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LES PRATIQUES TRADITIONNELLES

11. Il est généralement admis que les usages juridiques, implantés dans l'Arabie païenne, ont, pour la plupart, reçu la consécration, au moins tacite, de Mahomet.

Ce principe ne saurait, semble-t-il, s'appliquer ici.

Il y a eu, à la vérité, réaction persistante de l'Islam contre la vie de tribu (1): dès l’origine, la nouvelle religion, prêchant l'égalité et la fraternité dans la foi, a réagi contre les divisions païennes. Trop souvent, des luttes pour la possession d’un point d'eau, ou l’accaparement d'une source, avaient ensanglanté la péninsule, et la patrie même du Prophète (2). Or, selon la parole de Dieu, « quiconque aura fait le bien, le verra, n'en eüt-il fait que le poids d’un atome » (3). D'autre part, ilest dit, du Prophète : « Il ne bâtit point de maisons,.. ne creusa ni canaux,

(1) Snouck Hurgronje, Contributions récentes à la connaissance de l'Islam, in Revue de l'Histoire des religions, t. XX, p. 64 et suiv.

(2} La Mecque manquait d’eau en élé. Azraqi, Histoire de la Mecque, éd. Wüstenfeld, p. 439, et la source de Zemzem était intermiltente, Azraqi, p. 300. Les Qoraïchiles avaient eux-mêmes signalé à Mähomet les désavantages de leur patrie : « Nous ne connaissons sur

la terre, lui dirent-ils, aucune ville plus à l’étroit, manquant d'eau. comme la nôtre, » Ibn Hichàm, Sira, p. 188. — Cpr. Qordn, XVII,

(3) Qorän, XCIX, v. 7 et 8.

14 PREMIÈRE PARTIÉ. -— CHAPITRE Il

ni puils… (1). » Les musulmans devront donc pratiquer la charité comme une vertu primeipale (2), aussi bien pour soulager les malheureux, que pour montrer, à l'exemple de l'Envoyé de Dieu, un détachement personnel des biens de ce monde.

12. Ainsi, le présent de l'eau apparaît, aux yeux du Prophète, comme une aumône religieuse, et cesse d'être un simple devoir de charité, pour devenir, dans certains cas, une obligation légale ; en même temps — et pour suivre la voie frayée par Mahomet dans la pratique de sa religion, — les musulmans devront, dans toutes les circonstances de la vie, s’efforcer d'assurer l'exercice du droit de la communauté au libre usage des eaux (3).

13 L'eau avait déjà une valeur inestimable pour les populations de l'Arabie (4). Le Qorän, en prescrivant l'usage fréquent des ablutions, la considère comme l'élément de

purification par excellence : c’est par elle que l'on peut se

(4) Baihaqi, Aitâb al Mahäsin, éd, Schwally, 23, 15.

(2) Cpr. Mahmoud Fathy, La doctrine musulmane de l'abus des droits, p. 86 et suiv. « Parmi les obligations fondamentales imposées par la religion musulmane, celle de faire la charité tient une place prépondérante. »

(3) Voir aux notes el lextes justificatifs. Appendice A.

(4) Cpr. Qorän, XXI, 31. « Et au moyen de l'eau, nous avons donné la vie à toute chose... » Aj. Qordn, II, 268, et XVII, 32. Il serait cependant exagéré de soutenir avec M, Carpentier (Les règlements et les tribunaux des eaux dans les provinces du Sud de l'Espagne. Murcie et Valence, lhèse Paris, 1912, p. 29, 30) que « le Koran est la proclamation des bienfaits de l’irrigatian, en même temps que de la propriété individuelle... » et qu’ «il n'est pas une page du livre sacré qui ne soit pleine de ces deux objets dont, du même coup, il consacre l'avènement séculaire »,

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