LETTRE RES
couleur noirâtre ; cette tache fut écorchée, il se développa un sarcome mélanique qui finit par se généraliser. L'influence du traumatisme semble apparaitre aussi dans le cas de Rothacker et de J:- A. Thomson. De même encore dans un cas de Busch(1}, le malade avait un nævus pigmentaire au niveau de la hanche: ce nævus s’ulcéra à la suite de frottements et il survint un mélano-sarcome.
Signalons encore le cas de Perrin (2) où la tumeur s’est développée sur un nævus «le la face dorsale du pied, dans lequel cas on pourrait voir l'influence de la compression et du frottement exercés par la chaussure,
Il semblerait donc, par ces exemples et d’autres encore que nous pourrions citer, qu'un traumatisme quelconque agissant sur un nævus pigmentaire soit capable de le faire évoluer vers le mélano-sarcome.
Quant à l'influence de l’âge et du sexe nous ue sommes pas mieux renseignés. Le sexe semble n'avoir aucune influence. Des recherches que nous avons faites sur l’âge minimum où l'on rencontre celte affection il semble résulter que ce n’est guère qu’à partir de vingt ans qu’on l’a observée ; quant à la limite extrême à laquelle on peut voir se développer le sarcome mélanique, qu'il nous suffise de dire que nous avons observé personnellement un cas de
1. Busch. Berlin. Klin. Wochenschr., 1880, n° 16. 2, Perrin. Sarcomatose cutanée. Thèse de Paris, 1886.
sarcome mélanique localisé à la paupière (obs. IT) où le début n’a eu lieu qu’à soixante-quatorze ans chezun individa très bien portant, n'ayant. jamais eu la moindre maladie jusqu'alors.
Néanmoins la plus grande fréquence se montre entre quarante et soixante ans.
Le début a lieu le plus souvent soil au niveau de la peau, soit au niveau de l'œil. Au niveau de la peau le point où se montre le premier nodule mélanique est variable ; mais le plus souvent c’est à la peau des extrémités, à la plante du pied, au talon, à l’extrémité inférieure de la jambe, à la face ou à la base du cou et l’on voit fréquemment apparaître la petite tumeur au niveau d'un nævus et surtout sur un nævus pigmentaire. $
Mais ce ne sont pas là les seuls points d’origine des tumeurs mélaniques ; en elfet si l'on se reporte à une statistique établie par Cornil et portant sur 104 cas, on trouve que le siège primitif était :
L'œil 50 fois.
La peau 45 fois.
Les organes internes 17 fois.
Ainsi compris : le foie : 5 fois, les poumons : 3 fois, l'utérus : 2 fois, le péritoine : 2 fois, les ganglions lymphatiques : » fois, l’intestin : 2 fois, le cerveau : 1 fois.
Cette statistique porte, il est vrai, sur les tumeurs mélaniques en général; mais d’après les examens histologiques connus jusqu’à ce jour, on peut dire que les différents organes cités plus haut ont été le
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siège primitif le plus souvent du sarcome mélanique, si toutefois cette statistique en ce qui concerne les tumeurs mélaniques affectant primitivement les organes internes est exacte. Or la grande autorité de Cornil nous permet, nous semble-t-il, d'y ajouter foi. Néanmoins Virchow. regarde cette origine comme très douteuse.
En résumé, quel que soit le point de début du sarcome mélanique, on ne peut donner actuellenrent une explication nette de ce début. De plus on ne peut dire s’il s’agit de tumeur préexistante secondairement envahie par la mélanose, ou bien si c’est la mélanose qui a provoqué une réaction édificatrice du néoplasme. Enfin l’hypothèse d'un agent figuré, d'un microbe spécial, produisant la mélano-sarcomatose, qui a été soutenue par Bard est loin d'être démontrée.
Tout récemment Jaboulay a prétendu que la mélanose humaine et la pébrine du ver à soie étaient produites par des microsporidies de même famille, semblables dans leurs étapes et leur constitution chimique.
Nous verrons néanmoins quelles sont les hypothèses qui ont été émises sur la formation du pigment mélanique ; mais auparavant nous étudierons la structure histologique du sarcome mélanique.