‹ Contribution à l'étude du Système Réticulo-Endothélial et de son comportement au cours de certaines maladies infectieuses ou parasitairesChapitre 21 sur 81 · LES ÉLÉMENTS DE SOUTIEN · texte numérisé non relu

LES ÉLÉMENTS DE SOUTIEN

Les éléments de soutien des organes héin: ‘opoiétiques ont un rôle statique connu depuis longtemp. Is constituent la charpente dans les interstices de laquelle sont logés ies éléments générateurs des organes sanguiformateurs, le parenchyme. Mais ils ont également un rôle dynamique extrêmement important sur lequel nous tenons à insister.

Leur constitution est identique, à quelques détails près, dans toutes les organes hématopoiétiques : plages lymphoides, plaques de Payer, ganglions Iymphatiques, rate, mœælle osseuse, thymus, etc., etc. Le système de soutènement est, en général, représenté par un réseau délicat qui s'appuie sur une solide charpente émanée de la capsule. Il est tantôt serré, tantôt lâche. C’est souvent une tramule de fibrilles enchevêtrées et anastomosées, de nature collagène ou pré-collagène, avec quelques fines et rares fibrilles élastiques, accompagnées de cellules conjonctives de formes diverses, également ramifiées et anastomosées. Dans les sinus des ganglions lymphatiques, c’est un réseau très lâche, agencé en mailles larges, constitué de fibres conjonctives tendues et réunies en une sorte de filet irrégulier, continues avec celles du réseau parenchymateux et avec celles des travées de soutènement. Des cellules satellites à branches ramifiées et anastomotiques s’observent à leur surface, ou en demeurent indépendantes, étant capables de former à elles seules une partie de la formation eloisonnante. La disposition est sensiblement la même

RG 3 PATES

dans la rate, la mœælle osseuse. Le fait à retenir est la présence au sein de cette charpente de cellules dont les fibres et fibrilles dépendent de cellules réticulaires qui sont des fibroblastes très peu différenciés. Ce sont des éléments jeunes, riches en potentiels, disent Ferrata et Lambin, pouvant évoluer dans des directions multiples sous l’influence de causes normales ou pathologiques, comme l’a bien vu R. Erdmann. En les étudiant bien, on constate en effet que ces cellules réticulaires peuvent présenter des activités très diverses : dans les infections et parasitoses, dans le Kala-Azar par exemple, on voit ces cellules réticulaires se charser de parasites ou de germes, de débris de l’hémolyse, de fragments de globules rouges. Goldmann, au cours de ses expériences de coloration vitale, constate que ces cellules de soutien se chargent de corpuscules colorants. Dans la mœælle osseuse, ce sont elles surtout qui se chargent de graisses et dans certaines maladies dûes à un trouble du métabolisme des lipides, on les voit se transformer en véritables cellules de Gaucher. Au cours des hypercholestérinémies, il n’est pas rare de les trouver bourrées de cristaux de cholestérine et d’éthers de cette substance, et au décours des inflammations, on les voit phagocyter les cellules mortes, les hématies, les lymphocytes, en surnombre. On pense enfin que ce sont ces cellules réticulaires des organes hématopoiétiques qui sécrètent les substances fermentaires telles que la lymphogangline de Marfori, la lipase, les protéases, les anticorps, ete. Mais l’activité des cellules réticu-

RMAASSS

laires ne s'exerce pas seulement dans le sens de la macrophagie, de la sécrétion des ferments, de la pexie des graisses et lipoïdes. On leur reconnaît actuellement un rôle hématopoiétique certain : elles engendrent d’une part les cellules génératrices des diverses lignées hémoleucocytaires (Ferrata, Jolly), et, d'autre part, les monocytes par simple libération.

Les cellules du réseau des organes hématopoiétiqués sont donc non seulement des agents de soutien du parenchyme, mais aussi des éléments doués de vigoureuses propriétés réticulo-endothéliales qui entrent dans le cadre de notre étude.

LE PARENCHYME HEMATOPOÏIÉTIQUE.

Dans les mailles du réseau de soutènement des organes sanguiformateurs, on trouve un véritable fouillis cellulaire, dans lequel on reconnaît des éléments fixes et des éléments mobiles, des éléments autochtones et des éléments venus dailleurs par voie sanguine ou lymphatique, des cellules génératrices, des cellules filles immatures ou complètement évoluées. Leur nature varie avec l’organe considéré : dans les organes lymphoïdes, on y trouve des cellules génératrices, puis des prolymphocytes, des lymphocytes. Dans la mœlle osseuse, à partir des cellules mères, on trouve la lignée rouge et la lignée aboutissant au polynucléaire. On y rencontre en outre des monocytes, des méga- ‘arvocytes, des cellules plasmatiques, etc. Ce sont

CR An.

les cellules génératrices qui doivent le plus attirer notre attention. Leur origine ne semble plus faire de doute actuellement : elles proviennent directement des cellules réticulaires. Elles se divisent dans un sens déterminé, toujours le même chez l'adulte : lymphoide ou myéloïde. Ehrlich y voyait les bases du dualisme leucocytaire. Ses conclusions étaient hâtives en réalité et non conforme aux faits. En effet, on a reconnu depuis que ces cellules-mères, qui donnent par recoupements des lignées lymphoïde ou myéloïde suivant le cas, sont susceptibles d'évoluer dans d’autres sens. Elles sont en réalité polyvalentes, et la pathologie le prouve bien. C’est ainsi que l’on voit dans certaines maladies dites du sang des lymphocytes apparaître dans la moœælle osseuse, des hématies et des polynucléaires dans les organes lymphoiïdes. Ce fait est également constaté dans certaines parasitoses comme le Kala- Azar. Ces faits sont bien connus et nous n’y insistons pas. Ils nous prouvent simplement que les cellules mères ne sont pas soumises à un déterminisme étroit et qu’elles sont susceptibles d'évoluer dans d’autres directions que celles qu’elles suivent généralement. Dans le Kala-Azar, on voit également ces cellules-mères devenir hautement macrophagiques, se bourrer de parasites et cesser de fabriquer des cellules sanguines. Ainsi s'explique lhypoplasie médullaire du Kala-Azar. II y a un balancement entre la propriété macrophagique et la fonction hématopoiétique. Les expériences de coloration vitale montrent en outre que ces cellules-mères peuvent être très chromophiles dans certaines cir-

RL Le

constances. Toutes ces propriétés nous font penser que les cellules matricielles des organes hématopoiétiques sont des cellules conjonctives réticuloendothéliales plus particulièrement spécialisées dans la fabrication d'éléments figurés du sang, mais pouvant rapidement faire retour à l’état embryonnaire. Les cellules sanguines qui en proviennent présentent elles-mêmes des propriétés qui rappellent celles des tissus matriciels : macrophagie, sécrétion de ferments et d'anticorps, neutralisation des poisons, etc. Le globule rouge qui est une des cellules les plus étroitement adaptées à la mission à remplir, est lui-même capable de fixer des poisons et des les neutraliser jusqu’à un certain point.

La théorie uniciste découle de cette étude des organes hématopoiétiques, et trouve sa confirmation dans la mise en évidence de leur nature réticulo-endothéliale. Tout en constatant qu'il est vrai que chez l'adulte normal il y ait une spécialisation de chacune des lignées sanguines, Pappenheim, Dominici, Aubertin et bien d’autres, n’admettent pas que cette spécialisation soit originelle. Les cellules souches embryonnaires et fœtales sont d'abord indifférenciées. Ce sont, avant tout, des cellules mésenchymateuses à gros potentiel, susceptibles d'évoluer dans des directions diverses. C’est ainsi qu'on peut d'expliquer, par un retour à Pétat embryonnaire, lPélaboration indistincte des deux séries leucocytaires par un même groupe de cellules souches au cours de certains états pathologiques, la fixation des colorants vitaux, la macrophagie. Quand on voit apparaître des lymphocytes

dans la moœlle osseuse au cours des leucémics lymphoïdes, il ne s’agit done pas de métastase anato-. mique, mais bien de dynamisation d’éléments restés jeunes, de réveils de potentialités accessoires de la cellule mésenchymateuse. C2 processus est très général, et se constate non seulement au cours des leucémies, mais aussi au cours des anémies pernicieuses graves, après des hémorragies répétées : l'organisme, appauvri en éléments sanguins, fait appel à toutes ses forces sanguiformatives. La genèse normale devenant insuffisante, la régénération met en œuvre des processus atypiques (Ferrata, Nœgeli, Lambin, etc..).

Les relations entre le tissu conjonctif et le sang sont donc étroites. Evidentes chez l'embryon et au cours de certaines maladies, elles ne le sont pas moins chez l'adulte normal, les organes hématopoiétiques n'étant en définitive que des amas de cellules conjonctives n’ayant rien perdu de leurs caractères originels malgré une spécialisation qui peut sembler exclure toute autre propriété.

LEs MONOCYTES.

Si toutes les cellules sanguines, en raison de la nature de leurs cellules-mères, de leurs aptitudes à la phagocytose, à la sécrétion de ferments et d’anticorps et de leur participation dans certains métabolismes, sont de droit des cellules réticulo-endothéliales, il ne faut pas oublier qu’elles ont le plus souvent acquis une individualité qui leur est pro-

Page 1