CHAPITRE XI
PHILOTHION ET GLUTATHION DANS L’'INANITION ET L'AVITAMINOSE B.
Le tableau 19 à été établi afin de faciliter la comparaison entre les moyennes des quantités d'hydrogène sulfuré produites par les tissus des Pigeons : 1°) normaux, 2°) au jeûne complet, 3°) nourris de riz à volonté, et 4°) gavés avec la ration 12 P. Nous avons joint à ces moyennes celles obtenues par Mme L. Randoin et R. Fabre (64) pour le dosage du glutathion dans les mêmes conditions expérimentales.
Glutation en mg. p.100 g.
Conditions SH? en mg. p. 100 g. (Moyennes obtenues par Mme [,. Randoin et R. Fabre) Muscles Féi Muscles VER 01€ pectoraux pectoraux
expérimentales , P Foie
Animaux sains .... 43,35 7,54 178,52 26,51
Inanition 18,48 152,50 16,24
Riz : après 12 jours de régime 33,36 pendant les crises 35,47
Régime 12 P : après .
12 jours de régime 40,99 197,05 . début des crises. 37,57 209,50 fin des crises.... 31,26 191,85
Moyennes de nos résultats et comparaison avec le taux de glutathion d’après Mme L. Randoïin et R. Fabre.
A. — inanition.
La baisse de la production d'hydrogène sulfuré par les tissus des Pigeons soumis au jeûne est très importante — diminution de 57 p. 100 dans le foie, ét de 65,7 p. 100 dans les muscles pectoraux — ét ne peut s'expliquer par une baisse correspondante du glutathion qui est seulement de 14,5 p. 100 dans le foie et 38,7 p. 100 dans les muscles pectoraux (d’après les moyennes obtenues par Mme L. Randoin et R. Fabre (64). Ce fait ne doit pas surprendre, car il est logique de penser que le Pigeon épuise non seulement ses réserves hydrocarbonées et grasses, mais aussi ses réserves protéiques, et parmi cellesci, son philothion. Il est curieux de ne constater parallèlement qu'une diminution peu importante du glutathion.
Re
B. -— Avitaminose B.
1°) Par le Régime artificiel. — La production d'hydrogène sulfuré, dans le foie, marque une diminution sur la normale de 47 p. 100 au début de la maladie, 12,7 p. 100 après la première crise, et 17,4 p. 100 à la fin des crises. Le glutathion (toujours d'après les moyennes de Mme L. Randoin et R. Fabre), présente pendant ce temps une légère tendance à l’augmentation. Il y a donc là encore une diminution du philothion. Dans les muscles pectoraux, les diminutions de la production d'hydrogène sulfuré atteignent 40,9 p. 100 au début de la maladie, 17,6 p. 100 après la première crise, et 12,1 p. 100 après plusieurs crises, et ne correspondent pas à celles du glutathion qui sont, pour les mêmes stades de la maladie, de 18, -33,6 et 59 p. 100. Dans ce tissu la baisse du philothion est donc, à l'inverse de celle du glutathion, plus importante au début qu’à la fin de la maladie.
2°) Par le Riz poli. — Les diminutions du pouvoir hydrogénant sont à peu près du même ordre que celles observées chez les Pigeons gavés avec le régime artificiel et atteignent, pour le foie, 22,5 p. 100 au début, 17,5 p. 100 après la première crise et, pour les muscles pectoraux, 27,9 et 20 p. 100. Mais, le riz provoquant chez les animaux une avitaminose plus ou moins compliquée d'inanition partielle, les résultats sont moins caractéristiques que ceux obtenus avec le régime artificiel.
Pour expliquer les divergences entre les chiffres de glutathion et de philothion, nous ne devons pas perdre de vue l’hypothèse formulée par de Rey-Pailhade et confirmée par R. Fabre et H. Simonnet (27, 28 et 29). Le glutathion, dérivé sulfhydrylé soluble, proviendrait du clivage de la grosse molécule du philothion, dérivé sulfhydrylé insoluble, dont la synthèse serait faite par les cellules.
Dans le foie des Pigeons carencés en facteur B, il y aurait bien, comme chez l'animal sain, une usure du glutathion, et le philothion remplacerait constamment cette dépense de l’organisme ; mais la très mauvaise assimilation des aliments ne permettrait pas au foie de maintenir sa réserve en philothion, d'où la diminution observée.
A l'apparition des accidents nerveux et paralysants, le muscle deviendrait incapable de transformer en glutathion son philothion dont la synthèse continuerait à se faire au ralenti. C’est pourquoi on observe une diminution beaucoup plus importante du glutathion que du philothion.