INTRODUCTION
La souffrance est si complètement inhérente à la vie humaine que toutes les philosophies ont dû lui consacrer de longs chapitres et les matérialistes, qui font de sa suppression la première condition du bonheur, vont même parfois jusqu'à chercher en cette absence de peine la réalisation d'une euphorie passive, qui leur paraît la limite des possibilités enviables. Pour d’autres, la souffrance individuelle: est une obligation que
justifie l’intérêt général, soit par l’action directe du
partage d’un bonheur total, soit par l'effet d’une trans-
mission des mérites, … et chez tous les hommes sans distinction de nationalité, de tempérament ou d’opinion, l'horreur de la peine est à la base même de l’activité. Il est facile de s’imaginer alors combien de tentatives ont été faites depuis que le monde est monde, pour éviter de souffrir et combien l'abolition de la douleur (analgésie) ou de la vie consciente (anesthésie) sont des problèmes d’une universelle et constante actualité.
La brève étude qui suit ne sera qu'une goutte d’eau
dans un océan; nos théories et nos conclusions se trou-
RS lu
veront, comme celles de nos prédécesseurs et des futurs chercheurs aussi, tantôt portées aux nues et tantôt foulées aux pieds, au gré de succès longuement publiés, d'échecs retentissants, de découvertes nouvelles ou de
réhabilitations de techniques discréditées.
Mais sachant combien minime restera notre action dans ce domaine immense où les travaux de nos plus grands maîtres ne sont que des paragraphes, nous souhaitons seulement une chose; c’est que, grâce à nos efforts, un peu de souffrance soit évitée. Qu'est-ce que notre fatigue, nos veilles laborieuses, l’argent qu'il nous faut dépenser, la critique que nous subissons, les railleries même dont nous sommes l’objet. si nous avons un jour le bonheur de savoir que nous avons épargné ne fût-ce qu'une minute de douleur, à notre meilleur ami, à notre sœur, à notre mère bien-aimée ou même au premier client venu qu'il nous est, faut-il avouer cette faiblesse insupportable de voir souffrir
inutilement ?
Dans ce but, en quelques pages, nous réunirons, pour les faire mieux connaître, et nous commenterons, à la lumière de notre courte expérience personnelle, les conclusions des novateurs qui veulent tirer de l'oubli le premier en date des anesthésiques, le protoxyde d’azote, auquel on reproche trop facilement d’avoir été supplanté par l’éther, le chloroforme, le chloréthyle ou la stovoine, sans se demander si ce succès des nouveaux procédés ne comportait pas une part d’emballement et si les inconvénients du gaz hilarant en anesthésie te-
naient à lui-même plutôt qu'à des éléments accessoires