OFFICIER D'ACADÉMIE
Notice topographique sur le Marais Nord-Ouest de la Vendée.
La Vendée comprend deux marais proprement dits : le Marais Sud qui n’est, en somme, que la continuation de celui de la Charente-Inférieure et le Marais Nord-Ouest du département. Ce dernier est tout à fait indépendant du précédent. Dans ce dernier, l'aspect, la position, la constitution même offrent des différences bien tranchées. Les mœurs des habitants sont aussi très différentes. Les colons de cette région ont vécu encore,jusqu'à notre époque, dela vie patriarcale ;+- mais depuis quelques années, une désagrégation progressive semble s’opérer dans les mœurs. Les jeunes gens revenus du service militaire y apportent un esprit d'indépendance et de liberté bien fait pour favoriser cette désunion. L'instruction, aujourd’hui plus répandue, revendique également sa grande part dans la dissolution des attaches familiales.
Les habitants de ce pays sont peu fortunés en général.
Les enfants sont en nombre respectable, vivent de la vie commune, sous le toit paternel appelé par les gens du pays (Bourine). La Bourine est une demeure étroite, basse, sans ouverture, si ce n’est la porte d'entrée du logis. Cette habitation, mal aérée, reste forcément très humide.Sa construction des plus primitives est formée de la même terre que celle où elle repose. L'intérieur est fréquemment visité par les eaux ; dans les années très pluvieuses, il n’est pas rare de voir ses habitants obligés d’avoir recours à la Yole (1) légendaire pour franchir l'entrée de leur demeure: Par là force”des choses, l'air y devient impur, imprégné de micro-organismes et bien propre à l’éclosion cles fièvres miasmatiques. Aussi rien d'étonnant de voir annuellement les deux tiers de la population payer un large tribut à la grande Reine de ces lieux insalubres : la fièvre paludéenne.
Cette contrée, par sa composition tellurique et sa disposition n’est pas moins intéressante. Le sous-sol, je veux dire, celui qu'on rencontre immédiatementsous la couche corticale, est composé d’une terre argileuse, très compacte, serrée, imperméable, par conséquent peu susceptible de dessiccation et de filtration. Les propriétés individuelles, ainsi que les parcelles de terrain qui composent ces propriétés sont absolument dépourvues de buissons. Ceux-ci sont remplacés par de larges fossés appelés Douves, remplis d'eau stagnante pendant la moitié de Pannée. Ces douves ne se dessèchent Jamais complètement, et forment, pendant les chaleurs, des foyers infects où pullulent les germes paludéens.
La conformation des prairies (la culture des céréales est peu pratiquée), est à noter particulièrement. Elles n’offrent point une surface plane, unie, comme on pourrait le croire:
(1) Petit bateau léger.
elles affectent plutôt la forme d’un godet, leurs bords fortement saillants donnent bien effectivement à leur physionomie l'aspec:, la forme, de cupule. Aussi les eaux ne trouvant aucune déclivité pour leur écoulement y stagnent de longs mois. Il en est de même pour la masse liquide apportée l'été par les orages. Les brouillards épais, constants, qui s'élèvent tous les soirs de cette surface mouillée deviennent, à leur tour, une nouvelle source d'humidité. Toutes ces causes expliquent bien la prédisposition des habitants à certaines maladies.
C’est dans ce milieu marécageux qu'ont été recueillies les quelques observations de scorbut que nous faisons figurer dans ce travail et dont la genèse devient évidente.
Pour ce motif, nous avons cru indispensable de tracer cette briève esquisse topographique.
Baudry £ 2