OBSERVATION IV
(Bulletin de Ja Société anatomique, 1885)
Sarcome alvéolaire ayant débuté par la gaine du tendon extenseur du médius:
Le nommé M... François-Xavier, marchand de vin, âgé de 25 ans, entre le 9 février 1885, à l'hôpital de la Pitié, service de M. le professeur Verneuil, salle Michon, lit numéro 48. |
Sa mère était rhumatisante. Il porte des traces de scrofule, une cicatrice d’adénite sous-maxillaire, dont il a été atteint vers l’âge de cinq ans, et qui a suppuré
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Six mois environ. Îl n'y à aucun autre antéeédent héréditaire ou personnel à relever. Au mois d'avril 1882, il était infirmier à la 20° seelion, à Oran. Il reçut, en jouant avec un de ses camarades, un coup de règle : l'angle de l'instrument porta sur le tendon extenseur du médius de la main gauche, un peu au-dessous de l'articulation métacarpo-phalangienne. Huit jours après, il constata la présence en ce point d’une petite tumeur. Cette tumeur avait le volume d’une Jentille : elle élait mobile avec le tendon. La peau, un peu rouge, ne lui adhérait pas. L'indolence était complète. Ge petit nodus grossit lentement. En juin 1884, son volume atteignait celui d'une noisette. Sa présence n'éveillait aucune douleur et gênait si peu les mouvements, que le malade avait pu continuer à jouer du violon.
Au moment de quitter le service, il résolut de se faire opérer el entra à l'hôpital militaire d'Oran. M. le docteur Massoutier, médecin principal de deuxième classe, pratiqua l’ablation de la tumeur sans sectionner le tendon, qu'il se contenta de gratter. Les suites opératoires furent très simples: : la réunion se fit par première intention ; au bout de dix jours, le malade sortait guéri, ayant conservé intactes les fonctions de son tendon.
Un mois après, au commencement d'août 1884, la. tumeur réapparut.au même point; elle semblait s’attacher profondément par une base plus large que la première fois. |
En quinze jours, elle atteignit le volume d'une noix. Le malade consulta un spécialiste (?) qui fitdes applications de teinture d'iode. Ces applications déterminèrent l'ulcération de la peau. La tumeur fut mise à nu. Des bourgeons exubérants se montrèrent dans l'ulcération. Le
malade se mit entre les mains d’un deuxième spécialiste
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dont la quatrième page des journaux prône la méthode
pour la guérison sans opérations des tumeurs. Il fut soumis à des applications de pâte caustique, renouvelées tout les quinze jours. Au bout de deux mois de ce traitement, très douloureux, il entra à la Pitié, dans le service de M. Verneuil.
La tumeur oceupe sur la main gauche l’interstice du médius et de l’annulaire: Les extrémités inférieures des troisième et quatrième métacarpiens sont écartées de
six centimètres environ. Les doigts vont s'écartant de :
même. Le néoplasme a le volume d'une grosse orange. Il descend dans l’espace interdigital jusqu'à la phalan-
gette du médius en dehors, et en dedans jusqu’à la pha-
langine de l'annulaire. Sur la face palmaire, sa masse rougeâtre, mamelonnée, en forme d'œuf, remonte vers léminence hypothénar qu'elle recouvre en grande partie; sa base est un peu étranglée; à ce niveau, il existe une bande de peau qui s’ulcère rapidement. Sur la face dorsale, la tumeur, également ulcérée, est plus volumineuse ; d'une couleur verdâtre, elle est formée de gros bourgeons arrondis, serrés les uns contre les autres. Elle recouvre presque toute la face dorsale, s'étendant du deuxième au cinquièmé métacarpiens et en haut
remontant à un doigt au-dessous de larticulation radio-
carpienne. ù
En soulevant la tumeur, on constate qu'elle est supportée par un pédicule plus étroit, ne remontant guère au delà de la moitié inférieure des métacarpiens et s'étendant en largeur du deuxième au quatrième métacarpiens. La peau réapparaît au niveau de ce pédicule et recouvre presque aussitôt ses caractères normaux. Il est impossible de reconnaître au palper l’état des os et leurs relalions avec la tumeur. Celle-ci est le siège
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La désarticulation des quatre derniers métacarpiens est pratiquée le 10 février. Les parties molles avoisinant le premier métacarpien, celles des lambeaux paraissent normales. Depuis l'opération, les douleurs ont cessé: le malade n’a pas eu de fièvre. Son état est très satisfaisant. |
Examen de la pièce. — Jlestinutile de revenir sur ses caractères extérieurs, suffisamment décrits dans l’observation. La coupe a montré un tissu d'un rouge brun, très vasculaire, contenant de nombreuses cavités assez vastes, rappelant, en un mot, les caractères de ces tumeurs, jadis décrites sous le nom de fungus hématodes. La dissection a permis de constater que les os étaient
sains. Les têtes des troisième et quatrième métacarpiens,
disjointes mécaniquement, étaient indépendantes de la tumeur. Celle-ci occupait l'intervalle des deux os dans leur moitié inférieure. En ce point, le périoste était rouge, mais les os avaient conservé leurs caractères normaux.
Les tendons fléchisseurs des doigts, refoulés par la tumeur, n'avaient avec elle aucune relation intime. Il en était de même pour les tendons extenseurs du médius, on a retrouvé un petit nodus fibreux, dû, sans doute, à la première intervention opératoire; mais le tendon était indépendant de la tumeur et avait conservé sa teinte nacrée. En revanche, le tendon extenseur de l’annulaire, sur une longueur de trois centimètres environ, au niveau et un peu au-dessus de l'articulation, est envahi par le néoplasme transformé en un tissu mou, rougeâtre. À ce