II. — Possession
Toute la masse des eaux de Mogador appartient à l'administration des Habous (2), et la légende fait remonter l’origine de cette situation au fondateur même de la ville.
On raconte en effet que le sultan Moulay Mohammed
(1) D'après une notice manuscrite de M. V. Caillat, attaché au consulat de France à Mogadar.
(2) La plupart des habous, au Maroc, sont constitués directement au profit d’un établissement religieux ou d'une fondation pieuse, et non pas au profit d'usufruitiers dévolutaires, Remarquons, avec M. Michaux-Bellaire (Les biens habous et les biens du Maghzen, in Revue du Monde Musulman, juillet 1908, p. #36 et suiv.), que la constitution des habous de la plupart des ports du Maroc est relativement récente : presque tous les ports du Maroc ont été occupés par les Portugais, et les habous ne peuvent dater que de quelques années après la réoccupation de ces ports par les musulmans.
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ben Abdallah, qui fonda Mogador en 1760, avait confié la construction de l'aqueduc à un indigène, renommé pour son habileté en ces sortes de travaux, EI Hadjdj Mohammed el Mzoudi. Notre homme s'acquitta si bien de sa tàche que le sultan, satisfait, lui demanda de fixer lui-même la rétribution à laquelle il croyait avoir droit. El Mzoudi, en pieux musulman, déclina toutes les offres du prince et sollicita seulement l'autorisation de se rendre à la Mecque pour y accomplir le pèlerinage. Le sultan, n’ayant pu vaincre la résistance de celui qu’il aurait voulu récompenser avec magnificence, tint cependant à faire montre d'un égal désintéressement : il décida que la saguia n’appartiendrait pas au maghzen (gouvernement), la constitua en waqf au profit de la communauté, et en fit don à l’administration des habous. |
Quoi qu'il en soit du plus ou moins d'authenticité de cette légende, à Mogador, tout habitant peut puiser librement, pour sa consommation, aux fontaines de quartier qu'alimente la saguia.
Les propriétaires qui désirent amener chez eux l’eau de la canalisalion urbaine doivent en demander l’autorisation à l'administration des habous, représentée par le nâdir (1), et constituer en même temps en habous une
maison ou une boutique (2). Moyennant cette générosité
(1) Le rôle du nédir (administrateur) est d'inscrire sur le registre des biens toules les fondations pieuses nouvelles et tous actes se rapportant à ces fondations pieuses.
(2) En principe il n'y a pas à fournir de somme d'argent représentative du prix de l’eau,
un peu forcée, l'administration des habous accorde l’autorisation, après en avoir référé au Maghzen central (Fez ou Marrakech). Le Maghzen de Mogador, représenté par le Pacha (caïd de la ville), ne peut lui-même donner pareille autorisation : des conflits de cette espèce s'étant élevés entre les gouverneurs (pachas) et le nädir des habous ont été résolus à l'avantage de ce dernier (1).
Il est à remarquer que les habitants de Mogador usent peu de la faculté qui leur est ainsi offerte d'amener l'eau dans leurs maisons : s’il faut en croire une très ancienne légende, Le fait d'amener l’eau dans son habitation serait de nature à favoriser l'introduction, dans son foyer, d'un djinn malfaisant, et à attirer le malheur sur toute la famille. Le plus souvent, ce sont les porteurs d’eau (guerraba) qui fournissent de l’eau aux maisons de la ville, soit par abonnement, moyennant une légère rétribution mensuelle (5 ou 6 peselas hassani) (2), soit, selon les besoins du moment, par barils (3) de 35 à 40 litres (1 guereb : 0.20).
Le trop plein de la consommation de la ville est distribué à quelques jardins situés au Nord-Est de la ville, moyennant certaines redevances versées à l’administra-
tion des habous.
(1) D'après les renseignements qui nous ont été communiqués, à Marrakech, comme à Mogador, la masse des eaux appartiendrait à l'administration des habous.
(2) Le change moyen actuel sur la monnaie marocaine (Peseas hassani) est de 46 0/0; 100 peselas hassani valent 54 francs de monnaie française,
(3) À Rabat et à Cassablanca ce sont des oulres.