CHAPITRE PREMIER
Historique
C’est à Lebert (1) (1862) de Breslau que nous devons la connaissance du pouls capillaire.
Avec le Professeur Allemand commence l'histoire du pouls capillaire visible. Dans son manuel de médecine pratique il parle en effet d’un individu atteint d’un anévrysme aortique et chez lequel on voyait les pommettes devenir alternativement pâles et colorées, cette alternance coïncidant avec les battements cardiaques.
Cette première observation passa à peu, près inaperçue.
En 1868, Quincke (2) assistant de Frerichs, reprend cette question ; il recherche le pouls capillaire et le trouve dans quatre cas d'insuffisance aorti-
(1) Lebert. — Handbuch von prat. Medicin. Breslau, 1882, I. page 725.
(2) Quincke. — Berliner klin. Woch, 1868, n° 31,
que. Il l’observa également chez une femme atteinte de lithiase biliaire, chez des chlorotiques, chez des fièvreux,
Mais dans son mémoire il ne fournit que des données très vagues sur la pathogénie de ce signe et ne dit rien de sa valeur au point de vue du diagnostic.
Becker (1), en 1871 et 1872, d'abord au Congrès de Heidelberg, puis dans un mémoire, parle du pouls des capillaires de la rétine dans l'insuffisance aortique et dans la maladie de Basedow.
Grandelément (2), Pflüger (3) rapportent des faits semblables dans l'insuffisance aortique ; mais ils ne tentent même pas d’en fournir une explication quelconque.
Gripat (4), en France, en 1873, ignorant les travaux faits sur ce sujet en Allemagne, trouva de son côté le pouls capillaire. |
A la Société anatomique du 6 juin 1878, il signale en passant ce signe comme un fait singulier qu'il avait constaté sur un malade : « Au moment de la « diastole artérielle, dit-il, les ongles des mains ont « une couleur vermeille qui vient instantanément et « disparait de même pour faire place à une blancheur
(1) Otto Becker. —Arch, ophtalmologie, Berlin, 1872, p. 207. (2) Grandelément. — Lyon, médical 1874, p. 136.
(3) Allgemeine Wiener Zeitung, 1875, n° 39.
(4) Gripat. — Bull de la Société anatomique, s. 6 juin 1873
page 415,
« anémique pendant la systole artérielle : il semble « qu'un nuage de sang ait passé rapidement sous « l’ongle. »
Dans l’article « cœur » du dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, Potain et Rendu (1) signalent ce fait également, dans des affections cardiaques invétérées.
En somme, aucune étude d'ensemble un peu approfondie n’a été faite sur le pouls capillaire avant la très intéressante thèse de Ruault (2) en 1883.
Cet auteur analyse soigneusement ce symptôme et en étudie. la pathogénie, en se basant sur un certain nombre d'observations personnelles et sur celles de ses maîtres : MM. Tapret et Déjerine, qui avaient souvent observé ce symptôme. Quelques modifications ont été apportées depuis à l'explication pathogénique de M. Ruault, mais, en somme, ses conclusions restent vraies et nous verrons plus loin que le pouls capillaire visible, sans être un signe pathognomonique, est un signe d’une grande valeur en clinique. |
S'il ne permet pas à lui seul de poser un diagnostic, du moins, il peut en maintes circonstances : être de la plus grande utilité et lever quelquefois un doute.
(1) Potain et Rendu. — Art. cœur dict. en. 1876, t. XVIII, p. 909.
(2) Ruault, — Thèse de Paris 1883.
Maïs bientôt parut le mémoire de M. Legroux (1) sur ( le pouls capillaire et sa valeur séméiotique », dans la Gazette hebdomadaire de médecine .et de chirurgie. Cet auteur rapporte des exemples d’insuffisance aortique sans pouls capillaire ; il montre que ce phénomène peut du reste se rencontrer dans un certain nombre d’affections diflérentes et qu'il est par conséquent loin d’avoir la valeur que lui accordait Ruault.
On devait aller plus loin encore et Balfour (2) essaya de démontrer que non seulement le pouls capillaire n’est pas un signe pathognomonique de l'insuffisance des valvules de l'aorte, mais encore qu'il n’a aucune espèce de valeur diagnostique. Pour lui il s’agit simplement là d’un phénomène physiologique fort curieux mais inexpliqué.
Tous les auteurs anglais ne partagèrent cependant pas cette maniere de voir, et sans parler de M. Waller fils qui indiqua à M. Déjerine le signe du pouls capillaire au niveau des taches vaso-motrices, nous voyons que Wilks (3) regarde le symptôme en question comme caractéristique de l'insuffisance aortique. De même, Lazarus-Barlow (4) dit que ce
(1) Legroux. Gaz. hebdomadaire, 1883, n° 50.
(2) Balfour. Disease of the Heardt Edimbourg, 2° édit.
(3) Wilks. Fagges pratice and princip. of, medic. London: 1866, vol. 57.
(4) Lazarus-Barlow. Capillary pulsation, etc. Practitionen: 1889, page 174.
signe fait défaut d’une facon constante chez les sujets sains et qu'on le rencontre 83 fois pour 100 dans l'insuffisance aortique, et 17 fois pour 100 dans des affections cardiaques autres que l'insuffisance sigmoïdienne, |
En 1889, M. le Docteur Hirtz (1), revenant sur ce sujet, s'exprime en ces termes :
« Signalé pour la première fois par Lebert dans l'insuffisance aortique, le pouls capillaire a été observé par moi un certain nombre de fois depuis cinq ans, au niveau des plaques d'urticaire. Pour le faire apparaitre, il suffit de déprimer légèrement la peau au dessus et au dessous de la plaque. Ce phénomène ne se rencontre ni dans les érythèmes simples, ni dans les fièvres éruptives ; il a donc une certaine valeur pour le diagnostic des dermatites congestives. Conséquence d’une paralysie vaso-motrice, il confirme la théorie de Raynaud de Lyon, qui attribue la forme arrondie de l’urticaire à l’atonie d'une artériole commandant un cône vasculaire particulier. Cette atonie géneralisée d'ordre névro-paralytique prouve bien que l’urticaire est une névrose vaso-motrice ou une dermatose vaso-nerveuse. »
Au cours de la même séance, M. du Castel (2) ajoute :
(4) Hirtz. Soc. de dermatologie, séance du 25 janvier 1889. (2) Du Castel, Soc. de dermatol., Séance du 25 janv, 1889,
© J'ai rencontré une seule fois le pouls capillaire autour de toutes les papules d'un varioleux. Ce phénomène ne se rencontre, il est vrai, que d’une façon passagère, mais 1l suffit à prouver que le pouls capillaire n’est pas spécial à l'urticaire.
M; de Beurmann (1), à la même séance, ditavoir observé nettement le pouls capillaire au niveau des plaques d’un érythème polymorphe.
Le champ du pouls capillaire s’est donc considérablement étendu, et nous ne pourrons pas nous étonner de voir en 1890 M. Conte (2), dans sa thèse, soutenir les conclusions suivantes :
« L'élasticité des parois artérielles transforme en mouvement continu l’afflux intermittent de l’onde ventriculaire ; sous son influence, les pulsations vont diminuant d'amplitude, du cœur à la périphérie et disparaissent dans les capillaires. Quand donc l’action de cette élasticité fera défaut, le cours du sang conservera son intermittence et la pulsation se fera plus ou moins sentir dans les tissus.
« Les conditions dans lesquelles la force élastique des tuniques ne peut éteindre la pulsation sont
variables.
« Tantôt cette propriété des artères est elle-même
(1) De Beurmann, Soc. de dermatol., Séance du 25 janv.
(2) Conte, Thèse de Paris, 1890.