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La radiographie pratiquée pendant la convalescence opératoire de la femme démontra très manifestement l’asymétrie pelvienne. Ce bassin était un bassin canaliculé asymétrique à type oblique ovalaire. La femme présentait par ailleurs d’autres stigmates de rachitisme ; elle avait une taille petite, 1 m. 28, des bosses frontales très saillantes, un chapelet chondro-sternal.
Dans l'après-midi du 22 janvier 1906, la femme ressent quelques coliques mais elle ne s'en préoccupe pas et n'en fait part, à personne. Ce n’est que dans la nuit du 22 au 23 que, les douleurs s’accentuant, elle comprend qu'elle entre en travail, et avertit alors le personnel de la Maternité. Elle descend à la salle de travail à 6 heures du matin, presque aussitôt la poche des eaux se rompt.
Le toucher vaginal, pratiqué quelques instants après, montre un col perméable et une dilataton d'un franc environ. Le travail continue, les contractions utérines reviennent toutes les dix minutes environ. La tête n'a guère de tendance à s'engager et cette constatation, jointe à celles déjà faites au sujet du bassin et de l’état physique de la femme, décide le docteur Véron à pratiquer, sans plus attendre, une opération césarienne. Aidé du docteur Marquis, à 10 heures du matin, il intervient. Voici quelles furent les différentes phases de l'opération : |
1° Désinfection rigoureuse des téguments (savon, alcool, sublimé, teinture d'iode) ;
2° Injection sous-cutanée préalable de 1 centimètre cube d'ergotinine Tanret :
3° Incision de la paroi abdominale, On fait une section de la peau au bistouri intéressant la région médiane sus et sous ombilicale, d'une longueur de 18 à 20 centimètres environ, la partie sous-ombilicale étant la moins longue, incision du plan sous-cutané musculo-aponévrotique.
L'utérus apparaît on l'entoure de compresses abbominales ;
4° Incision de l'utérus sur la ligne médiane sur une longueur de 10 centimètres environ, incision très fapprochée du fond de la matrice ;
. 5° L'enfant est rapidement sorti de l’utérus, on peut saisir un pied et terminer l'extraction en ébauchant pour la tête une sorte de manœuvre de Mauriceau. L'enfant, un garçon du poids de 3 kilogs 160 grammes est remis à la sage-femme présente. Il crie et s'agite aussitôt ;
6° On termine l'extraction des annexes. A ce aout survient une petite complication : les membranes étant très adhérentes au segment inférieur, le placenta est extrait découronné. On achève le décollement des membranes avec le plus grand soin, pendant que l’aide comprime les pédicules vasculaires. D'ailleurs, l’'hémorragie est des plus normales et ne dépasse pas celle qui accompagne un accouchement ordinaire ;
7° L’utérus, suturé au catgut n° 3 sur deux plans, est rentré dans la cavité abdominale ;
8° La paroi abdominale est réunie sur trois plans : péritonéal, aponévrotique et cutané,
Les suites opératoires sont excellentes. Deux heures après l'opération la femme présente un vomissement. Dans la soirée, une miction spontanée.
La température est, ce premier soir, de 37° 4; le pouls, à 90.
Le thermomètre indique, le lendemain, également 37 degrés 4 et, dans la suite, ne dépasse pas 37. Les fils de suture sont enlevés le 5 février, la cicatrice cutanée est en parfait état. Ce jour, la femme qui avait présenté de l’'albumine au cours de sa grossesse, n’en offre plus trace et elle quitte la Maternité le 24 février 1906, moins d’un mois après son opération, en parfaite santé. Son enfant pesait 3 kilogs 800. On lui remet une ceinture abdominale dont on lui conseille le port pendant plusieurs mois. Opération itérative. — Redevenue enceinte, nous la
révoyons, à la Maternité de Rennes, le 4 octobre 1910, c'est-à-dire 4 ans après. Elle est alors grosse de 8 mois environ. Les renseignements qu'elle fournit, joints aux signes classiques : hauteur de l'utérus, volume de l'enfant, indiquent comme terme probable de sa grossesse les premiers jours de novembre 1910. La malade est mise en observation; bien préparée vers cette époque par de grands bains fréquents et des toilettes vulvaires répétées, à subir la nouvelle opération que réclame son état.
Elle est opérée le 8 novembre 1910, à 8 heures du matin, par MM. Véron et Marquis. La cicatrice cutanée est bonne ; il n'y a pas de trace d'éventration, la nouvelle incision de la peau est alors faite à son niveau. Après section du plan musculo-aponévrotique, on est gêné par les adhérences nombreuses et très résistantes qui unissent l'épiploon à l'utérus et 4 la paroi. Il faut, pour atteindre la face antérieure de la matrice, en libérer certaines au doigt, en sectionner d'autres, plus vasculaires, entre deux pinces.
On peut voir alors l’ancienne cicatrice utérine de la première section césarienne très apparente mais semblant peu amincie. On incise la paroi utérine un peu à gauche de l’ancienne cicatrice. On protège les régions voisines avec des compresses (à noter qu'on ne peut énucléer l’utérus, étant donnée la résistance opposée par les adhérences) ; la poche des eaux est intacte ; l'enfant est extrait facilement, comme pour la première opération, et la délivrance artificielle s'effectue également sans difficultés. Il n'y avait pas d'adhérence intime entre le placenta et la vieille cicatrice utérine malgré son insertion sur la face antérieure de l'utérus. On fait les sutures toujours au calgut n° 3 ; sutures de l'utérus à deux étages, sutures de la paroi abdominale sur trois plans (péritoine, aponé-. vrose, peau), On a, au préalable, posé des ligatures au calgut sur les adhérences sectionnées. Craignant pour la
femme les conséquences d’une nouvelle grossesse dans un utérus présentant maintenant deux points faibles, et, de plus, tiraillé par de nombreuses adhérences, on fait une section des trompes entre deux ligatures.
A noter que malgré le siège latéral de l’incision utérine, l'hémorragie a été peu abondante. On a effectué d’ailleurs, au début de l'opération une injection d'un centimètre cube d’ergotinine Tanret.
Suites opératoires : Miction spontanée le jour même de l'intervention ; léger écoulement lochial, paf de vomissements ; la température du premier soir est de 37°, le pouls bat à 90 pulsations à la minute. Le lendemain, l’état semble s’aggraver, pouls rapide : 120 ; température axillaire prise à cinq heures du soir : 38 ; facies péritonéal, urines foncées et rares. On pratique une injection souscutanée de caféine, une autre d'huile camphrée. L'état de la malade va s’améliorant, le pouls reste pendant quelques jours un peu rapide, mais la température ne dépasse pas 37.
On enlève les crins de Florence le 14 novembre, réunion parfaite par première intention des deux lèvres de la plaie cutanée. La malade quitte la Maternité le 1% décembre, 27 jours après l'opération. Son enfant, un garçon, du poids de 3 kilogs à sa naissance, pèse à sa sortie 3 kilogs 300.
Remarques. — 1° Si pour la première césarienne on avait laissé le travail s’accomplir pour bien s'assurer de l'impossibilité de l'accouchement normal, pour l'opération itérative on a préféré opérer à l'époque la plus rapprochée du terme présumé de la grossesse, mais avant tout début du travail ;
2° L'opération itérative fut plus longue que la première opération : quarante-trois minutes au lieu de trente-cinq. Elle fut compliquée par le fait d’adhérences utéro-épiploïques et pariéto-épiploïques ;
3° L'ancienne cicatrice utérine était visible et légère-
ment amincie, on dut faire la nouvelle incision à sa gauche ;
4° Par crainte d'incidents possibles, lors d'une troisième grossesse, la femme fut stérilisée lors de l'opération itérative par section des deux trompes entre deux ligatures ;
5° Les suites opératoires furent compliquées d'un peu de shok opératoire, qui se manifesta le jour qui suivit l'opération itérative ; ce ne fut d’ailleurs qu’une simple alerte ;
6° Enfin l'enfant né de la seconde grossesse pesait 3 kilogs (son aîné pesait 3 kilogs 160), quoique légèrement prématuré, il a pu se développer normalement dans la suite, ainsi que nous l’apprit une lettre de sa mère écrite un an plus tard.