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LES FIBRES NERVEUSES

Nous nous proposons d'étudier dans ce chapitre la distribution topographique des fibres nerveuses. Notre introduction historique, où nous avons résumé l'opinion des principaux auteurs qui ont étudié l’histologie des centres nerveux des Invertébrés, a montré quelles sont les questions qui sont en ce moment à l’ordre du jour. On est arrivé à démontrer plusieurs points importants : 4° les cellules nerveuses ne s'anastomosent point au moyen de leurs fibres nerveuses, et chaque cellule, envisagée avec l’ensemble de ses fibres, constitue un élément distinct et indépendant, ce qu'on appelle aujourd’hui un neurome; % certaines cellules — les cellules motrices — envoient leurs prolongements directement dans les nerfs périphériques ou dans les connectifs; 3 d’autres cellules — les cellules sensorielles — envoient leurs prolongements dans la substance ponctuée, où ils se résolvent en une arborisalion terminale.

Pour étudier ces différentes questions chez les Insectes, on peut employer les trois méthodes que nous avons déjà eu l’occasion de signaler plusieurs fois : la méthode de Golgi, celle d'Ehrlich, celle de Viallanes. Nous ne parlerons point de la méthode de Golgi, parce que nous n’avons pas encore réussi à en obtenir des résullals satisfaisants; mais nous parlerons des deux autres méthodes, que nous avons eu l'occasion d'employer et de comparer l'une à l'autre.

Nous traiterons sous deux chefs distincts l'étude de l'Écrevisse et celle de différents Insectes.

Ecrevisse. — Notre attention a été attirée sur le système nerveux de l’Écrevisse par les beaux travaux de Retzius, et en particulier par les planches à grande échelle où cet auteur a figuré les cellules et les fibres contenues dans les différents ganglions de ce Crustacé. On ne peut s'empêcher, à l'examen de ces planches, de faire la supposition qu'elles présentent en quelque sorte une beauté toute schématique. Mais si on s'astreint à répéter les expériences de Retzius, en suivant pas à pas la marche qu'il a pris soin d'indiquer, on ne

AN tarde pas à obtenir des préparations à peu près équivalentes aux siennes.

Les colorations que j'ai obtenues sur les ganglions de l’Écrevisse rappellent d’une manière frappante celles qui sont figurées par Retzius, et si en général elles sont plus pauvres en détail, cela tient évidemment à ce que les figures de Retzius sont des synthèses où il à rénni les faits recueillis au moyen de nombreuses séries de préparations.

Il est important d'ajouter tout de suite que si on traite les mêmes ganglions par la méthode de Viallanes, on obtient des résultats qui sur certains points confirment les précédents, et sur d’autres points sont en désaccord. Le premier point qui frappe en regardant une préparation par le bleu de méthylène, c’est que les éléments colorés par le bleu, les cellules et les fibres, laissent entre eux des espaces vides, et ne sont point juxtaposés, contigus, serrés les uns contre les autres. Les ganglions dessinés par Retzius, qui sont loin d’être remplis par les éléments histologiques, ne font que reproduire exactement ce que l’on voit au microscope. Or, si l’on examine, dans le but de faire une comparaison, un ganglion traité par la méthode de Viallanes, et débité en coupes minces, on constate qu'au contraire les cellules nerveuses sont contiguës, en contact direct les unes avec les autres et souvent même se déforment par pression réciproque; ce que nous disons des cellules, on peut le répéter des fibres. L'aspect de l'ensemble des éléments est donc tout autre dans les deux genres de préparation, et comme il va sans dire qu’on doit accorder plus de créance à une préparation permanente et Lrès fine, qu’à l'aspect in toto d’un ganglion vu par transparence et contenant des colorations fugitives, on est amené logiquement à cette conclusion que dans la mêthode d'Ebrlich tous les éléments nerveux ne sont point colorés; on constate du reste dans les meilleures préparations que quelques-uns des éléments sont colorés très vivement, et d’autres le sont avec moins d'intensité; il est naturel d'ajouter qu'un grand nombre doivent rester incolores.

Un autre fait qui appartient au même ordre d'idées mérite d'être signalé ici. Lorsqu'on examine des coupes des centres nerveux d'Écrevisse traitées par la méthode de Viallanes, on remarque que la plupart des cellules volumineuses sont groupées par deux; elles sont juxtaposées, et dirigent dans le même sens leur faisceau de

fibres; les deux faisceaux restent accolés l'un à l’autre en traversant la substance ponctuée du ganglion. Or, cette disposition si caractéristique n’est signalée nulle part dans les figures de Retzius.

De cet ensemble de faits, je crois pouvoir conclure que la méthode du bleu de méthylène ne donne pas une notion complète sur le contenu d’un ganglion nerveux; elle colore seulement une partie des éléments, ce qui a précisément pour résultat de donner des images claires et frappantes, et d'aspect un peu schématique. Pour cette raison, on ne doit se contenter en aucun cas de décrire un ganglion en employant cette seule technique.

Nous arrivons maintenant au point important : au mode de terminaison des cylindres-axes émanés des cellules nerveuses. Nous n'avons réussi à suivre, soit par la méthode d’Ebrlich, soit par la méthode de Viallanes, que les fibres émanées des plus grosses cellules. Or, ces deux méthodes nous ont montré que la grande majorité des fibres nerveuses pouvant être suivies se rendent dans les connectifs et passent de là, très probablement, dans un ganglion voisin. Nous avons pu suivre un prolongement cylindre-axile émané d’une cellule du quatrième ganglion abdominal : ce prolongement traverse, d'avant en arrière, sans s’y arrêter, les connectifs, le cinquième ganglion abdominal, et vient se perdre (?) dans le dernier ganglion abdominal.

Insectes. — Nous avons traité par la méthode d'Ehrlich un grand nombre de systèmes nerveux d’Insectes; nous avons fait principalement une étude détaillée du système nerveux de la Blatte (les deux espèces, Blatta germanica et Blatta orientalis) en employant des injections de solution à 1/100. Après cinq ou six heures, l'animal est sacrifié, et son système nerveux est examiné dans la glycérine.

Pour l'étude du ganglion d’Insecte au moyen de la méthode d'Ehrlich, la présence des trachées constitue un sérieux obstacle, etempêche souvent de connaître le trajet exact des fibres nerveuses.

Les trachées ne se colorent point par le bleu de méthylène comme le font les fibres nerveuses, et aucune confusion n’est possible de ce fait, confusion qui au contraire se produit assez facilement dans l'interprétation des coupes après fixation par l'acide osmique. Les inconvénients qui naissent de la présence des trachées viennent de ce que les trachées recouvrent le ganglion et forment écran; les gros troncs trachéens sont situés à l'émergence des nerfs, el se répandent de là sur la surface externe du ganglion.

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Un grand nombre de cellules conjonctives se trouvent en contact direct avec les trachées, embrassent le tronc de ces trachées ou sont placées à califourchon entre deux branches.

Nous résumerons les observations que nous avons faites sur les nerfs, les connectifs et les cellules.

Nerfs. — L'étude des ganglions de la chaîne abdominale montre d’abord un fait général qui reste peu visible dans les coupes en série; c’est que chaque nerf abdominal se divise nettement, après son entrée dans le ganglion, en deux racines : l’une de ces racines se rend dans le ganglion même, où le faisceau nerveux se résout en fibrilles; l’autre faisceau ne fait que traverser ce ganglion et remonte dans les connectifs pour se rendre dans les ganglions placés antérieurement. Cette disposition importante se répète dans tous les ganglions de la chaîne abdominale, le dernier compris; nous n’avons jamais rencontré de faisceau ayant un trajet inverse, et se rendant du nerf abdominal du quatrième ganglion par exemple au cinquième ganglion.

Dans la figure 1 (texte), et qui représente le dernier ganglion abdominal de la grande Blatte, on peut voir que l’un des nerfs a deux racines, dont l’une se dirige vers l'intérieur du ganglion, et dont l’autre remonte par les connectifs. Le dessin de n'importe quel ganglion abdominal nous montrerait la même distribution de deux racines.

Dans les ganglions thoraciques, la distribution des racines des nerfs à l’intérieur des ganglions présente une particularité curieuse ; les racines de deux nerfs voisins se croisent à angle droit, et forment une sorte de treillis dont on voit nettement les différents plans, en mettant au point avec le microscope pour des hauteurs différentes (fig. 2 du texte).

Le calibre des nerfs varie beaucoup; il en est quelques-uns qui sont très grêles, d’autres sont plus volumineux; leur calibre ne reste pas constamment le même. Quelques nerfs périphériques, après avoir pénétré dans le ganglion, s’y épaississent et se lerminent en massue. Ayant rencontré cette apparence à plusieurs reprises chez des animaux différents, nous croyons devoir la signaler, mais nous ne sommes pas en mesure de l'interpréter.

Connectifs. — Un grand nombre de connectifs, le plus grand nombre, traversent les ganglions dans le sens antéro-postérieur sans s'y arrêter; c’est ce que l’on voit nettement dans les ganglions

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abdominaux; quelques-uns des connectifs, comme nous l'avons déjà dit, se rendent dans les nerfs périphériques du thorax et de l'abdomen; ces connectifs proviennent de ganglions antérieurs. Quelques connectifs se croisent dans l’intérieur du ganglion, de sorte que celui de droite passe dans le connectif gauche et celui de gauche dans le connectif de droite (fig. 2 du texte).

Fig. 1. — Dernier ganglion abdominal de Ælatta orientalis.

Enfin, on peut remarquer que certains connectifs doubles se réunissent sur la ligne médiane pour former un tronc unique (fig. 10, pl. I), disposition dont on trouve l'équivalent dans le système nerveux de l'Écrevisse.

Le mode de terminaison exact des connectifs dans l’intérieur des ganglions est difficile à déterminer; dans certaines préparations (fig. 2 du texte), on voit des nerfs de grande dimension qui se terminent brusquement; d’autres nerfs se terminent par des ramifications très fines. La question est de savoir si ce sont là des termi-

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