CONCLUSIONS
1° Le Poumon Radiothérapique est une complication
possible de certaines tumeurs endothoraciques ou pariétales.
Il peut s’observer après le traitement, à doses cytolytiques, d’un cancer œsophagien ou bronchique.
Certaines observations se rapportent à des cancers du sein traités par les R.X. utilisés comme seul agent thérapeutique, ou après intervention chirurgicale.
2° Le Poumon Radiothérapique est dû à l’absorption par le parenchyme pulmonaire d’une dose élevée de Rayonnement X, de l’ordre de 3.000 r. au minimum.
Cette dose en profondeur est d'autant plus nocive qu’elle a été administrée en un temps plus court.
Les conditions techniques ou balistiques ont un rôle important.
L'emploi de champs de grandes dimensions favorisera les altérations pulmonaires, en augmentant Ja surface irradiée et en accroissant le rendement en profondeur.
Dans le cancer du sein, l’adjonction aux portes d’entrée antérieures de champs sur la face postérieure du thorax accentue le danger.
Dans les cancers thoraciques profonds œsophagiens ou bronchiques, le risque pulmonaire est inévitable.
La perfection technique du centrage, de même que l’utilisation de la Radiothérapie rotatoire, doivent limiter les risques d’accidents.
Au contraire, une irradiation concentrée déviée de son axe, une irradiation faussement tangentielle, un surdo-
sage, feront courir des risques appréciables au parenchyme. Dans ce cas, le Poumon Radiothérapique doit être considéré comme une faute technique.
A ces données, s'ajoute, de manière indiscutable, une sensibilité ou une fragilité particulière de certains sujets, tant générale que locale (tuberculose fibreuse, emphysème).
3° La scène clinique du Poumon Radiothérapique comprend théoriquement trois phases :
a) une période de pneumopathie aiguë, plus ou moins atypique, tant dans sa séméiologie que dans sa traduction radiologique (ombres irrégulières, en coup d’estompe, macronodulaires, en bande) ;
b) une période de latence complète ;
c) une période tardive de manifestations chroniques, où dominent des signes d’irritation bronchique et, radiologiquement trois signes à peu près constants :
— l'attraction médiastinale, — l’opacité non systématisée du type sclérose ;
—/]a symphyse pleurale avec déformations du contour diaphragmatique.
On peut décrire des formes frustes, latentes, découvertes de radiographie, des formes moyennes et des formes sévères accompagnées de lésions bronchiques estasiantes ou de pleurésie chronique.
L'ensemble de la séméiologie n’a rien de pathognomonique. L'évolution est habituellement régressive, avec « restitutio ad integrum » ou persistance de gêne respiratoire légère et d’attraction médiastinale.
Parfois, les lésions sont irréversibles.
Cette radiodystrophie pulmonaire peut revêtir une gravité telle que son retentissement tardif sur le cœur droit peut comporter un pronostic vital réservé.
4° Le diagnostic de Poumon Radiothérapique habituellement ne se pose pas. Malgré le caractère atypique, et non
spécifique, des images radiologiques et de la scène clinique, la notion d’une irradiation intensive dans les mois précédents, les séquelles cutanées inévitables suffisent à signer l’origine des troubles pulmonaires, survenus sur un parenchyme intact auparavant.
Il est rare que, devant certaines images troublantes, on doive hésiter entre Poumon Radiothérapique et infiltrat tuberculeux.
La topographie des altérations radiothérapiques est calquée sur celle des champs d'irradiation.
Toutefois, en dehors de rarissimes observations, le Poumon Radiothérapique s’observe chez des cancéreux et le seul problème délicat réside dans la discrimination entre Poumon Radiothérapique et évolution néoplasique intrapulmonaire.
Souvent, l’évolution seule permettra de trancher.
Le diagnostic de Poumon Radiothérapique doit, dans ce cas, n'être avancé qu'avec la plus grande circonspection.
5° Histologiquement, le Poumon Radiothérapique revêt l'aspect d’une « Pneumonie interstitielle chronique » presque pure, avec épaississement considérable des parois alvéolaires. L’espace aérien est très réduit et disparaît parfois totalement.
Cette hypertrophie est faite de très nombreuses fibres collagènes. Les fibres élastiques ne sont pas sensiblement augmentées.
La présence d’une membrane hyaline, adhérente aux parois alvéolaires et bronchovasculaires, ne semble pas devoir être retenue.
: Les bronchioles et les vaisseaux sont entourés d’une importante réaction fibreuse.
6° Il n’existe pas de traitement curatif du Poumon Radiothérapique. La pneumectomie, la décortication pleurale doivent être considérées comme des thérapeutiques d’exception.
Quand des lésions graves apparaissent, l’irradiation qui les a provoquées ne peut plus être modifiée.
Tout l'effort du radiologue devra porter sur la prophylaxie qui consistera, dans la mesure du possible, à ne pas irradier le tissu pulmonaire sain, ou à en irradier le plus petit volume, et il conviendra d’adapter la technique à cette nécessité.
Pour le cancer du sein, l’apparition du Poumon Radiothérapique doit être considérée le plus souvent comme une erreur technique ou tactique.
En effet, la tumeur étant extrathoracique, l’utilisation de champs tangentiels doit être conseillée de manière préférentielle. La réalisation de telle technique est beaucoup plus délicate lorsqu'on a affaire à une paroi thoracique pelée par une opération d’Halsted.
Pour les cancers endothoraciques, la situation de la tumeur au niveau des bronches ou de l’œsophage rend lirradiation pulmonaire inévitable.
Les efforts du radiothérapeute viseront à disperser le plus possible la quantité de rayonnement au niveau du parenchyme tout en la concentrant sur la lésion.
L'emploi de radiothérapie rotatoire, de centrage rigoureux, doit avoir pour effet de limiter les altérations pulmonaires, dont la gravité n’est, d’ailleurs, pas à mettre en parallèle avec celle de la tumeur elle-même.
Vu; Le Président de Thèse :
Le Doyen: SANTY H. HERMANN.
Vu et permis d'imprimer.
Lyon, le 7 Octobre 1953.
Le Recteur, Président du Conseil de l'Université : A. ALLIX.