LE FER
Le système conjonctif réticulo-endothélial, et son amas le plus important, la rate, paraissent intervenir dans le métabolisme de certaines substances minérales telles que le fer, le calcium, le soufre, etc. Il est probable que cette intervention découle de certaines actions plus importantes du système, telles que l’hémolyse, la cytolyse, la phagocytose, la destruction des molécules protéiques, le rôle antitoxique. Ce seraient des sous-produits des grandes fonctions du système.
Le fer des cellules réticulo-endothéliales de la rate provient en majeure partie de l’hémolyse. Mais il semble qu’il provienne aussi de lalimentation. Le fer n’existe pas toujours sous une forme facile à déceler histochimiquement. Alors qu’en colorant les coupes de la rate on ne peut en trouver que de faibles quantités, l’analyse totale des cendres spléniques accuse une grande richesse en fer, environ 7 g. 30 0/00. Il est difficile de dire sous quelle forme chimique et physique il s'y trouve, ct jusqu’à quel point les molécules qui les contien-
nent sont simplifiées dans leur structure. Il est fort probable que le fer existe sous divers états, correspondant à des étapes successives de la äésintégration de l’hémoglobine en produits beaucoup pius simples. Le fer, fortement dissimulé dans l’hématine puis dans les nucléines ferrugineuses et dans la ferratine, ne l’est presque plus dans la ferrine. Cette donnée n’est pas seulement théorique. Les composés dans lesquels le fer conserve les caractères métalliques possèdent à un haut degré le pouvoir oxydant. Or, pour Dastre et Floresco, la presque totalité du fer recueilli par le foie se trouve à Pétat de ferrine. Ce pigment jouerait donc un rôle important en assurant les oxydations. Cette propriété lui permet également son assimilation et sa réutilisation dans les processus de lérythropoièse. À un degré de dégradation de plus, il est entièrement à l’état minéral, sous forme d’hydrate d'oxyde de fer, de sidérine (Quincke), de rubigine (Lapicque et Auscher). Ce fer, libéré sous cette forme par les éléments histiocytaires hémolysants de la rate est phagocyté par les leucocytes et surtout par les histiocytes libres. Chez les animaux dératés, on voit apparaître, après injection de fer médicamenteux, une sidérose intense beaucoup plus marquée que chez les animaux normaux, ce qui tend à prouver que la rate est un élément important dans l'assimilation du fer. Abelous a étudié les modifications que la splénectomie apporte dans la composition minérale des organismes de deux souris splénectomisées avec comparaison sur deux souris témoins de la même portée et de même poids :
après splénectomie et temps suffisant d'attente, il à incinéré les quatre animaux, et il a trouvé une teneur en fer dans les cendres de 1 g. 8 % chez les souris normales, et de 0,8 % chez les souris splénectomisées. « La faible proportion de fer dans les cendres des animaux dératés est remarquable, ct montre bien le rôle important de la rate dans le métabolisme du fer. Si on examine les hypothèses possibles sur la nature de l'intervention de la rate, il apparaît probable qu’au tissu réticulo-endothélial est dévolu une fonction particulière dans l’assimilation et la fixation de tels éléments spéciaux, comme le fer, le potassium, le calcium. » (Abelous). A côté de la rate viennent le foie, où l’accumulation du fer se fait tant dans les cellules de Kupffer que dans les cellules hépatiques proprement dites, puis les ganglions lymphatiques et la mœlle osseuse. En 1927, Leites et Rabiow ont bien montré l’importance du système dans le métabolisme du fer : ces auteurs bloquaient le système par des injections de collargol ou d'encre de Chine et constataient une diminution marquée du fer sanguin, sans aucune modification du nombre des globules rouges. En poursuivant alors le blocage par des injections fortes et souvent répétées, ils voyaient enfin diminuer le nombre des hématies, mais cette diminution n’était nullement proportionnelle à labaissement du fer, qui résulte plutôt de Paffaiblissement fonctionnel des cellules de Kupffer. La chlorose aurait comme principal facteur pathogénique un véritable arrêt fonctionnel du système réticulo-endothélial, et principalement des cellules de
Kupffer. Jousset et Granel ont attiré, il y a peu de temps l'attention sur l’intervention possible des éléments conjonctifs du poumon dans cetie fonction martiale.
Le fer, accumulé dans les cellules conjonctives du foie et des autres tissus sert au jeu régulier des oxydations intra-cellulaires. Mais il est éliminé en majeure partie par la bile et les urines, ou bien il sert à la synthèse de l’hémoglobine dans les zones sanguiformatives. Divers auteurs pensent qu’il est transporté vers la moœlle osseuse soit sous forme soluble, soit sous forme colloïdale, inclus dans le protoplasme d’histiocytes desquamés. Eppinger établit ainsi une relation histophysiologique entre la rate, les ganglions, les cellules de Kupffer d’une part, la mœælle osseuse d'autre part, entre les centres de l’hémolyse et ceux de l’érythropoiëèse.
Nous avons déjà cité la chlorose comme exemple de trouble de la fonction martiale. I] est un autre état pathologique que nous ne pouvons passer sous silence : la sidérose, caractérisée par une surcharge de pigment ocre, et que l’on constate dans diverses altérations du système réticulo-endothélial, en particulier dans le paludisme, et dans les affections qui entraînent une hémolyse considérable, ainsi que dans un certain nombre de cirrhoses hépatiques. Dans ce dernier cas, la sidérose serait dûe, après les travaux de Roque, Chalier et Nové-Josserand, à un trouble splénique primitif, la localisation hépatique du processus morbide n'étant que secondaire. En injectant à des chiens du toluvlène-diamine à 3 %, on constate
que l’hémoglobinémie est surtout marquée dans le sang de la veine splénique. En employant des doses minimes, on observe une hémolyse localisée à la rate qui s’infiltre seule de pigment ocre, ne laissant échapper que quelques grains que lon retrouve fixés. dans les éléments conjonctifs du foie. Ainsi, la rate déverse dans la veine splénique soit des hémolysines qui feraient éclater les globules rouges pendant leur trajet de la rate au foie, soit plutôt du pigment ocre que le foie arrête. Dans les états sidérotiques, la quantité de fer contenu dans l’organisme peut ne pas être plus élevée qu’à l’état normal. La différence porte sur la répartition et sur la nature des composés ferrugineux. Le fer est dissimulé dans les conditions physiologiques, tandis qu'il présente les réactions des composés anorganiques dans les cas de sidérose. Le pigment sidérotique provient des hématies lysées. À côté de l’hémolyse ictérogène, il convient de décrire une hémolyse sidérogène, fréquente chez les femmes gravides, et que l’expérimentation met facilement en évidence : il suffit d’injecter du sang dans le péritoine d’un animal. Si on le sacrifie plusieurs mois après lPinjection, on trouve de la rubigine dans le foie, la rate, la moœlle osseuse, les ganglions paravertébraux et l’épiploon. En opérant ainsi sur des lots d'animaux, à des intervalles plus où moins rapprochés du début de lexpérience, on arrive à suivre le cycle des transformations de l’hémoglobine qui devient de Phydrate ferrique dans les éléments conjonctifs de l'organisme. Chez les animaux splénectomisés, cet état de sidérose est beau-
coup plus marqué que chez les animaux témoins, après injection intrapéritonéale de sels de fer. Il semble donc que ces états sidérotiques pathologiques correspondent à une diminution de la valeur fonctionnelle du système réticulo-endothélial, et par conséquent, que le système soit doué d’une fonction particulière dans l’assimilation et la fixation des composés du fer. Dastre pensait que la fonction martiale était une fonction hépatique. Il semble bien prouvé actuellement que cette fonction soit une des activités fonctionnelles du système conjonctif réticulo-endothélial.