‹ Contribution À L'Étude Du Shock ObstetricalChapitre 12 sur 13 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

OBSERVATION I (inédite)

due à l’obligeance des docteurs CATTEAU et MERCIER

Le dimanche 31 décembre 1939, à 14 heures, le médecin lieutenant C..., remplaçant le docteur M... est appelé à B.. par une sage-femme de C.…. pour des accidents consécutifs à un accouchement.

La parturiente est une primipare de 26 ans d’une excellente santé, sans antécédents morbides notables. Elle est la troisième d’une famille de cinq filles, toutes en bonne santé, et dont deux ont eu chacune deux accouchements normaux. Le père et la mère sont bien portants. La grossesse a été absolument normale, avec un peu de vomissements et pas d’albumine dans les urines. Au point de vue psychique : tempérament nerveux. (Il est à noter que le mari réformé ayant été pris bon par le conseil de révision le jour précédent, son épouse en fut très affectée, car ils venaient de reprendre la ferme paternelle.)

A l’examen, l’utérus est normal comme volume et comme consistance. La présentation, une O.I.G.A., était des plus favorables. Le début du travail eut lieu vers 9 heures et demie. La rupture de la poche des eaux se fit

au Cours du travail, la dilatation à environ cinq francs.

RE

La femme accouche sans difficulté à 13 heures d’une fille bien portante. La délivrance eut lieu une demi-heure

après et l’accouchée ne perdit qu’une quantité normale de sang.

Mais c’est aussitôt après la délivrance que commence le drame. L’accouchée ressent un malaise indéfinissable. Elle est agitée, a soif d’air, son facies se décolore. Son pouls est petit, irrégulier. Le docteur C.. n'ayant pas constaté de gros traumatisme, après avoir fait une révision utérine rapide, institue un traitement anti-shock : adrénaline en instillations nasales, sérum physiologique adrénaliné (2 mmzgr. d’adrénaline pour 500 gr. de sérum) en injection intraveineuse, plus 15 cc. de solucamphre intraveineux. La durée de passage du sérum a été de trente minutes. Aussitôt après, on constate une amélioration assez sensible. Le pouls est revenu à 95. Le docteur C..., un peu rassuré, quitte la malade. Il est rappelé une deuxième fois vers 16 heures, le docteur M... Paccompagne. L'amélioration n’avait duré que vingt minutes après son départ, et cette fois l’état de l’accouchée est encore plus alarmant : ellé est agitée, anxieuse; le pouls est incomptable, le faciès complètement décoloré (la tension artérielle n’a pas été prise). On songe à faire une transfusion, mais étant données les circonstances de la guerre, les centres organisés n’existant plus, elle se révèle impossible. On institue le même traitement que précédemment : 500 gr. de sérum adrénaliné intraveineux (durée de passage de trente minutes, et 10 cm3 de

solucamphre intraveineux).

Une nouvelle amélioration se produit. Au bout de vingt

Ve

minutes, la malade est redevenue calme, son pouls est descendu à 114.

Elle éprouve le besoin de dormir et paraît se reposer. Les docteurs C.….. et M... se retirent. Mais, en réalité, ce ne fut qu’une amélioration passagère : la malade tomba progressivement dans le coma pour s’éteindre vers

19 heures.

‘OBSERVATION II (inédite)

due à l’obligeance de M. le Professeur agrégé DUTHOIT, de la Faculté de Médecine de Lille

Mme D... a eu quatre accouchements antérieurs sans incident, en 1924, 1926, 1927, 1930. Elle n’a présenté aucun antécédent pathologique valant la peine d’être retenu. C’est une femme de santé superbe et vigoureuse. Cependant, en janvier 1932, elle a fait une fausse-couche de deux mois après laquelle, durant deux heures, elle ne s’est pas sentie très bien. Elle présenta des malaises, de ‘la défaillance n’allant pas toutefois jusqu’à la syncope. Son pouls était rapide et petitement frappé; par ailleurs, elle n’eut aucune hémorragie. à

Après cet état qualifié de petit shock par le docteur B..., sa santé redevint normale, elle n’eut pas de température, mais elle resta fatiguée pendant quinze à vingt jours. Par la suite, l’état général resta excellent. La tension artérielle, prise au Vaquez, était de 13-8.

La cinquième grossesse commença en novembre 1933. Aucun incident n’eut lieu au cours de celle-ci et Mme D...

resta très active jusqu’au dernier jour; le 25 août, elle

fit encore des courses en ville. Le 26 août 1934, à 7 heures, c’est le début du travail. ee

La parturiente est frileuse, contrairement à l’habitude, elle demande qu’on la réchauffe et qu’on la couvre bien, et cependant la journée est belle et chaude. Le travail se poursuit sans incident et une fille est mise au monde à 10 heures. L'enfant pèse 4 kg.

La délivrance s'effectue normalement dans les vingt minutes qui suivent, ii n'y à pas d’hémorragie. On donne à la maman son bébé qu'elle tient un instant dans ses bras; mais, aiors que l’on s’apprète à prendre une coupe de champagne vers 10 h. 30, l’accouchée se plaint de malaises comme en janvier 1932 lors de sa fausse-couche. Un ne constate pas d'hémorragie, le pouis est rapide, assez petit, la iension artérielle 12-8.

Le massage utérin est pratique, mais ie globe de süûreté est là. On exerce une pression abdominale continue et on fait des injections de tonicardiaques : camphre, caïéine, éther, adrénaline. L’accouchée présente alors des alternatives de mieux et d’aggravation. Elle signale une pesanteur avec engourdissement des membres inférieurs. « Mes jambes sont mortes », dit-elle. La tension artérielle est de 10-7. À un moment donné, Mine D... est prise d'angoisse, elle s’assied sur le lit: vers 11 heures, elle a la sensation d’étouffer. « Faites quelque chose, dit-ellé, je vais mourir, ne me laissez pas ainsi. » Le docteur D... et le docteur B... ne se rendent pas encore bien compte de l'atrocité du drame qu’ils vivent. Cette sensation d’angoisse indicible avec impression de mort imminente se produit deux ou trois fois, pendant laquelle Mme D s’assied sur son lit. Son mari essaie de la calmer douce-

ment, croyant qu’elle s'inquiète sans raison suffisante.

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Il n’y a toujours aucune hémorragie. Le pouls est rapide, petit, la tension artérielle n’a plus été prise, puis, brusquement, vers 11 h. 30, l’accouchée devient subitement très pâle, sa face devient exsangue, sa langue blanche, comme vidée de sang, et, en quelques instants, Mme D... meurt. On pratique une injection intracardiaque d’adrénaline, mais tous les efforts des praticiens restent vains.

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