‹ Contribution à l'Étude du Syndrome de Raynaud: Son TraitementChapitre 5 sur 37 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Le syndrome décrit par M. Raynaud dans sa thèse inaugurale et les mémoires qui l’ont suivie et qui fut appelé tout d’abord « asphyxie locale et gangrène symétrique des extrémités » (1862) est communément appelé aujourd'hui du nom de son auteur : « c'est la maladie de Raynaud ».

Cette dernière dénomination réalise une erreur nosologique dont la conséquence logique et déplorable consiste à rechercher

‘la pierre philosophale du traitement spécifique d'une maladie qui n’existe pas.

S'il est bien entendu qu'une maladie est une entité morbide reposant sur le trépied solide de manifestations cliniques susceptibles d’un groupement objectif, de lésions de même nature et surtout d’une cause toujours identique, reconnaissons que la mâladie de Raynaud, elle, groupe des états morbides fort divers et appartenant souvent à d’autres maladies. Ges manifestations

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cliniques exceptées, il manque à ce syndrome tous les autres éléments nécessaires à une maladie bien définie.

Cette notion nosologique fort élémentaire est trop souvent méconnue, puisque chaque année on voit apparaître des publications relatives au traitement spécifique de la maladie de Raynaud. Pour pouvoir parler du traitement spécifique d’une affection morbide, il faut avoir affaire à une espèce clinique bien définie, relevant d'une cause spécifique toujours la même. S'il s’agit, au contraire, d'un syndrome clinique appartenant à des causes multiples, Les indications thérapeutiques ne pourront être posées que d’après la connaissance du mécanisme physiopathologique dudit syndrome et qu'après la connaissance précise de la cause initiale. Éventuellement, si cette cause possède un traitement spécifique, la mise en pratique de ce traitement s’ensuivra rationnellement.

Faute d'établir ces étapes logiques dans le diagnostic, on s'expose à ne pratiquer que des thérapeutiques au petit bonheur pour le plus grand malheur des patients.

La rénovation merveilleuse de la médecine sous l'influence des doctrines pasteuriennes, les notions primordiales de la spé- cificité morbide avec ses prodigieuses conséquences thérapeutiques ont exercé sur les esprits une emprise d'autant plus profonde qu'elles ont tout simplifié et réduit nos conceptions à quelques règles élémentaires n’exigeant qu'un effort intellectuel relativement restreint, constituant en conséquence, et fort facilement, un état d'esprit rappelant paradoxalement ce « mol oreiller » dont parlait Montaigne et pouvant aboutir à cette déplorable thérapeutique d'équation si justement reprochée à la médecine symptomatique.

Le penser médical clinique implique actuellement une conception plus complexe, un état d'esprit plus judicieux. Nul exemple n’est plus démonstratif à ce point de vue que l'étude succincte du syndrome de Raynaud.

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