IO PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE PREMIER
Alors que la propriété collective était la seule connue des nomades, au contraire, dans les oasis du Hidjäz, la propriété individuelle existait, et était même morcelée à l'infini. L'aménagement des eaux y faisait l'objet de soins minutieux, souvent rappelés par les inscriptions, qui mentionnent les puits creusés, les citernes cimentées, les canaux restaurés (1). Dans toute agglomération sédentaire un peu importante, chaque jardin avait son puits, d'où l'eau était tirée à force de bras, ou au moyen de bêtes de somme (2). Le territoire de Médine fut, de tout temps, renommé pour l'abondance des eaux que fournissaient les puits et les réservoirs naturels ; malheureusement le manque de surveillance y favorisait la formation de nombreux marécages, et, aux derniers temps du paganisme, il n'y avait plus qu’un puits, dans la ville, qui donnât de l’eau potable (3). La vente de l'eau était de pratique courante, dans la plupart des coutumes (4) : les transactions s’effectuaient alors conformément à la sonna de la communauté arabe, conformément aux usages implantés au sein du groupe social.
9. Mais, chez les sédentaires comme chez les nomades, l’eau était rare, et souvent disputée. C'était la chose pré-
cieuse par excellence (5), pour la possession de laquelle
(1) Hartmann, p. 394 et ss.
(2) Tbn'Sa'd, [lt p. 436, 1. 13, VIIL, p. 16,444:
(3) Qastalläni, Irchâd-al-säri, &. IV, p. 217. — Cpr. Bokhàrî, Les Traditions islamiques, trad. Houdas et Marçais, t. II, p. 102, note 3,
(4) Qastalläni, t. 1V, p.217, 1. 15 et 16 ; ’Aïni, t. VI, p. 4.
(5) Abou’l Farad)j al Içfahani, Kitäb al aghäni, VI, 85, VI, 170,
s'engageaient des luttes sanglantes : l’union rattachant les uns aux autres les Arabes de même origine, n'est pas tellement étroite que l’intérieur de la tribu, du elan, de la tente, ne reproduise, sur une plus petite échelle, l'aspect anarchique du désert. Dans toute l'Arabie, la force seule garantit le droit.
10.Les peuples qui habitaient l'Arabie, avant l'apparition de l'Islam, s'étaient, de bonne heure, occupés de réagir activement contre les longues sécheresses de la péninsule (1).
Les rois hymiarites avaient construit des aqueducs, et Marib, au lieu d'être, comme aujourd'hui, envahie par les sables, était la capitale d’un Etat florissant. C'est à une reine de Saba qu'est attribuée la construction de la fameuse digue de Marib, située à trois heures de marche de la ville. Cette digue permit la colonisation de toute la contrée : elle servait à recueillir et emmagasiner les eaux de plusieurs cours d’eau, pour les répartir entre les campagnes, suivant les besoins de la culture, au moyen de canaux d'irrigation. Elle était formée par un encaissement entre deux montagnes, fermé en avant par une puissante muraille ellemême percée de trois pertuis superposés. Chose curieuse,
c'est la rupture de cette digue qui forme, sinon le premier,
40; Yâqout, I, 824, 16; Abou Temmäâm, Hamdsa, 541, d. v.el c. (éd. Freytag).
(1) Chauvin, Le régime légal des eaux chez les Arabes, p. 2. — Cf. André, La question de l'eau en Arabie, in Revue du Monde Musulman, 1907, p. 294 ; Huart, Histoire des Arabes, t. T, p. 51, 52.