A) EXPLICATION DU PHÉNOMÈNE DE I BINSKI
Chacun des auteurs qui ont étudié le phénomène de l'extension des orteils a envisagé la question d’un point de vue particulier. L'un en a recherché le mécanisme de production, d'autre sa localisation dans le névraxe, le troisième sa signification phylogénique. Ces faits épars sont difficiles à coordonner, mais il nous semble qu'une idée commune se dégage des constatations les plus contradictoires, idée commune que nous tenterons de metlre en évidence. Nous citerons les diverses explications proposées en ordre chronologique.
Babinski considère les deux modes de réaction du réflexe cutané plantaire comme un seul réflexe, et Ja lésion pyramidale procéderait simplement par « fransformation des réflexes ». Mais le grand clinicien qu'est l'auteur même de ce phénomène, ne se préoccupe pas beaucoup du côté théorique de la question.
Van Gehuchten envisage dans le réflexe cutané plantaire deux réflexes distincts par leur mode de réaction el analogues par leur zone réflexogène. Quand le réflexe normal disparaît, apparait seulement la réponse en extension. Il s'agirait là de processus se passant dans la profondeur de la moelle. La notion de l’origine médullaire du phénomène de Babinski a été développée par F.-A. Loewy en 1909, qui fait partir le réflexe d’un centre médulaire hypothétique.
D: Je
La question de la localisation a beaucoup occupé les différents auteurs. Cette question a, en effet, une très grande importance pratique et clinique, mais au point de vue de la théorie du signe de Babinski elle intervient peu. V. Bychowski, en 1909, montre que les lésions superficielles du cortex au niveau des origines du faisceau pyramidal ne donnent pas lieu à une extension des orteils. Cette notion très importante pour la localisation d'une lésion, a été développée par Van der Scheer et, en France, par le regretté Foix, qui à particulièrement insisté dessus.
Kalischer, en 1899, donne une explication pylogénique du phénomène de Babinski. Pour Kalischer, le réflexe primitif est le phénomène de Babinski, et la réaction en flexion n'apparait que par la perte de la fonction de griffe du pied. Une autre preuve de cette perte de fonction est la régression des interosseux el lombricaux du pied. De cette sorte, dit l’auteur : « Der normale Fusssohlenreflex beiïm Menschen ist ein erlernter Reflex, der für den normalen Ablauf der Fussbewegungen beim Gehakt unentbehrlich ist. »
A cette théorie phylogénique s'oppose celle de la myélinisation qui, d’un certain point de vue, est destinée à compléter la première. Le réflexe normal en flexion ne se produirait qu’au moment où la myélinisation des voies pyramidales est terminée, C. et O. Vogt ont montré d'autre part que la myélinisation est loin d’être parallèle à la fonction. La théorie de la myélinisation semble de nos jours sinon abandonnée, mais tout au moins en deuxième plan.