A TOUS CEUX QUI MONT TEMOIGNE QUELQUE SYMPATHIE
Je dédie cette thèse.
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Introduction
Au cours d’un séjour dans son service, M. le Docteur Lévi-Valensi nous entretint sur le rôle considérable que joue le système réticulo-endothélial dans nombre de maladies infectieuses et chroniques, et nous confia le soin de reprendre certaines expériences de blocage en vue de létablissement de la pathogénie de certains accès pernicieux palustres. Il nous montra également les résultats encourageants qu’apportent certaines méthodes colorimétriques dans l’étude du pronostic de la tuberculose en particulier. Nous avons ainsi été progressivement amené à faire une revue critique des travaux récents, surtout allemands et italiens, sur le système réticulo-endothélial.
Nous n'avions pas plutôt abordé le dépouillement de l’abondante bibliographie du sujet, que nous avions l'impression d’être sur un terrain glissant : absence de définitions précises, insuffisance notoire des méthodes d'investigation, intervention du système dans la constitution du terrain biologique encore si mal connu et dans les processus les plus délicats de la vie.
Nous avons rapidement donné notre adhésion à la thèse qui nous semble la plus plausible, parce
que la plus simple et la plus générale : le système réticulo-endothélial n’est que laspect fonctionnel du tissu conjonctif et toutes les propriétés qu’on lui attribue ne sont en définitive que celles de la cellule conjonctive jeune, si riche en avenir. Dès lors, système réticulo-endothélial et tissu conjonctif sont deux termes étroitement liés l’un à Pautre, le premier ayant un sens dynamique, le second, statique.
Nous avons montré, en premier, les diverses étapes de l’évolution du concept : observations isolées du début, synthèse d’Aschoff qui en fait un système aux limites étroites, rectifiée par la conception de Siegmund qui établit l'identité entre le système RE et le conjonctif. Nous montrons dans un chapitre d'anatomie microscopique les multiples formes que peut prendre la cellule conjonctive jeune en activité. Nous retrouvons ces diverses formes au cours de létude de leurs missions : sanguiformative, pexique, métabolique, défensive dans un chapitre sur la physiologie du système, avec de fréquents rappels pathologiques. Nous avons consacré un chapitre spécial aux méthodes colorimétriques, et un autre, au rôle du SRE dans les défenses cellulaires et humorales de l’organisme.
Nous avons en dernier lieu tenté de montrer les signes de réaction ou de souffrance du système RE dans trois maladies particulièrement fréquentes en Algérie, sur les conseils de M. le Docteur Lévi-Valensi, et suivant l'exemple donné par Mallory dans la fièvre typhoiïde.
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Historique
La notion de système réticulo-endothélial n’est pas une innovation. Elle est l’aboutissant normal d’une série de travaux effectués depuis plus de cinquante ans dans les branches les plus variées de la Biologie. Son étude a procédé par étapes successives.
Déjà en 1860, Virchow, recherchant l’avenir des grains de tatouage et des particules poussiéreuses fixées dans le poumon, avait noté que ces éléments sont fixés dans les ganglions lymphatiques, et plus particulièrement dans les cellules réticulées de ces organes. Langerhans, utilisant des poussières fines de vermillon, avait fait des constatations identiques quand il les introduisait dans le tissu conjonctif. Au contraire, il constatait que ces poussières introduites par voie veineuse se fixent sur d’autres viscères que les ganglions. Dubar et Rémy, étudiant les dispositions anatomiques des vaisseaux lymphatiques au moyen d’injections intrapéritonéales de bleu de Prusse, voyait ce produit se fixer sur l’endothélium des lymphatiques afférents du ganglion, et sur les éléments étoilés du follicule lymphoïde. Telles étaient les premières constatations sur la fixation des corps étrangers dans les relais lymphatiques.
Ranvier, examinant, vers 1885, les éléments anatomiques de la sérosité péritonéale et de la lymphe, trouve au milieu des cellules conjonctives banales des éléments libres, à protoplasma granuleux, à noyau ovale, très arborisés avec des extrémités qui paraissent souvent fragmentées, pouvant phagociter les corps étrangers, et qu’il appelle clasmatocytes, pensant que ce pouvaient être des leucocytes transformés. Il constate d’ailleurs la transmutation des cellules lymphatiques en elasmatocytes in vivo et in vitro, dans certaines circonstances, au cours de certaines irritations.
Metchnikoff, dans son traité de l’Inflammation paru en 1892 et dans diverses publications, apporte: une contribution extrêmement importante à la connaissance des défenses de l’organisme. Reprenant certains groupes cellulaires du sang ou du tissu conjonctif, il les classe suivant leur rôle en microphages — les polynucléaires — et en macrophages, phagocytes mobiles ou fixes du sang, de la rate, du péritoine, des ganglions lymphatiques. Il précise les conditions du phénomène de la phagocytose : les tactismes, qui attirent la cellule phagocytaire vers la proie : lenclavement, puis la digestion intraprotoplasmique. À l’encontre des idées admises à l’époque, de Waldevyer, de Robert Koch et d’autres biologistes de grand renom qui pensaient que les phagocytes n'étaient que des vecteurs inertes, voire même des milieux de culture favorables aux germes, il montra que ces cellules jouent un rôle actif dans la destruction des microbes, et qu’elles engendrent des substances
protectrices se déversant dans les humeurs de lorganisme. Parti d’un concept zoologique, il donna, par la méthode comparative, une explication rationnelle de l’immunité basée sur la biologie des phagocytes, suivant des lois générales qui sont toujours les mêmes, qu'il s'agisse de débris cellulaires, de microbes, de poisons ou de corps étrangers. Génial créateur d’une doctrine qui n’a sensiblement pas ‘arié dans ses grandes lignes, Metchnikoff entraîna à sa suite une foule de chercheurs. C’est à ce titre qu'il doit être considéré comme le père du grand système macrophagique qui fait l’objet de notre modeste travail.
Werigo, en 1894, injectant des bactéries charbonneuses dans les veines du lapin, note en moins de trois minutes un encombrement des cellules protectrices, en particulier des cellules étoilées du foie. Ces expériences de blocage à l’aide de microbes ont été reprises depuis avec des germes, virus et vaccins très divers, et mettent en évidence le phénomène de la bactériopexie.
Mallory, en 1896, dans une étude très poussée de l'anatomie pathologique de la fièvre typhoïde, montra que les cellules tvphiques des plaques de Payer, des ganglions lymphatiques, de la rate et du foie, se sont mobilisées pour les besoins de la défense à partir des endothéliums des vaisseaux lymphatiques et sanguins. Il retrouva les leucocytes endothéliaux, suivant sa terminologie, en migration dans les canaux lymphatiques, dans le canal thoracique, dans les capillaires sanguins, dans les poumons. Il mettait ainsi en évidence la transfor-
Rep e
mation et la migration d'éléments endothéliaux. Deux ans plus tard, Marchand montra que la cellule adventitielle périvasculaire peut, en cas d’inflammation, se comporter en macrophage. Des constatations du même ordre seront encore faites par Dominici en 1902, Weindenreich en 1911, Darier, Maximow, qui nous décriront des cellules conjonctives banales capables en cas de besoin de l'organisme de se métamorphoser en éléments migrateurs et phagocytaires. Ainsi s’édifiera la conception du mésenchyme, tissu d’attente à grande potentialité, capable de donner naissance à des formes très diverses, à propriétés multiples, variables suivant les circonstances.
En 1899, Kupffer, dans un important mémoire, vient démontrer que les cellules étoilées qui portent désormais son nom, ne sont pas de vulgaires éléments de soutien, mais des cellules douées de propriétés phagocvytaires intenses, donnant ainsi une base solide aux constatations antérieures de Werigo.
En 1904, Ribbert publie ses travaux sur la coloration vitale, qui consiste en la fixation de particules colorées par des éléments spécialisés de l'organisme, in vivo. Injectant du carmin lithiné par voie intraveineuse à un animal, il constate que le colorant n’est pas entièrement éliminé par les émonctoires : l'organisme en retient une certaine partie dans des cellules dites chromophiles du foie, de la rate, des vaisseaux, de la médullo-surrénale, du mésenchyme et du sang. Cette méthode est bientôt utilisée dans un but thérapeutique ou d’investi-
gation par Galeotti, Bouffard (1906), Goldmann (1909) : ce dernier auteur montre d’une part l’identité des formes qui se colorent vitalement avec les espèces morphologiques décrites par Ranvier, Metchnikoff, Marchand, Dominici, et d'autre part les variations d'intensité de la coloration vitale en fonction des états physiologiques ou morbides. Nous trouvons là l’origine des méthodes modernes d’investigation avec des colorants colloïdaux en vue de la détermination de la valeur fonctionnelle du système, et du pronostic qui en découle. Goldmann attribue encore aux éléments chromophiles un rôle important dans les métabolismes et les activités glandulaires endocriniennes. Il confirme ainsi les idées de Metchnikoff et celles de Renault qui, en 1907, découvrant la cellule rhagiocrine, élaborait sa belle théorie du tissu conjonctif, glande à sécrétion interne. Goldmann constate également par la coloration vitale que tous les constituants du tubercule sont chromophiles, sauf peut-être les cellules lymphoiïdes et les plasmocytes : les bacilles de Koch sont exclusivement phagocytés par les cellules chargées de colorant. Ainsi se dessine la série si intéressante des recherches expérimentales sur le rôle du système macrophagique dans les maladies infectieuses et parasitaires et dans les métabolismes.
Dès 1910, Josselin de Jong et Siegenbeck Van Heukelom apportent la preuve que les cellules vacuolaires trouvées dans les rates gaucheriennes, chargées de substances se rapprochant de la lécithine, sont d’origine réticulaire. En 1913, Mac Nee,
reprenant les vieilles expériences de Minkowski £ Naunyn, qui tendaient à prouver que la bile est créée dans le foie, montre que ce n’est pas dans ce viscère, mais dans les éléments réticulés du foie et de la rate que s’élabore le pigment biliaire. On a depuis continué ces recherches et montré que la biligénèse tissulaire est une réalité, étroitement apparentée au phénomène de l’hémolyse.
En 1914, Borrel apporte des faits entièrement superposables, bien que son point de départ fut différent. Il met en évidence le réseau trophique de la peau, le plan pigmentaire, siège de nombreux métabolisme jusqu'alors attribués à lépithélium cutané, et montre la circulation de cellules à celiules interposées entre les capillaires sanguins et lépithélium de la peau, démonstration confirmée depuis par Masson en 1921.
De leur côté, Aschoff et ses collaborateurs allemands et japonais, Landau, Nakanoiïin, Kivono, s'étaient mis à l’œuvre dès 1914. Ils portaient leurs vues sur les éléments chromophiles du tissu conjonctif et s’attachaïent à les différencier des cellules banales, démontrant que ce sont des éléments peu définis, distincts des cellules conjonctives ordinaires, répondant aux formes décrites depuis longtemps par les histologistes de la première heure, sous des noms divers. En vue d’une unification, ils ont créé le terme général dhistiocyte. Ces auteurs attiraient l'attention sur le fait que les histiocytes existent chez tous les vertébrés, que leur origine est endothéliale, qu’elles sont fusiformes ou rameuses, avec des prolongements délicats, malgré une
grande variété morphologique. Dans certaines conditions, ces cellules peuvent se mobiliser, se charger de pigments, de corps étrangers, de cholestérine et de graisse, de colorants vitaux. Ces travaux d’unification, interrompus par la grande guerre, mènent progressivement Aschoff à associer toutes ces formes hétérogènes en une famille autochtone de cellules douées de propriétés communes dont les deux principales sont la grande activité phagocytaire et la capacité sanguiformative. Pour singulariser ce faisceau d'éléments disparates reliés par des propriétés constitutives, évolutives et physiologiques communes, Aschoff a créé le terme de système réticulo-endothélial. Kiyono et Nakanoïin préfèrent celui de système histiocytaire.
Synthèse féconde, mais qui fut accueillie de façons très diverses. Combattue par certains qui n’en voyaient pas bien les limites, elle eut une grande popularité auprès de beaucoup de chercheurs. Dès 1921, Lubarsch v incorpore les cellules gliales, les cellules réticulaires du thymus, certaines cellules contenant du fer, les cellules périvasculaires de différents organes tels que Ie testicule, le rein, les capsules surrénales, le pancréas. Goldmann y ajoute la cellule interstitielle du testicule; Wassermann, les cellules graisseuses, Oberling, les cellules pigmentaires. Carrel et Argaud nhésitent pas à déclarer de même nature les cellules du revêtement alvéolaire du poumon que Todd, Bowmann, Rainey, Zinker, Villemin, il y'a plus de cinquante ans, Policard en 1924, reconnaissaient de nature mésenchymateuse.
D'ailleurs, au cours de ces dernières années le SRE n’a cessé de manifester sa vitalité surtout à l'étranger, malgré de sévères critiques. Chaque année on l’enrichit de nouveaux éléments, on lui ajoute de nouvelles fonctions, et il est bien peu de métabolismes dans lesquels son intervention ne soit pas invoquée. La tendance actuelle, à la suite des travaux de Siegmund, est de ne plus délimiter étroitement le SRE comme l'avaient fait les premiers synthétistes. On le confond volontiers avec le tissu conjonctif dont il n’est qu’un des aspects. C’est l'appareil métabolique du tissu conjonctif.
Pendant ces dernières années, les biologistes ont surtout étudié la participation du système histiocytaire dans les maladies infectieuses ou parasitaires, comme organe essentiel des défenses de lorganisme. Dès 1924, Rosenthal, Saxl et Donath, Adler et Reimann ont tenté, par des méthodes colorimétriques, d'étudier les relations qui existent entre l’état fonctionnel du système réticulo-endothélial et les réactions de lorganisme infecté, et d'apporter ainsi un élément de pronostic à peu près certain dans les maladies infectieuses. Ces méthodes ont été reprises par Dieryck qui leur & donné des bases expérimentales précises avant de les livrer à la clinique courante. Ainsi, les travaux modernes, montrant l'intervention du système hisüocytaire dans les processus d’immunité, tendent à en faire un organe de défense par excellence et légitimement son étude de plus en plus poussée dans les maladies infectieuses.