‹ Contribution a L'etude du Régime des eaux En droit musulmanChapitre 12 sur 82 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE PREMIER

par son gouvernement, le nomade ne manquait pas d'’exiger, entre autres privilèges, la faculté de s’abreuver aux puits et aux cours d’eau. Si, au contraire, le sédentaire pouvait s'appuyer sur un gouvernement fort, le nomade était contraint de réduire ses prétentions. Les Romains l’avaient bien compris : en Syrie, par exemple, ils avaient établi des postes fortifiés tout Le long de la limite du désert, pour régulariser les migrations des nomades ; à cet effet, ils avaient aménagé, en creusant le sol, ou en établissant des barrages, un grand nombre de réservoirs que remplissaient les pluies d'hiver, et qui, l’été venu, assuraient la subsistance des troupeaux (1).

7. Les puits étaient, aux temps antéislamiques, sujets de querelles et de contestations (2).

Dans l'intérieur des terres, la plupart des puits étaient la propriété exclusive, soit d’une tribu tout entière, soit d'individus dont les ancêtres les avaient creusés. Dans le premier cas, si le puits appartenait à une tribu, les tentes étaient dressées à l'entour, quand les pluies devenaient rares dans le désert ; les autres nomades n'avaient pas le droit d'y venir abreuver leur bétail. Si le puits était la propriété d'un particulier, celui-ci s'y rendait, en été, accompagné de sa tribu, et il percevait une redevance de toutes les tribus étrangères qui y campaient, afin de s’y

désaltérer ou d'y rafraichir leurs chameaux. C’est, en effet,

(1) Dussaud, Les Arabes en Syrie avant l'Islam, p. 4. (2) Genes. XXI, XX VI, v.18 et ss, — Cpr. Ibn Sa'd, Tabagät, IN, LL p.270 106 'etiss}

én qualité de membre de sa tribu que l'individu a des droits et des devoirs ; toujours et partout, ses actes, et le traitement auquel il est soumis sont déterminés par son caractère de membre de tribu : telest, dans l'Arabie préislamique, le fondement général des droits et des obligations (1).

Le passage des caravanes permettait aussi l'exercice d'industries multiples et lucratives, dont une des plus importantes était le droit de fournir l’eau nécessaire au personnel humain et aux animaux, souvent fort nombreux, qu'exigeait cette sorte de transit : l'hégémonie des tribus, maîtresses des points d'eau, apparaissait comme une chose nécessaire dans les régions désertiques (2).

8. L'Arabie du Sud, au contraire, était habitée par des populations sédentaires, et ne ressemblait, en rien, au territoire occupé au Nord par les nomades (3). On y rencontre, non plus des steppes, mais des champs fertiles et bien arrosés : le plateau de Täâïf (4), le Wädi'l Qorà, l’oasis de Fadak, les environ de Médine, étaient les meilleures terres

de culture de l'Arabie.

(1) Welhausen, Reste Arabischen Heidentumes (Skizzen und Vorurbeilen). Berlin, 1887, p. 188, 190, 194, 197.

(2) Cf. Lammens, £tudes, in Mélanges de la Faculté orientale, L. WT, fasc nil p.015322495.

{3) Hartmaun, p. 4-61.

(4) Sur les nombreux cours d’eau arrosant les vallées environnautes, s'étaient élevées d'importantes tanneries. Hamdâni, Géographie der Arabischen Halbinsel, éd. Muller, p. 120, 22 ; Yäqout, Dictionnaire géographique, éd. Wäüstenfeld, t. III, p. 496.

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