‹ Contribution à l'Étude du Sarcome MélaniqueChapitre 12 sur 41 · DR AUS · texte numérisé non relu

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térieur de la cellule, les granulations deviennent plus grosses et plus irrégulières ; elles prennent une coloration plus foncée, de façon que dans la masse centrale, où le pigment est extrêmement abondant et recouvre chaque cellule, on ne peut plus rien voir de la structure interne. Là où les granulations ne sont pas si volumineuses, on voit dans les cellules correspondantes un noyau pâle, mat, difficilement colorable ; le protoplasma est détruit ou bien il n’en reste plus que des traces à la membrane externe finement pigmentées.On voit donc réellement que,tandis que le pigment augmente, la nutrition de la cellule régresse, jusqu’à la nécrose cellulaire complète.

Enfin rappelons ce fait, que les cellules fusiformes en vieillissant et en se pigmentant tendent à prendre la forme sphérique. C’est ainsi qu’au centre d’une tumeur primitive on pourra ne rencontrer que ces globes mélaniques sphériques de 9 à 19 », environ, de diamètre, tous noirs, sans trace de noyaux, alors Aue dans la périphérie de cette tumeur ou dans les noyaux secondaires des autres organes on trouve des éléments du type embryo-plastique et fibro-plastique et tous les intermédiaires comme forme et comme coloration entre ces derniers et les globes mélaniques, Dans les portions anciennes les premiers éléments se sont modifiés en s’infiltrant de mélanine ou ont même disparu en ne laissant plus à leur place qu'un liquide contenant en suspension des molécules de mélanine et des corpuscules ronds plus volumineux. A cette période le centre de la tumeur peut se ramollir, et

s’il s'agit de nodule cutané ou sous-cutané, laisser écouler une sanie noire quand on fait une ponction ou s'ulcérer spontanément après amincissement de la peau.

Telle est la dégénérescence spéciale que l’on rencontre dans le sarcome mélanique; on pourrait jusqu’à un certain point la comparer à la dégénérescence graisseuse des sarcomes non pigmentés ; en effet là aussi les éléments fibro-plastiques sont infiltrés de granulations graisseuses : ils sont en partie détruits, en partie transformés en corpuscules sphériques.

A propos de structure du sarcome mélanique rappelons un point important que Cozzolino met en lumière, à savoir que le lieu d'implantation de la tumeur est non pigmenté et que plus les cellules s’en éloignent, plus elles se chargent de mélanine. Il note de plus dans la tumeur qu’il décrit, d'importantes dilatations vasculaires et la présence de nom- -breuses cellules à granulations basophiles (matzellen) ainsi que de plasmazellen. Enfin il prétend que le pigment s’infiltre dans la cellule de la périphérie vers la partie centrale, sans jamais atteindre le noyau, et que, quand ce dernier disparaît, c’est par caryorexis progressive. Notons que Cornil, au contraire, a signalé l'existence de noyaux bourrés de pigment (obs. IV).

Contagiosité de la mélanose

Depuis longtemps déjà des expériences ont été entreprises pour savoir si la mélanose est conta-

gieuse et inoculable. Or il résulte des travaux de Goujon que la matière noire fraîche, prise sur une tumeur développée chez l’homme et injectée sous la peau de divers animaux, s’y développe et s’y généralise au bout d’un certain temps. Le même résultat s’est montré après l’inoculation du pigment oculaire de lapin ou de bœuf.

Enfin la propagation expérimentale de la mélanose d’un cheval à un autre cheval a pu être obtenue par Klerck. Cette généralisation n’entraîne pas comme chez l’homme d'état cachectique conduisant à la mort et c'est après avoir tué l’animal inoculé, quelques mois après l’inoculation, que l’on trouve le pigment disséminé dans l’économie.

Ajoutons que la contagiosité de la mélanose du cheval à l’homme semblerait certaine d’après Eiselt qui aurait vu des palefreniers être atteints de cette affection en soignant des chevaux porteurs detumeurs

mélaniques.

Inoculabilité du sarcome mélanique

M. Queyrat a inoculé à deux singes (dans le péritoine de l’un et sous la peau de l’autre) des fragments de sarcomes mélaniques. Les inoculations furent positives et les animaux succombèrent respectivement au bout de deux mois et deux mois. et demi.

D’autres expérimentateurs ont aussi eu des inoculations positives.

Ces faits donneraient donc un assez sérieux appui à la théorie de Bard qui admet l'existence d’un microbe spécial produisant le mélano-sarcome. Or, la découverte récente de l'agent infectieux de la syphilis n’est pas faite, il faut bien le reconnaitre, pour enlever tout crédit à cette théorie ; et il nous semble qu’on ne saurait trop orienter les recherches de ce côté.

Ajoutons enfin que Carnot (1), qui s’est occupé de la question de la pigmentation en général,conclut qu'une cellule pigmentifère paraît avoir une vitalité supérieure à celle d’une autre cellule non pigmentée : en effet toutes choses égales d’ailleurs, la greffe d’une cellule pigmentée au milieu de cellules blanches se traduit par une extension de la tache noire : dans la lutte intercellulaire les cellules pigmentées se substituent donc aux cellules blanches dont elles prennent la place.

Le pigment mélanique

Nombreuses sont les recherches qui ont été faites sur le pigment mélanique, Thénard et Clarion y ont trouvé : le premier une grande quantité de charbon, le second de l’albumine et une matière colorante noirâtre, retrouvée par Lassaigne. Des analyses de

1. Carnot (P.). Recherches sur le mécanisme dela pigmentation. Thèse de doctorat ès sciences naturelles. Lille, 1896. — Bulletin scientifique de France, 1897. « Du mécanisme de la pigmentation. »

RO ee Barruel el de Breschet il résultait que la mélanose devait être considérée comme un dépôt de la matière cclorante du sang et de fibrine. Foy prétendit avoir trouvé dans la mélanose du cheval du sous-phosphate de chaux, de l'hypochlorite de potasse et de soude, du carbonate de chaux, de soude et de magnésie, du tartrate, de l’albumine, de la fibrine, de l’oxyde de fer et un principe altéré qu’il regarda comme du cruor alléré.

. Nous n’attacherons pas une grande importance à ces diverses analyses, vu que la plus grande partie des substances qui y sont mentionnées doit appartenir au iissu destumeurs. La seule analyse qui nous servira de base est celle qui a été donnée par Robin et Verdeil ; car elle porte uniquement sur les granulations colorées.

La mélanine que l’on rencontre dans les tumenrs mélaniques est un pigment analogue à celui qui existe normalement dans la choroïde, dans la couche basale du corps muqueux de Malpighi et d’une façon variable dans les cellules du derme et de la piemère. Voyons rapidement les caractères de ce pig-

ment.

C’est une substance qui se présente sous forme de granulations dont la couleur varie du jaune fauve au brun foncé et à la teinte sépia, granulations arrondies ou angulaires, ou offrant l'aspect de bâtonnets à arêtes très vives. Leur volume varie

en général de 1 à g microns. Souvent elles s’agglutinent en blocs irréguliers, caractère qui distingue

le pigment pathologique du pigment normal, lequel ne perd Jamais la forme granuleuse.

La mélanine est un produit très résistant et très stable, le plus réfractaire aux agents chimiques de tous les tissus de l'organisme. (Ch. Robin.) Elle est insoluble dans l'alcool froid et bouillant, dans l’éther, le sulfure de carbone, l’éther acétique, l'alcool amylique. En revanche elle est attaquée par les solutions de potasse ou d’ammoniaque.L'acide nitrique à chaud la dissout en la virant au rouge et elle est colorée en jaune rougeûtre par les acides faibles. Enfin le chlore la décolore quand elle est en solution acide ou alcaline.

Ces caractères permettent de différencier la mélanine des autres matières colorantes que l’on pourrait rencontrer pathologiquement dans l’organisme.

La couleur pourpre ou noirâtre des grains d’hématine, leur volume généralement plus grand, leur forme irrégulière les font déjà distinguer des grains de mélanine. Enfin l’acide sulfurique dissout l’hématine et reste impuissant envers la mélanine. Ajoutons que ces deux sortes de pigment peuvent du reste coexister dans la même tumeur.

Pour les grains de charbon, outre que le microscope peut parfois déceler en eux la structure des cellules végétales, l’action de la potasse bouillante permet de les distinguer de la mélanine. Elle les laisse en effet intacts, tandis qu’elle rend les grains de mélanine jaunâtres et cohérents, comme par

fusion, sans cependant les dissoudre à proprement parler.

Quant à la composition chimique de la mélanine, les auteurs quis’en sont occupés donnent des formules sensiblement différentes ; nous n’entrerons donc pas dans les détails de ces lormules et nous dirons

| simplement, avec la majorité des auteurs, que la mélanine est une substance quaternaire qui renferme en outre peut-être un peu de fer et d’acide phosphorique. Elle résulterait pour G. Bertrand de l’oxydation de la tyrosine et des polypeptides à tyrosine ‘sous l’action de latyrosinase. Orla tyrosine provientelle de la désintégration des matières albuminoïdes, prenant naissance dans leurs produits de décomposition et se trouvant particulièrement dans les vieux foyers purulents. Mais pas plus que pour ces matières albuminoïdes, nousne sommes fixés actuellement sur sa composition chimique exacte.

Quant aux propriétés chimiques de la mélanine dont nous avons donné la description plus haut, en nous inspirant pour beaucoup de J’étude de Robin, les auteurs qui s’en sont occupés après lui n’ont guère fait que préciser certaines d’entre elles. Nous avons nous-mêmes répété les différentes réactions indiquées par Robin en opérant sur des urines renfermant de la mélanine. Les oxydants chimiques et particulièrement les acides nitrique et chromique, le perchlorure de fer, le permanganate de potassium, font apparaître dans ces urines fraichement émises (1)

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