LE PROFESSEUR À. CHAUFFARD
LE Docteur E. SCHWARTZ;
LE Docteur A. PETIT ;
LE Docteur A. GUINARD (in memoriam).
https://archive.org/details/1IA41547504 0068
DU
Il est inutile d'insister sur l'importance du diagnostic précoce du cancer; dans beaucoup de cas, l'investigation clinique ne fournit que des présomptions, et il faut la compléter par des examens spéciaux (radiologiques, histologiques).
En considérant les troubles qui se manifestent dans l'organisme au cours de l'évolution du cancer, on a pu se demander si l'étude des propriétés du sérum des cancéreux ne permettrait pas de trouver une réaction caractéristique, susceptible d'éclairer le diagnostic dès les premières phases de la maladie.
Diverses méthodes sérologiques ont été appliquées au diagnostic du cancer; en passant en revue les résultats obtenus par les différents auteurs, nous verrons, qu à l'heure actuelle, aucune des réactions préconisées ne paraît avoir un caractère vraiment spécifique.
Nous décrirons ensuite une méthode de séro-diagnostic du cancer proposée par MM. Joseph Thomas et Binetti. La technique de la réaction, qui repose sur la décoloration du bleu de méthylène en milieu réducteur, est d'une grande simplicité; et les résultats obtenus nous paraissent démontrer suffisamment la précision el la valeur de celte méthode pour qu'il soit possible de recourir à ses indications pour éclairer le diagnostic
clinique.
RÉACTION D'ABDERHALDEN
L'application de la méthode d'Abderhalden au sérodiagnostic des tumeurs a fait l'objet de nombreuses recherches dont les résultats sont loin de concorder.
Epstein (1) a obtenu dans 37 cas de cancers certains, 36 réactions positives, alors que dans 47 cas d'affections diverses non cancéreuses, la réaction s’est toujours montrée négative.
Markus (2), Ludke (3), Guggenheimer (4) ont oblenu un pourcentage élevé de résultats positifs.
D'après Érpicum (5), la réaction s'est montrée positive dans 42 cas de tumeurs malignes (épithéliomes et sarcomes) et négative dans tous les cas de tumeurs bénignes.
Saint-Léger Brokman (6), Lowy (7), Bruynoghe (8) Carles et Lousteau (9) arrivent à des résultats analogues.
(1) Erstein. Berliner klinische Wochenschrift, 28 avril 1913.
(2) Markus. Berliner klinische Wochenschrift, 28 avril 1913.
(3) Lupke Gazetle des Hôpitaux, 10 juin 1913.
(4) GUGGENHEIMER. 31° Congrès allemand de médecine interne, Wiesbaden, avril 19:4,
(5) Erpicum. Presse médicale, 24 janvier 1914.
(6) SAINT LÉGER BrokmaAx. The Lancet, 15 novembre 1913.
(7) Lowy. Journal of the American medical Association, 1 février 1944.
(8) BruyN\oGHE. /ieoue médicale de Louvain, 30 octobre et 15 novembre 1913.
(9) CarLes ET LousrEAU. Société de médecine et de chirurgie de Bordeaux,
27 mars 1914.
AD
Mais un grand nombre d'auteurs sont beaucoup moins affirmatifs sur la valeur de la méthode :
Evler (1) trouve une réaction positive sur trois cas d'affections non cancéreuses.
Deutsch et Kohler {2) signalent 6 résultats négatifs dans des cas certains de cancer.
Heimann (35) est d'avis que les résultats de la méthode sont moins sûrs que dans le diagnostic de la grossesse.
Frankel (4) avec 40 sérums de cancéreux n'obtient que 13 réactions positives; el avec 77 sérums de malades non cancéreux, il obtient 21 résultats positifs et 56 négatifs.
Stephan (5), après examen de 380 sérums cancéreux, conclut que la méthode d’Abderhalden ne permet pas à l'heure actuelle d'établir fermement le diagnostic de cancer.
N. Fiessinger, W. OEttinger et P.-L. Marie (6) obtiennent dans les cas de cancer certain une proportion de réactions posilives d'environ 61 p. 100 et 39 p. 100 de réactions négatives; au cours d’affections diverses non cancéreuses, la proportion des réactions positives est de 32 p. 100, celle des réactions négalives de 68 p. 100.
En résumé, la réaction d'Abderhalden ne parait pas, à
(1) Evier. Deutsche medizinische Wochenschrift, 14 août 1913.
@) Deurscux gr KouLer. Münchner medizinische Wochenschrift, 1913, n° 45. (3) Herman. Münchner medizinische Wockhenschrift, 1913, n° 17.
(4) FRANKEL. Deutsche medizinische Wochenschrift, 19 mars 1914.
(5) SrEPHAN. Münchner medizinische Wochenschrift, 1914, n° 15.
(6) N. FiEssiNGEr, W. ŒrrinGer gr P.-L. Marie. Société médicale des hopilaux, juin 1914.