CHAPITRE III
LA GLOSSOPTOSE
Nous avons tous, au cours de nos études médicales, eu l’occasion de donner une anesthésie, et nous avons été frappé par le fait que les malades endormis s’étouffaient avec leur langue.
Il suffisait alors de propulser le maxillaire inférieur en avant pour rétablir la perméalibité des voies respiratoires.
À l'examen d’une coupe sagittale de la face et du cou, on remarque le peu d’espace libre situé entre la base de la langue d’une part, et l’épiglotte et la face antérieure des parties molles qui recouvrent les premières vertèbres cervicales, d'autre part, comparé au diamètre antéro-postérieur de la langue. .
Si par excès de volume, ou par manque de tonicité, la langue a tendance à combler le pharynx buccal et à abaisser l’épiglotte, nous aurons une obstruction plus ou moins complète des voies respiratoires.
C'est cette chute de la base de la langue en arrière et en bas que le Docteur Pierre Robin a appelé glossoptose, en attirant l’attention du monde médical sur ce point dans sa communication à l’Académie de Médecine du 2 Janvier
Nous distinguerons deux groupes d’obstructions des voies respiratoires supérieures | fosses nasales.
pharynx nasal.
Les obstructions basses : pharynx buccal.
Les obstructions hautes
Les obstructions basses ont longtemps échappé à l'investigation par le fait qu’elles cessent par l’ouverture de la cavité buccale qui met le maxillaire en béance et entraîne la base de la langue en avant.
Par le fait même qu'une obstruction respiratoire peut entraîner un arrêt de développement dans l’appareil respiratoire tout entier, nous devons considérer la glossoptose comme un facteur étiologique possible des dysmorphoses facio-crânio-vertébrales.
La glossoptose peut être essentielle ; c’est le cas des respirateurs buccaux qui ne présentent aucune obstruction respiratoire haute ; ces obstructions n’ayant pas existé ou ayant été supprimées par une intervention Judicieuse.
Elle peut également être concomitante avec ces obstructions hautes et les accroître.
En partant du principe que les mauvaises habitudes n'existent pas et que si un enfant qui peut respirer par le nez s’entête à respirer par la bouche, c’est qu’un obstacle persiste ; le Docteur Pierre Robin a prouvé que presque tous ces enfants étaient des giossoptosiques. ss
Les symptômes se confondent avec ceux d’un dysmorphique, presque-tous ces sujets présentant de la glossoptose à un degré plus ou moins avancé.
Cliniquement, la glossoptose se caractérise par une gêne respiratoire, la bouche étant fermée en occlusion physiologique ; par un rapprochement des angles de la mandibule et le menton fuyant ; elle est presque toujours liée à une dysmorphose atrésique du maxillaire inférieur.
La macroglossie est inconstante.
Diagnoslic. — Le diagnostic d’obtruction respiratoire étant posé il y a lieu de faire le diagnostic différentiel entre les obstructions respiratoires hautes et la glossoptose.
Ou d'affirmer la coexistence des obstructions hautes et basses.
D’après le Docteur P. Robin :
« I suffit pour cela de recommander au malade, qui peut « être un enfant ou un adulte, de projeter en. avant et en « haut son maxillaire inférieur de telle sorte que ses inci- « sives inférieures dépassent celles du maxillaire supérieur « et de joindre les lèvres.
RS
« L'expérience est immédiatement concluante. S'il «n’y a pas d'obstacle naso-pharyngien, la respiration de- « vient facile et s'exécute aussi bien à l'expiration qu’à l’ins- € piration, lentement, complètement, sans tirage ni essouf- « Îlement, grâce au dégagement du carrefour aéro-digestif « du Professeur Pierre Sebileau amsi qu'à la décompres- « sion des paquets vasculo-nerveux du cou qui traversent « le grand espace facio-crânio-vertébral que j'ai appelé le « confluent-vital-fonctionnel ».
Différentes positions du maxillaire inférieur pendant la respiration
La bouche La bouche Le menton ouverte fermée projeté « Glossoptose »
S'il existe des obstructions hautes, la respiration est seulement améliorée ; cela par le fait que la propulsion du menton attire en avant tout le plancher de la bouche ; Ja langue et les masses musculaires qui s’insèrent sur le maxillaire inférieur et l’os hyoïde.
Pratiquement ce procédé très simple n’est pas tout à fait suffisant, il ne peut donner qu’une appréciation personnelle, il est plus subjectif qu’objectif.
Nous préférons la méthode suivante :
Epreuve respiratoire physiologique de Rosenthal appliquée par le Docteur Pierre Robin au diagnostic de la glossoptose
On a démontré cliniquement la possibilité de soutenir indéfiniment un mode respiratoire maintenu pendant vingt respirations successives.
De plus, on sait qu’une seule narine doit pouvoir suffire à la respiration nasale.
Rosenthal dit — « le sujet étant déshabillé jusqu’à la « ceinture où, en tout cas, couvert seulement de vêtements «ne gênant en rien le fonctionnement du thorax, nous lui «expliquons en quoi consiste la respiration nasale ; nous « la pratiquons devant lui en battant la mesure avec notre « main droite qui se lève pendant l'inspiration et s’abaisse « pendant l'expiration. Il est parfois utile d'attendre quel- « ques secondes si le sujet est émotif. Le moment de petite «inquiétude passé, nous lui faisons exécuter 20 respirations « nasales, debout, bras collés au corps, puis 20 respirations « nasales de chaque narine. Il suffit pour ce deuxième exer- « cice de lui demander de fermer la narine droite avec l’in- « dex de la main droite, puis de fermer la narine gauche « avec l'index de la main gauche : l’index doit obturer la « narine en amenant l’aile du nez au contact de la cloison, « sans la dévier, ce qui amènerait une gêne partielle de la « respiration de l’autre côté. »
On note alors la façon dont se comporte l’enfant, ou bien il respire les vingt fois sans gêne, ou le rythme s’accélère, se heurte, la teinte du visage s’altère, et bientôt la bouche s'ouvre inconsciemment, — on peut noter exactement au bout de combien de respirations l’enfant a commencé à être gêné.
Cette première épreuve ayant été faite en ayant soin de vérifier que l'enfant maintienne ses arcades dentaires en occlusion physiologique.
Le Docteur P. Robin fait alors propulser le maxillaire inférieur du sujet en avant, et il recommence la même épreuve.
Si les résultats sont meilleurs, la gêne respiratoire semblant diminuée, c’est qu’il y a glossoptose, et qu’elle a été réduite par la propulsion de la mandibule.
On peut noter les résultats de l’épreuve pour vérifier plus tard l’amélioration obtenue par le traitement.
Diagnostic de la glossoptose chez le nourrisson
Ce diagnostic est possible en se basant sur le fait que les obstructions respiratoires hautes, naso-pharyngiennes sont très rares chez le nourrisson.