‹ Contribution à l'Étude du Sarcome MélaniqueChapitre 24 sur 41 · PES. | PS · texte numérisé non relu

PES. | PS

sous la forme d’un petit nodule franchement noir et nettement hémisphérique, recouvert par une mince lamelle d’épiderme, le plus souvent squameuse et fendillée. Arrivée à ce stade la tumeur peut rester indéfiniment stationnaire : c’est le cas le plus fréquenti. Où bien elle peut s’accroître progressivement et lentement jusqu'à atteindre le volume d’une cerise, d’une noix ou d’une petite mandarine ; souvent dans ces conditions elle tend à perdre la disposition sessile pour devenir légèrement pédiculée ; puis au bout d’un temps plus ou moins long elle s'arrête dans son développement et demeure stationnaire.

Mais il est un point important à connaître ; c’est que, quel que soit le volume atteint, quelle que soit la durée de son stade stationnaire, toute lumeur mélanique est susceptible de régression (obs. X). A un moment donné en effet et sans qu’il survienne le moindre phénomène d'inflammation locale, on voit la tumeur diminuer peu à peu de volume, s’affaisser, fondre en quelque sorte. Cette phase de régression s’accomplit en quelques jours ou en quelques semaines. Mais ce n’est là qu’une atrophie, une régression, mais nullement une disparition complète : en effet la tumeur laisse à sa place un placard mélanique dont les contours répondent exactement à ceux de la base ; ce placard fait à peine saillie sur la peau, il est au même niveau et à sa surface l’épiderme paraît ridé, quadrillé, par un mécanisme analogue à celui qui préside à l’apparition des verge-

tures. Ces placards sont indélébiles et indéfiniment stationnaires, ou tôt ou tard deviennent le point de départ d’une nouvelle tumeur.

Certaines tumeurs peuvent ainsi disparaître complètement et laisser après elle une cicatrice. Il s’agit ici d’un processus inflammatoire. À la périphérie du nodule apparaît sous l'influence probable des frottements, du grattage et des diverses causes d’irritation cutanée, une auréole inflammatoire plus ou moins large, zone de lymphangite concentrique qui aboutira presque fatalement à la suppuration. La base du nodule se fendille, s’excorie ; une fissure apparaît qui donne passage à une sérosité hémorra gique fortement colorée par la mélanine mise enliberté. À

Peu à peu la fissure s'agrandit, le nodule tout entier se soulève et se ramollit ; bientôt une ulcération fongueuse, noirâtre hémorragique existe seule à la place de la tumeur et persiste assez longtemps. Enfin il se forme une croûte à sa surface qui tombe et est remplacée par une autre, jusqu’au jour où tout phénomène inflammatoire ayant cessé, il s'établit une cicatrice. Cette dernière est d’abord d'un rouge cuivré, puis elle pâlit, s’affaise et reste ensuite indélébile ayant l’aspect d’une légère dépression toujours infiltrée de pigment mélanique disposé sous forme de trainées minces et irrégulières.

Nous venons de voir comment s'opère la généra-

lisation du sarcome mélanique à la peau. La

cachexie suit de près l'apparition de cette généralisation.

La généralisation, comme nous l’avons vu plus haut, ne se borne pas à la peau, elle s'étend aussi aux viscères ; elle peut atteindre tous les tissus et tous les organes, frappant de préférence le foie, les poumons, le pancréas en outre des ganglions lympbhatiques ainsi qu'on peut s’en rendre compte par les observations que nous citons plus loin.

Ces localisations viscérales tendent à entraîner des troubles fonctionnels graves qui contribuent à hâter la lerminaison fatale, qui survient en général moins de trois à quatre ans après le début.

Sarcomes mélaniques des organes internes et des muqueuses. — Nous serons très bref sur ce chapitre. En effet lorsqu'on trouve des masses mélaniques sarcomateuses énormes dans un viscère, il ne faut pas se hâter de conclure qu’elles sont primitives et il est essentiel de bien examiner la peau ou l'orbite avant de se prononcer. S'il y avait en effet dans ces points une tumeur mélanique sarcomateuse même petite, il est possible et même probable que ce sarcome mélanique soit secondaire. On voit, en effet, dans certaines observations de sarcome mélanique cutané ou sous-cutané, la tumeur primitive rester petite, alors que les masses secondaires du foie et des poumons offrent un volume énorme. Si nous nous basons sur la statistique de Cornil mentionnée plus haut d’après laquelle les viscères et organes internes auraient été 17 fois le siège primitif de tumeurs

mélaniques, il nous semble logique d'admettre que pour le foie, le pancréas, le péritoine, les ganglions lymphatiques et le cerveau il s’agissait très probablement de sarcome mélanique, vu la structure histologique de ces organes.

Toutefois Virchow considère comme irès douteux la plupart des cas demélano-sarcomes des organes internes rapportés comme primitifs.

Sarcome mélanique des organes internes. — Quoi qu’il en soit, lorsque le sarcome mélanique s’est développé dans un organe interne, sa nature échappe aux moyens d'investigation et les désordres quil cause pourraient être tout aussi bien rapportés à tout autre genre de tumeurs. Ces phénomènes sont très variables suivant son siège. Ainsi dans un cas très remarquable de mélanose du cerveau rapporté par Béhier (1) on avait observé des accès convulsifs ; dans les tumeurs sarcomateuses mélaniques soidisant primitives du foie, on a noté de l'ictère, des nodosités à la surface de l’organe sensibles au toucher. Comme on le voit, si le sarcome mélanique debute par un organe interne, la: symptomatologie reste très obscure à cette période initiale.

Sarcomes mélaniques des muqueuses. — Les sarcomes mélaniques primitifs des muqueuses sont aussi rares.

Parmi ces sarcomes nous signalerons le sarcome

Page 1