ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Bien que nous n’ayons en vue dans ce chapitre que l'étude anatomo-pathologique du sarcome mélanique, à l'exclusion du carcinome, néanmoins pour justifier la distinction que nous en faisons au point de vue histologique à l'exemple de Virchow, Fœærster, Rindfleisch, Cornil, etc., il nous semble logique de tracer une description comparative du sarcome et du carcinome considérés en général.
Deux parties constituantes fondamentales caractérisent le careinome : c'est d’une part une trame caverneuse formée de tissu conjonclif à travers lequel circulent les ‘vaisseaux et qui forme des alvéoles plus ou moins larges, circulaires ou elliptiques. D'autre part il existe des cellules sphériques ou polymorphes qui possèdent un noyau ovoïde ou sphérique et un nucléole volumineux et qui remplissent les alvéoles tout en restant libres les unes par rapport aux autres.
Structure du sarcome
Toute autre est la structure du sarcome. Ici il n'existe plus de trame de tissu conjonctif limitant
des alvéoles, mais seulement des éléments cellulaires fusiformes ou sphériques disposés les uns à côté des autres comme dans le tissu embryonnaire, habituellement en faisceau au milieu d’une masse amorphe ou fibrillaire.
Au milieu de ces éléments on trouve des vaisseaux sanguins. Au voisinage immédiat des vaisseaux les cellules s’applatissent et les parois des vaisseaux réduites à une simple tunique amorphe semblent creusées simplement comme des cavités dans le tissu nouveau. Cette absence de paroi propre est pour beaucoup d’auteurs caractéristique. Cependant à côté de ces vaisseaux sans paroi il en existe d’autres ayant une paroi véritable avec condensation vasculaire et andothélium et ceux-ci se rencontrent en même temps que les précédents dans une même tumeur. La nature des parois de la première catégorie de vaisseaux explique les dilatations dont ces vaisseaux sont si souvent le siège, les hémorragies et les kystes sanguins qu’on trouve si fréquemment au sein de ces tumeurs.
Enfin il faut ajouter que les sarcomes possèdent à l’œil nu des caractères distinctifs : ils sont homogènes, de plus ces tumeurs sont semi-transparentes lorsqu'elles sont récentes, d’une mollesse élastique, plus obscures et jaunâtres lorsque leurs éléments plus anciens sont infiltrés de granulations graisseuses. Elles ne donnent jamais un liquide laiteux comme le carcinome, mais un suc transparent peu abondant.
Quand elles sont ramollies et altérées par la décom-
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position cadavérique, elles offrent un liquide louche.
Telles sont les différences essentielles qu’on observe entre ces deux variétés de tumeurs ; elles consistent comme on le voit dans la texture même du tissu, dans la disposition de ses divers éléments et l’on ne saurait en avoir une idée exacte qu’en étudiant le carcinome et le sarcome sur des coupes. Et néanmoins les données que fournissent les éléments eux-mêmes ne pourraient pas servir dans tous les cas à distinguer ces deux sortes de tumeurs. En effet bien que dans certains cas les éléments étudiés isolément puissent faire reconnaître une tumeur d'origine conjonctive, lorsque par exemple on ne trouve partout que des éléments fusiformes très longs avec un noyau ovoïde, ces caractères ne suffiraient cependant pas pour poser un diagnostic sûr dans tous les cas. Les cellules d’épithélium prismatique pourraient être confondues avec ces derniers éléments lorsqu'elles sont isolées et ne se trouvent pas en relation normale avec les cellules voisines. Enfin on rencontre des sarcomes qui renferment uniquement des cellules conjonctives embryonnaires ou des cellules rondes et volumineuses et dans ce cas on arriverait difficilement à distinguer la tumeur d’un carcinome jeune ou d’un carcinome ancicn, si l’on n'avait pas une connaissance exacle des rapports de ces cellules et de la structure du tissu qui les contient.
A\joutons que pour Virchow les sarcomes sont en continuité avec les éléments voisins, tandis que dans
Béchaux 2
le carcinome les éléments nouveaux seraient plutôt en rapport de contiguïté avec Jes anciens tissus.
Les caractères différentiels de ces deux sortes de tumeurs : les carcinomes et les sarcomes sont loin d'êtres inutiles en pratique et ce n’est pas là une pure question d’histologie. En effet l’on sait combien les carcinomes sont généralement plus graves, plus rapidement mortels par l'extension de la tumeur primitive et par sa généralisation que les tumeurs sarcomateuses. Mais parmi ces dernières qui, il est vrai, dans certains cas, atteignent un volume considérable, récidivent et se généralisent, il n’en est pas qui soient aussi graves que celles colorées par le pigment et il est juste d'ajouter que le plus grand nombre des tumeurs mélaniques qui se généralisent sont des sarcomes parfaitement bien caractérisés.
Etudions donc maintenant avec plus de détails le
sarcome mélanique.
Sarcome mélanique
Les tumeurs primitives du sarcome mélanique ne débutent généralement qu’à la peau ou dans l'œil. Ces tumeurs sont colorées en noir ou en sépia dans toute leur étendue ou seulement dans une partie: ainsi Fano (1) a relaté une observation où la tumeur primitive née sur la peau du dos était constituée à son centre par un champignon saillant non