IV. — Caractère coutumier de cette réglementation
Telles sont les règles qui dirigeaient la distribution de l’eau potable avant l'occupation française. Elles constituent essentiellement une qg&’ida, c'est-à-dire un règlement exclusivement coutumier: il n'existe aucun titre écrit réglementant Le régime des eaux. Un nouveau règlement des services municipaux de Mogador, rédigé par le Pacha sur les projets du directeur des travaux publics sera bien-
tôt mis en vigueur.
20 Note sur la distribution des eaux dans le Sous (1).
Dans le Sous, la vie agricole n’est plus dispersée comme
dans les pays où l’eau circule partout : après Marrakech
(4) Les éléments de cette note nous ont été aimablement communiqués par M, Caillat.
et la vallée du Tensift, le Sous nous rapproche du Sahara et des oasis.
Dans la vallée même de l’oued Sous, où l’eau est très abondante, aucune réglementation ne vient limiter l'usage de l’eau pour les besoins de l'irrigation. Dans les régions moins favorisées, la distribution de l'eau s'effectue au contraire suivant des règles précises.
Dans la plupart des centres du Sud de l'Atlas, on emploie le procédé dit de la {assa (1) : on distribue l'eau aux riverains par {our (nouba) (2), en ouvrant, pour chacun, une saguia, et en laissant couler l'eau pendant le temps que met à se remplir une sorte de clepsydre ; cette clepsydre est constituée par une {assa, petit récipient en cuivre, dont le fond est percé d’un trou et que l'on met sur un réservoir d’eau ; cette {assa s'emplit généralement en 20 minutes.
La distribution de l’eau se fait très régulièrement et très rigoureusement sous la surveillance du cheikh, et la quantité attribuée à chaque propriétaire — cette quantité peut aller de 1 à 6 {ouassi — est proportionnelle à la superficie de son fonds et est déterminée d’une façon très précise.
Le distributeur ‘assüs al mûâ(3) (gardien de l’eau) veille
soigneusement à donner à chacun son dû : il annonce
(1) Le mot {assa (pluriel fouassi) sert à désigner toute sorte de récipient : bol, marmite, etc.
(2) En chleuh : faouala (même expression qu’emploient les Berbères du Sud-Tunisien).
(3; En chleuh : fidhäf où amän.
par un coup de trompe (guerna) la fin de chaque distribution individuelle. Celui dont le tour est arrivé se présente alors et dirige l'eau vers son terrain.Cette opération,
qui se poursuit jour el nuit, arrive, quelquefois, à durer huit jours.
3° Règlement d'eau de Figuig (1).
Les jardins de Zenaga, outre les eaux de pluie, très rares, sont irrigués à peu près uniquement par les eaux de la source de Tzaadert.
L'eau en est minutieusement mesurée à chacun. L’instrument de mesure porte le nom de « kharrouba »,.
Cette kharrouba n’est autre chose qu'une horloge à eau. Elle consiste en un vase plein d'eau à la surface duquel on fait flotter un autre vase hémisphérique en cuivre d’une capacité déterminée. Ce vase flottant est percé au fond d’un petit trou par lequel l'eau s'introduit lentement. À un moment donné le vase en cuivre tombe au fond du grand vase. Le temps mis par le petit vase pour tomber s'appelle Ja kharrouba. La mesure de l'eau, à Figuig, se fait donc au temps et non pas au volume ; sage précaution, car le débit de la source variant avec les saisons, la sécheresse et l'abondance affecte ou favorise également tout le monde.
La Æharrouba d’eau ainsi comprise, devient une véritable propriété que l’on vend, que l’on loue, que l'on
(1) D'après le tome IV de la Bibliothèque coloniale internationale (7° série), p. 375 et suiv,
échange en totalité ou en partie, exactement comme un coin de jardin.
La durée de chaque harrouba est telle qu'il y en a 32 en 24 heures, ce qui donne 45 minutes pour chacune.
La masse déversée par la source Tzaadert est recueillie par quatre seguias d’égale section, qui la distribuent dans les différents quartiers de l'oasis.
Trois de ces seguias sont ouvertes en tout temps. La quatrième n’est ouverte que par intermittence, Les jours où les Zenaga reçoivent l’eau d'une source d’EIl Abid, nommée Ifli, à laquelle ils ont droit pour certains de leurs jardins.
Ces jours-là, l’eau d’Ifli est amenée à Tzaadert, où elle est déversée, et la quatrième seguia est ouverte.
Des trois autres seguias, l'une appartient à la Djemaa de Zenaga qui en dispose dans l'intérêt général.
Deux seguias seules appartiennent donc uniquement aux particuliers. Encore, sur chacune, la djemaa prélèvet-elle deux kharrouba à son profit. Sur ces seguias mères sont branchées, aux points voulus, les seguias particulières que l’on ouvre et ferme à l’aide d’une pelletée de terre et de cailloux. Les seguias vont, viennent, circulent, s'entrecroisent de jardin en jardin, tombent quelquefois verticalementen cascades au travers des rochers perforés de haut en bas, et donnent, à certaines heures, à Figuig, un caractère tout particulier.
Pendant le jour, les particuliers viennent prendre l’eau
directement aux seguias mères, suivant un tour établi
une fois pour toutes et rigoureusement observé. Chacun, le moment venu, va ouvrir le barrage de la seguia et le laisse ouvert pendant le nombre de « kharrouba » auquel il a droit. Il n’est pas à craindre qu'il dépasse le temps auquel il a droit, car celui qui doit prendre l’eau après lui, y veille attentivement,
Le nombre des Æharrouba est tel qu'additionné, il comprend exactement 25 jours, au bout desquels le cycle recommence,
Pendant les heures de nuit ou regardées comme telles, l’eau est déversée dans de grands bassins réservoirs répartis isolément, ou en groupes de trois ou quatre, en différents points de la palmeraie de Zenaga. Ces bassins ont environ 20 à 25 mètres de long, 8 à 12 de large, 2 m. à 2 m. 50 de profondeur. Ils sont cimentés à l'intérieur avec un ciment particulier à Figuig.
Les bassins ont été construits par des particuliers. Les différentes fractions de Zenaga les leur louent et les paient soit en argent, soit en eau. L'eau qui coule pendant la nuit est répartie entre ces différents bassins, suivant un tour aussi rigoureusement déterminé que pour les seguias particulières.
Selon l'abondance du débit de la source, le bassin se trouve, au matin, plus ou moins rempli. Un bâton gradué donne une idée de son contenu. Les particuliers qui, ce jour-là, ont droit à l'eau du bassin, se partagent ce qu'il y a proportionnellement au nombre des kharrouba aux-
quelles ils ont droit; mais ils ne peuvent prétendre à com-
168 APPENDIGE D
pléter ce nombre par prélèvement sur l'eau des nuits suivantes qui appartient à d'autres.
C'est, on le voit, le même principe que pour l'irrigation de jour. L'homme a borné son action au partage automatique du temps, se contentant de ce que, pendant ce temps, Dieu lui a envoyé ; heureux si pendant le laps qui lui en est dévolu, un orage a augmenté la source, résigné si, au contraire, la sécheresse l’a réduite à un mince filet. Cette répartition de l'eau ne va pas sans contestations.
Ces contestations sont réglées par des fonctionnaires appelés « partageurs », au nombre de trois ou quatre. Ils sont nommés par la djemaa, en raison de leur honorabilité, de leur âge, de leur influence et de leur connaissance des coutumes et des traditions. :
Ce sont eux qui sont détenteurs de la kharrouba, et ils ont, comme indemnité, droit, par jour, à une kharrouba.
L'eau de la djemaa est, comme celle des particuliers, distribuée ou louée, Le prix de ces locations est versé au trésor de la djemaa, avec quelques autres perceptions municipales. Le produit de ces taxes sert à payer l’entretien des seguias mères, les travaux de réparations aux rues et aux murs, l'achat d'armes et de poudre, en cas de guerre, les taxes à payer au sultan, à l'époque où, de temps en temps, le sultan de Fez était assez fort pour venir jusqu à Figuig et y parler en maître, enfin les indemnités de toute
nature.
C'est ainsi que le produit de la location actuelle des
eaux sert encore à amortir la dette qui a été contractée, en 1903, pour le paiement de l'indemnité de guerre qui a suivi le bombardement.
Aulres ksour de Fiquig.— Le principe de la distribution pour les ksour du plateau : El Hammam, El Maïz, Ouled Slimän, El Abid, est le même que pour le ksar de la plaine : Zenaga. Chacun d'eux à sa source, ou ses sources particulières sur lesquelles il est bâti.
Chaque source se déverse dans une seguia qui naturellement est affectée plus spécialement à l’arrosage d'un quartier déterminé de l’oasis. Lorsque le propriétaire d'une ou plusieurs kharrouba sur la seguia, acquiert un jardin dans le quartier d’une autre seguia, il peut y conduire, par ses propres moyens, l'eau de la seguia sur laquelle il a ses droits. Généralement, cependant, il préfère vendre ou échanger l'eau à laquelle il a droit sur l’une des sequias, pour en acquérir sur l’autre.
Ce genre d'opération se fait deux fois par an : au moment de la récolte de l'orge et au moment de la cueillette des dattes : en mai et en octobre. L'unité de mesure est, comme à Zenaga, la kharrouba.
Naturellement le volume d’eau correspondant diffère considérablement suivant la source. La valeur en argent varie donc aussi. Pour certaines sources, la kharrouba vaut 200, 250 et même 300 francs. À Zenaga, dont la source est plus abondante, la kharrouba atteint une valeur de 1.000 francs.
La durée de la kharrouba est telle qu'il y en a16en
oh heures, soit une heure et demie chacune, soit le double de la durée de la kharrouba de Zenaga.
La durée du cycle des tours individuels est de 15 jours et 15 nuits. Le seizième jour et la seizième nuit appartien-
nent à la djemaa.
1° Le droit à l'eau (1).
Il y a dans le Djerid plusieurs sortes de droits à l’eau : le droit melk, le droit de chorb, et le droit de sottor.
1° Eau melk. — C'est la fraction de l’oued que l'ayant droit recueille de tel moment à tel moment, ou pendant un certain temps déterminé.
L'eau est prise à un barrage distributeur et conduite au fonds par une saguia qui traverse parfois des fonds appartenant à d'autres propriétaires et grevés d’une servitude d'aqueduc. Le droit à l’eau melk constitue un droit distinct, et indépendant de la propriété du fonds que cette eau est destinée à irriguer. Elle peut être vendue séparément. Elle se transmet aux héritiers, et rien n'empêche ceux-ci, dans le partage, de la détacher du fonds irrigué pour l’attacher à un autre. L'ayant droit à l’eau melk peut
en vendre une fraction, en conserver une autre. Il peut l'hypothéquer,
(1) Nous avons emprunté, parfois textuellement, les éléments de cette note à l’intéressant mémoire d'un juge rapporteur au tribunal mixte de Sousse (Tunisie), mémoire qui se trouve reproduit, dans la Revue algérienne et lunisienne de législation et de jurisprudence (année 1912, p. 389 et suiv.), à la suite d’un jugement dudit tribunal, en date du 23 avril 4912. |
2° Eau chorb. — C'est l’eau nécessaire à l'irrigation complète d’une parcelle déterminée, et fournie au propriétaire de cette parcelle par un ayant droit à l’eau melk. Par exemple, un ayant droit à l'eau melk vend une partie de cette eau à titre chorb pour irriguer telle parcelle. L’acheteur acquiert ainsi le droit de faire procéder par son vendeur, avec l’eau vendue, à une irrigation complète de la parcelle. Elle doit être suffisante, et, en cas de contestation, c'est l’Amine qui décide. De plus celui qui doit le chorb a, en outre, l'obligation de présider à cette irrigation.
Tout détenteur de l'eau melk grevée du chorb est tenu du chorb. Le bénéficiaire du chorb ne peut vendre ce droit sans le consentement de celui qui le doit: Cela s’explique, semble-t-il, puisque le chorb consiste dans l’irrigation d'une parcelle déterminée, et comporte le fait personnel de l’ayant droit à l'eau assujettie. En cas de vente, de partage ou même d’hypothèque, le droit à l'eau suit le fonds partagé, vendu, ou hypothéqué, sauf convention contraire.
Le droit à l'eau s’acquiert non seulement par titre, mais aussi par prescription. [LY a dans le Djerid plusieurs propriétaires qui n'ont pas de titres, qui n'ont qu'une longue possession, Quelle est la durée de la possession nécessaire ? 30 ou 4o ans, disent les uns; 10 ans, disent les autres.
3° Droit de sottor.— C'est un droit d'irrigation résultant,
pour un fonds, de ce qu'une eau, par une saguia, traverse
ou à traversé autrefois une partie d'un jardin (?). Cette eau doit le so{tor au fonds traversé. L'eau ne cesserait pas, semble t-il, d'être grevée, en cessant de traverser le fonds, par exemple au cas de vente de cette eau à un tiers qui
n'utiliserait plus la saguia.
2° Règlement d'eau de Tozeur (1).
L'unité de temps qui sert au partage de l’eau dans le Djerid s'appelle gadous. Elle est mesurée par un récipient percé à sa partie inférieure d’un trou, par lequel il se vide
‘en cinq minutes, La gadous équivaut donc au douzième de l'heure.
Un jardin d'un hectare disposant de onze gadous d'eau est très suffisamment arrosé. Pour bien comprendre qu une unité de temps suffit à déterminer le volume d’eau auquel chaque jardin a droit, il faut, par un examen attentif de ce qui va suivre, se rendre compte qu'à toute heure du jour et de la nuit, dans l’oasis de Tozeur, par exemple, il y a constamment le même nombre de jardins arrosés à la fois par l'oued principal, chacun d’eux ayant ainsi une fraction constante de l’eau de cet oued pendant dix, douze, quinze gadous, c’est-à-dire pendant cinquante, soixante ou soixante-quinze minutes.
L'heure est souvent indiquée par la longueur de l'ombre
d’un homme, mesurée par le pied de celui qui la porte ;
(1) D'après Masselot, Les dattiers des oasis du Djerid, au Bulletin de la direction de l'agriculture, du commerce el de la colonisation de la Régence de Tunis, 1901, p. 137-142.
tel jardin a droit à onze gadous d’eau à partir de l’heure où l'ombre a quinze pieds. Néanmoins, les gadous règlent presque exclusivement la marche du temps dans les oasis du Djerid.
Ce sont les khammès eux-mêmes qui prennent l'eau lorsque l'heure d'arrosage de leurs jardins est venue. Le khammès du jardin qui la cède, doit, en général, être présent à la déviation. Cette façon de procéder, toute primitive qu'elle soit, donne rarement lieu à des désaccords ou à des querelles. Les contestations qui pourraient se produire sont tranchées par les gardiens des barrages diviseurs, très au courant de ces questions, et, si cela est nécessaire, par le caïd lui-même.
Division des eaux dans l'oasis de Tozeur.— Indépendamment des caux réunies qui forment l'oued, deux sources, Aïin-el-Hafir et Aïn-el-Ancel, arrosent, la première, trente jardins, et la deuxième, douze, situés en amont du partiteur général des eaux.
Ces sources appartiennent en commun aux propriétaires de ces jardins et servent exclusivement à leurs usages.
Pour examiner la répartition des eaux de l’oued, nous le descendrons à partir du point où il a acquis son plus fort débit. et nous examinerons successivement les différentes divisions que nous rencontrerons en suivant son cours.
La division des eaux est faite au moyen d’un tronc de palmier horizontal placé perpendiculairement au courant
et creusé d’entailles d’un nombre égal à celui des divi-
Fr RÉGLEMENTATION DE L'EAU DANS LES OASIS DU DJERID 175
seurs que l’on veut obtenir. Si l’oued doit être, par exemple, divisé en deux parties représentant respectivement les 5/9 et les 4/9 de la totalité de l’eau, on creusera sur le tronc du palmier servant de diviseur (khechba) neuf entailles, dont cinq serviront à l'alimentation de la première partie et quatre à la seconde.
La première division de l'oued s'appelle Sakiet-el-Djeja (ruisseau de la poule). C’est plutôt une prise d’eau qu’une division, car le cours d’eau de l'oued n'est entravé en cet endroit par aucun barrage : une simple poutre de palmier creusée d’une entaille de 1 m. 32, oucinq pieds de longueur, règle l'entrée de l’eau dans cette saguia. Elle a été construite par les anciens cheikhs de Bled el Ader, pour l'alimentation de leurs écuries et de leurs poulaillers, d'où lui vient son nom de Sakiet-el-Djeja. Son courant devait, au début, être assez fort pour pouvoir entraîner une paille ; actuellement il est admis et reconnu par tous que la hauteur de l'eau dans l’entaille du palmier doit être d’un doigt, ou plus exactement de o m. 09.
En aval de Sakiet-el-Djeja se trouve le partiteur général des eaux de l’oued Bargouga, qui les divise en deux parties représentant respectivement les 3/9 et les 6/9 de la totalité. Les trois premières parties forment, à droite, l’oued Abbès ; les six autres forment, à gauche, Mencher- Srir..
Le barrage de l’oued Bargouga se compose de trois entailles égales, d'une longueur de 1 m. 19, dans lesquelles
la hauteur d'eau atteint, sur le bord aval de la khechba,
o m., 161, et sur le bord amont o m. 172. Chacune de ces entailles laisse écouler le tiers des eaux de l’oued.
De Mencher-Srir s'alimente une saguia, appelée El- Guernaze qui, comme Sakiet el Djeja, est une simple prise d'eau dont l'entaille a pour longueur.une fois et demie la longueur d'une des entailles de la berka (barrage situé en aval), et, comme hauteur d’eau sur la Æhechba, une hauteur égale à celle qui se trouve sur celle de la berka.
EL Guernaze prend à Mencher-Srir un vingt-huitième de la totalité de son eau, et un septième de l’eau que Mencher Srir fournit à l’oued Saboun, Mencher Srir est ensuite divisé, au barrage romain, en deux parties : à droite, l’oued Saboun, ou oued el Oust, qui prend les 6/14 de l’eau de Mencher-Srir,et à gauche, Seguiet R'bot, qui en a les 7/14 plus la hauteur de deüx doigts, destinée à l'alimentation de la ville.
La division de Mencher-Srir se fait par quatre entailles ; les deux de droite ayant chacune comme longueur 1 m.11, et comme hauteur d’eau o m. 15, forment l'oued Saboun ou oued el Oust ; les deux de gauche, dont l’une est exactement pareille à celle qui alimente l’oued Saboun, et l’autre a o m. 63 de plus en longueur et toutes deux la même hauteur d'eau, forment Seguiet R'bot.
Seguiel R'bot se divise ensuite, au barrage d'El Aguili, en sept parties, au moyen de sept entailles semblables, ayant chacune o m. 62 de longueur, et o m. 09 de hauteur d'eau. Celle de droite se nomme El Aguili, tandis que les
six autres continuent, sous le même nom de Seguiet R’bot,
jusqu'au barrage d'El Berka, Ce dernier porte neuf entailles, sur lesquelles.six seulement sont ouvertes à la fois, mais lorsque l’entaille d'El Aguili est fermée et que Seguiel R'bot a par conséquent conservé toute l’eau qu'il a prise à Mencher-Srir, sept entailles sont ouvertes à EL Berka ; de sorte que chacune des entailles qui coule à EL Berka correspond au 1/21 de la totalité des eaux.
Les entailles de la berka ont chacune o m. 62 de longueur et o m. 09 de hauteur d'eau. L’entaille de gauche, qui longe la ville et sert à l'alimentation d’une partie des habitants, a sa longueur portée à o m. 66.
L'oued Saboun, qui formait avec Seguiel R'bot, la seconde division de Mencher-Srir, se divise à El Garahman en six parties correspondant chacune à 1/21 de l’oued. Les entailles de ce barrage sont de la dimension de celles de EI Berka. Cette condition n’est d’ailleurs pas nécessaire pourvu qu'une parfaite égalité entre elles soit conservée.
Nous avons vu plus haut que le barrage de l'oued Bargouga, indépendamment de Mencher Srir, formait encore l'oued Abbès, composé d’un tiers de ses eaux. Comme Seguiet R'bot à EL Aguili, Oued Abbès se divise à Reguiga en sept parties par des entailles ayant o m. 57 de longueur eto m. 12 de hauteur d'eau. Un septième forme à droite Reguiga, et les six autres septièmes s'écoulent jusqu’au barrage de Babjarou qui les divise en sept parties égales,
En amont de ce diviseur, sur la rive gauche, une petite prise d’eau, destinée à l’arrosage de trois cents palmiers environ, s alimente directement dans l'oued, sans aucun
178 APPENDICE E barrage, par une entaille en pierre qui à pour largeur l'écart compris entre le pouce et l'index, et comme hauteur une phalange et demie. Ces mesures correspondent à o m. 19 sur o m. 04. Cette prise d'eau se nomme Menchia.
Comme El Aguili, on supprime quelquefois Reguiga en obstruant son entaille, ce qui fait que Babjarou a alors l'intégralité de l’eau de l’oued Abbès.
À partir d'El Berka, d'El Garahman et de Babjarou, des saguias qui se subdivisent elles-mêmes, conduisent dans les jardins les eaux divisées en vingt et unièmes par ces trois barrages. Ces subdivisions secondaires sont essentiellement variables, car elles peuvent être modifiées par les arrangements entre leurs différents bénéficiaires, la vente ou l'échange des eaux étant malheureusement d’une pratique courante. Seules, les grandes divisions de l’oued jusqu'aux vingt et unièmes sont immuables et forment la base même de la répartition des eaux.
Il a paru utile de l’exposer dans cette étude, bien qu’elle sorte un peu du cadre du sujet. Mais il est à remarquer qu'un seul indigène, actuellement âgé de 80 ans, la connaît parfaitement, l'ayant apprise de son père, qui la tenait lui-même de ses ascendants.
Cet indigène, nommé Mohammed ben Abderrahman, amine des eaux de l’oasis, a cherehé à enseigner à son frère cadet ce système que Ben Chabat a trouvé et mis en usage à Tozeur : mais il paraît que son élève n'offre pas toutes les conditions voulues pour lui succéder dignement, et c'est pour éviter que ces traditions ne se perdent
? r r . La . .
qu'elles ont 6t6 consignées ici.
La division des eaux dans l'oasis de Tozeur a été faite jadis par un savant nommé Ben Chabat dont le tombeau est encore, à Bled-el-Ader, l'objet de la vénération générale. Cette répartition est, en effet, un véritable chef-d’œuvre, dont la perfection n'a nulle part été atteinte. |
La répartition des eaux dans l'oasis de Nefta est loin d’égaler en régularité celle de Tozeur, et Ben Chabat luimême, qui s'en élait aperçu, offrit aux Nefti le concours de son expérience et de son talent; mais ces derniers accueillirent si mal son offre qu'il ne crut pas devoir la renouveler, Cette répartition est restée ce qu'elle était jadis, un à peu près relatif, suffisant aux besoins de la population, mais n’exeluant pas, comme à Tozeur, les controverses et les discussions.
Garde des eaux. — Dans l’oasis de Tozeur, un poste de deux gardiens est établi auprès de chaque barrage important. À l’oued Bargouga, ils sont trois. Onze hommes veillent ainsi jour et nuït, du milieu du mois de mai jusqu’au mois d'octobre. Leur mission consiste à surveiller la répartition, à empêcher l'obstruction des entailles, à ouvrir ou à fermer celles-ci aux heures indiquées pour la distribution des eaux.
Ces gardiens sont sous la direction de l'amine el ma.
Ils recoivent pour salaire un régime de flimi (1) par jardin arrosé par le barrage qu'ils gardent, de sorte que les gardiens des barrages les plus importants sont les mieux
(1) Les dattes /timi sont les dattes communes les plus recherchées parmi les indigènes. |
180 APPENDICE à
payés. Ceux de l'oued Bargouga, par exemple, reçoivent le régime de tous les jardins de l’oasis.
L'amine el ma ale droit également de choisir dans chaque jardin après les khammès, le régime de f{imi qui lui convient le mieux.
Les autres gardiens,comme le kenatri(1),reçoivent celui que l'on coupe au moment où ils se présentent.
Un propriétaire de l’oasis, indépendamment des plus beaux régimes qu'il doit donner aux ouvriers à la récolte et à ses khammès, est encore imposé de huit autres régimes parmi lesquels un est également au choix de l’amine des eaux. Ge sont : les trois régimes destinés aux gardiens des barrages ; celui du kenatri ; celui de l’amine el ma ; celui du crieur public ; celui du tambour qui l'accompagne (sorte d'abonnement pour la publication des bêtes perdues ou volées) ; enfin, celui que reçoit l’'amine de l'oasis, juge des contestations entre propriétaires et fermiers.
Jadis, ls nombre des régimes donnés était bien plus grand. Indépendamment de ceux énumérés ci-dessus, il y avait : le régime du courrier du caïd, celui du garçon du caïd, celui des balayeurs de la place où le caïd s’asseyait, celui destiné à l'entretien du Æhandak el Kebir, etc.
Saguias. — Les saguias sont des ruisseaux ou les fractions de l’oued qui amènent l’eau du barrage aux jardins. Elles sont entretenues par les £hammès intéressés. Lorsque le besoin s’en fait sentir, et après entente entre eux, les
(1) Le kenatri est un entrepreneur indigène chargé de l'entretien des routes, des ponts et des guüés.
travailleurs se rassemblent à l'heure indiquée par le crieur ou à l’appel de la conque.
Les khammès qui manquent à l'appel sont punis par le caïd d'une amende d’une piastre et d'un régime de ftimi qui sont partagés entre les travailleurs présents.
Khandakhs. — Le curage des drains, ou khandaks, est à la charge des propriétaires ou locataires des jardins (qu'il ne faut pas confondre avec les khammès) que ces khandaks desservent, chacun se réservant le travail sur son terrain.
Un khandak: peut borner simplement une propriété, ou en séparer deux ; son entretien est, dans le premier cas, à la charge du possesseur borné; dans le deuxième cas, à celle des propriétaires des terrains séparés.
Les khandaks compris entre les jardins de l'oasis, à la sortie de celle-ci, et le khandak el Kebir qu'ils alimentent tous, se nomment farch ; leur entretien revient au groupe des propriétaires qui s'en servent, et cela proportionnellement au chiffre de gadous qui est attribué à chacun dans la répartition des eaux.
À Tozeur, le khandak el Kebir est un immense fossé qui entoure l’oasis du nord-est au sud-ouest et dans lequel se déversent toutes les eaux de drainage et l'excédent des eaux d'irrigation.
Avant l'occupation française, ce fossé qui servait aussi à protéger contre les incursions des nomades du Nord, Hammamas et Fréchiches, la partie de l’oasis opposée à
la ville, était continuellement tenu profond et plein d'eau.
Des patrouilles le surveillaient sans cesse pour empécher l'établissement des ponts, et pour prévenir au besoin les Tozeri, qui accouraient en foule pour en empêcher le passage.
Ces hommes de patrouille recevaient, pour leur surveillance, un régime par jardin.
Le curage de ce handak se faisait en octobre, et occasionnait presque toujours de graves épidémies.
Actuellement, ce travail est abandonné et le #handak el Kebir ne sert plus qu’à conduire les eaux de l’oasis jus-
qu’au Chott.