’opium,

ILest facile de donner l'explication “dés précédents résuie tals thérapeutiques en considérant les phénomènes qui, sous | l'influence du narcyl, se passent du côté du nerf preumogastrique. À doses thérapeutiques, le chlorhydrate d'éthyl- à narcéine agil sur ce nerf comme médicament dépresseur, aussi bien sur ses fibres sensilives que sur ses fibres molri-

ces; dès lors, la sensibililé de la muqueuse bronchique diminue et par suite la toux s'atténue. On sait, en effet, que

les fibres sensitives du poumon dépendent du pneumogastri-

que ; ce nerf fournit également les fibres sensitives du nerf pharyngien qui innervent toute la portion du pharynx située au-dessous du voile du palais; c’est lui qui envoie au larynx ‘les larvngés supérieurs dont le rameau interne, formé de fibres exclusivement sensiiives, joue un si grand rôle dans la production de la toux.

Cette dernière propriété thérapeutique du nareyl nous à conduit à administrer ce médicament chez les tuberculeux. Nous avons vu que plusieurs cliniciens, Béhier, Laborde, elc., étaient parvenus à calmer la toux de ces-malades par la médication narcéique. Le narcyl, présentant des avantages sur la narcéine que ces auteurs avaient employée, il était rationnel d'espérer, par son nsage, des résultats tout au moins analogues, sinon supérieurs. Notre vue clinique était donc la suivante : diminuer la loux chez les tuberculeux, sans porter atteinte fâcheuse aux fonctions générales de l’économie.

Nous avons été arrêté un instant dans nos déductions par cette objection que la toux, constituant en général un réflexe défensif des voies respiratoires, il était peut-être imprudent de combattre ce symptôme. A la réflexion, nous avons reconnu qu'il y avait des toux plutôt préjudiciables que vraiment ulles. |

La toux ulile est celle qui est provoquée par le rejet de

brtion care. son ot d'une sn le peu d eboudaiée

des sécrétions d'autre part ; dans ces conditions, le réflexe de En la toux, dû à l'hyperexcitabilité de la muqueuse bronchique, “doit être modéré. Il en est ainsi chez les tuberculeux avancés.

Quant à la toux sèche, quinteuse, non expectorante, comme

celle qui apparaît au début de la tuberculose, elle ne résulte que de phénomènes inflammatoires ou irritatifs et doit être

combattue. Sabourin, en‘effet, a montré qu'elle ne fait qu’en-

tretenir l'irritation et que plus on tousse, plus on a envie de

tousser.« Quand un malade tousse pour cracher, et seulement pour cracher, dit G. Lyon, ils’agit d'une toux salutaire; il n'en est pas de même lorsque la toux est sèche, quinteuse, comme au début de la bronchite aiguë ou bien chez les tuberculeux qui toussent perpétuellement, alors qu'ils n'arrivent. qu'à expulser péniblement de très rares crachats. Dans ces cas, une intervention est légitime pour assurer le sommeil et supprimer les douleurs thoraciques quirésultent des efforts répétés d’expecloration ». |

De plus, chez certams tuberculeux, la toux provoque le vomissement ; elle devient « émétisante » et constitue un symptôme des plus graves à tous les points de vue. Elle peut

aussi devenir « gastrique », causée dans ce cas par le contact

des aliments avec la muqueuse stomacale et due à un réflexe produit par lirritation des racines du pneumogastrique. Dans les deux cas, sa pathogénie revient à une hyperexcitabilité qu'ilimporte de modérer, si l'on ne veut pas voir s'aggraver l’état dyspeptique du malade. |

Il est donc rationnel, dans une certaine mesure, de combattre la toux de la tuberculose, qui trouble la tranquillité morale du malade et le prive d'un sommeil réparateur. On pallie ainsi aux inconvénients qui peuvent en résulter au point de vue général,

. 4 et | Les moyens thérapeutiques usités, . Éiériptiné de la toux) ou médicamenteux, sont des plus nombreux. Parmi les derniers, et pour nous en tenir aux opiacés, calmerons- 4 nous avantageusement cette toux avec l'opium, la morphine ? Nous avons vu que si la propriété analgésiante de ces substances est précieuse dans des cas déterminés, leur usage régulier est nuisible dans des affections de longue durée où le malade est exposé à racheter, par de sérieux inconvénients, le sentiment passager d’euphorie qui en résulte ; nous connaissons leurs effets fâcheux sur le système nerveux : vertiges, hébétude, apathie ; et surtout sur l'appareil digestif : nausées, vomissements, anorexie, constipation opiniâtre. L'on sait, d'autre part, que chez les tuberculeux, on ne doit administrer de médicament qui puisse porter atteinte à l'intégrité des fonctions digestives. « On peut affirmer, sans être taxé d'exagération, dit G. Lyon, que le pronostic de la tuberculose pulmonaire dépend en grande partie des voies digestives, et qu’un tubereuleux qui peut s’alimenter, qui assimile les aliments ingérés, a de grandes chances de guérison ; en tous cas, guérissent ceux-là seuls qui peuvent lutter contre l'invasion bacillaire par une alimentation convenable. Il faut donc se conformer scrupuleusement au conseil donné par le professeur Peter « d’entourer de soins pieux « l'estomac des tuberculeux » et parmiles précautions à prendre à son égard, nous mettons au premier rang celle qui consiste à éviter les médicaments dont l'administration prolongée est susceptible de déterminer des troubles digestifs ; mieux vaut en effet nourrir un tuberculeux que de le droguer». Ces opiacés ont encore un autre inconvénient : ils tarissent rapidement les sécrétions.

La codéine ne présente point ces désavantages au même degré. Il en est de même des dérivés de la morphine, héroïne, dionine, péronine ; aussi la thérapeutique a-t-elle pu

en tirer on surtout : des du premiers.

que ces corps ({) ont suscités, surtout en Allemagne, sont des plus nombreux: ils se trouvent exposés dans la thèse du. docteur Yacher Ossvetsky et dans le mémoire de M. A. = Mayor. Ce dernier auteur, “étudiant la toxicité relative de

ces dérivés, pose la règle suivante : « Plus une substance de la famille pharmacodynamique de la morphine donnera,

. dans la première heure de son action, un abaissement impor-

tant etrapide des courbes du pouls, de la pression et surtout de la respiration, plus cette substance sera dangereuse pour l'homme, moins par conséquent la dose à laquelle on pourra l'utiliser en thérapeutique devra être considérable ». C'est ainsi que l'héroïne s’est montrée comme un médicament à action respiratoire intense et brusque ; on observe en effet,

expérimentalement, un abaissement brusque de la courbe de Ja respiration; d’où, par conséquent, la nécessité « de ne

l'employer qu'à dose notablement inférieure à la morphine ». La codéine et la dionine ont une action bien moins importante sur la respiration; les phénomènes observés avec ces deux substances sont de même ordre et M. le professeur Mayor les résume ainsi: « Atteinte respiratoire infiniment plus faible qu'avec la morphine et surtout qu'avec l'héroïne. Pression à peine abaissée et bientôt se relevant dans de fortes proporlions. Pouls ralenti d’une façon analogue à ce que donne la morphine, sauf en ce qui concerne la faible accéléralion préconvulsive », ce qui veut dire, pour l'homme, « danger infiniment moindre, toxicité infiniment plus faible avec la codéine et surtout avec la dionne qu'avec la morphine ». Quant à la péronine, Mayor lui attribue une action dangereuse sur l'appareil circulatoire.

Si nous applhiquons la règle de Mayor au nareyl, produit

(4) Pour leur constitution chimique, voir 2"* partie, p. 40.

ii travaux ve.

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à dérivé de l'opium au même Ailre. que les corps précédents, ; quelles indications cliniques pourrons-nous déduire? Nous avons vu, dans l'étude physiologique, que l action du narcyl sur la respiration, dans les premiers instants qui suivent

l'injection, n’est point une action dépressive : il se produit

toujours à ce moment une augmentation du nombre des

respiralions. Chez l'animal à sang chaud, il en est de même de la fréquence des pulsations cardiaques. La pression san- guine, seule, diminue; toutefois cet abaissement n’est point brusque, car, pendant une demi-heure après l'injection de O gr. 15 narcyl chez un chien du poids de 11 kilog. 750, cette

“pression ne varie pas sensiblement (J. Noé); son relèvement

s'opère avec lenteur, avec plus de lenteur que n’a lieu la chute. Mayor ayant montré que l’action hypotensive est très peu marquée pour la codéine et la dionine et très notable pour la morphine et l'héroïne, le nareyl se placerait entre ces deux groupes, se distinguant du second par la lenteur avec laquelle se produit la dépression vasculaire.

Cliniquement, il s’ensuit que le narcyl peut être considéré comme un médicament peu dangereux pour l’homme, pou-

vant être employé en thérapeutique à doses relativement élevées.

Les observations qui suivent ont pour but d'établir les propriétés thérapeutiques du narcyl. Elles portent exclusivement sur des tuberculeux adultes (1). Les malades ont été visités avec soin chaque jour ; dans notre interrogatoire, nous avons insisté surtout sur : le sommeil, la toux, les douleurs. Les

(4) À notre grand regret, nous n'avons jamais eu l'occasion d’administrer le narcyl chez des enfants,

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