CHOIX D'UNE ÉPREUVE
Nous venons de voir comment on a reconnu au système conjonctif réticulo-endothélial un certain nombre de fonctions plus ou moins importantes. On lui assigne un rôle dans la genèse et la destruction d'éléments figurés sanguins, dans la biligénie, dans le métabolisme des graisses, du fer et de certains constituants minéraux de lorganisme, dans la défense contre les microbes, les parasites et leurs toxines, contre les poisons de tout: nature qui peuvent compromettre l’harmonie vitale. Pour mesurer la valeur fonctionnelle du système, il semble à priori qu£ l’on puisse s'adresser à l’une quelconque de ses fonctions, comme cela a été pour ,e foie par exemple. Mais en réalité la plupart des activités métaboliques du SRE sont encore trop mal connues, trop vagues pour être mesurables. Nous n’avons sur elles que des notions qualitatives le plus souvent, rarement quantitatives. Trop de facteurs différents interviennent dans le métabolisme
des graisses et des lipoïdes, par exemple, pour que. l’on puisse préciser le degré d’intervention du système. On doit donc, en dernier examen, s'adresser à la fonction la mieux établie du SRE, à la fonction pexique. Diverses méthodes ont été proposées : les unes reposent sur les modifications résultant üe suppressions chirurgicales de territoires importants du système, les autres sur des surcharges cellulaires après injection de substances colloïdaies colorantes. Ce sont, en particulier, la splénectomie d’une part, les épreuves de blocage et de sur-blocage d'autre part. Ce sont là des procédés de laboratoire possibles seulement sur des animaux d’expérience, qu’on ne saurait appiiquer aux humains en clinique courante. Aussi a-t-on recours à des épreuves de pexie qui consistent non plus à bloquer le système, mais plutôt à étudier la vitesse d’élimination du colorant après injection de faibles doses non toxiques. C’est sur ces méthodes que Is auteurs ont porté leur attention, et ils ont obtenu des résultats très encourageants, qui légitiment leurs efforts. Grâce à elles, on peut, avec une précision suffisante, se faire une idée sur la valeur fonctionnelle du SRE des patients en clinique, et établir d'autre part des règles sur les rapports qui existent entre la gravité des maladies et l’état du système. On ne doit d’ailleurs avoir aucun regret en abandonnant les techniques auxquelles nous faisions allusion. En effet, la splénectomie, même si elle était applicable en clinique, ne saurait représenter une bonne exploration fonctionnelle du SRE. En effet, enlever la rate n’est pas supprimer le fac-
teur réticulo-endothélial. Des vicariances interviennent rapidement, ne permetiant pas une appréciation fine des phénomènes. Les méthodes de blocage, beaucoup plus générales dans leur action, sont des méthodes aveugles. L'idéal recherché est de bourrer toutes les cellules histiocytaires de particules colorantes, afin de déterminer une paralysie dans son action. En vérité, c’est là une conception bien simpliste du blocage que ne partagent plus la majorité des auteurs modernes, en raison des objections graves qu’elle soulève : le SRE étant un système indéfini, sans limite autre que celle de tout le tissu conjonctif, on ne peut avoir la prétention de bloquer toutes les cellules du système qui *e multiplient avec une extrême rapidité aux dépens des éléments indifférenciés du mésenchyme, et on constate en fait que c’est après les injections les plus massives que l’on trouve les processus de « rénovation » les plus intenses. D’autre part, rien ne prouve qu’une cellule bourrée de particules de colorant soit paralysée. Les expériences de contreblocage, de surblocage, montrent que des cellules déjà bourrées par une première injection d’une substance donnée, se comportent comme des cellnles vierges vis-à-vis d’une injection d’une autre substance. Ces considérations nous montrent la vanité des conceptions simplistes du blocage, et sont de graves objections aux méthodes qui en découlent. Il n’en reste pas moins vrai que ces épreuves de blocage restent classiques en physiologie, faute de meilleures. En ce qui concerne les épreuves de pexie, elles ne visent pas au blocage
des cellules. Comme nous l'avons dit, elles n’intéressent que la vitesse de résorption d’un colorant, et elles échappent par conséquent à ces objections.
Les substances employées par les chercheurs, soit pour les blocages, soit pour les épreuves clinjques de pexie, sont extrêmement nombreuses.
D'une façon générale, ce sont des substances colloïdales à grosses micelles en suspension dans un milieu liquide, à réaction chimique neutre ou basique de préférence, à polarité électrique neutre ou négative. Afin de mieux les retrouver dans les humeurs, dans les cellules mobiles ou sur les coupes d’organe, on prend de préférence des substances colorantes stables : suie, encre de Chine, sels colloïdaux d'argent, de fer, de platine, de thorium, dérivés benziniques tels que le bleu trypan, le bleu de pyrrhol, le rouge trypan, le rouge congo, le carmin lithiné. On a également employé des émulsions de graisse, des poussières, des parasites, des germes et des vaccins, du sang laqué. Ce sont là des substances employées souvent, et nous ne citons que les principales d’entre elles. Les voies d’introduction sont également très variables, suivant qu'on recherche un effet général ou local, ou qu’on veut imiter un processus morbide : voies intraveineuse, sous-cutanée, lymphatique, intrapéritonéale, digestive, respiratoire. etc. C’est ainsi que l’on a pu réaliser expérimentalement des anthracoses et des silicoses pulmonaires par inhalation de poussières, st forcer la barrière digestive par ingestion de colorants. Les résultats cherchés sont enfin de deux ordres différents : qualitatifs et quantitatifs. En
clinique, au cours des épreuves de pexie, on ne recherche guère que des résultats quantitatifs, que des chiffres permettant d'apprécier l’intensité ou la rapidité de la pexie de la substance introduite. Un fait assez remarquable est que les différentes méthodes colorimétriques, malgré l’usage de substances très variées, donnent généralement des chiffres identiques, sur un même sujet.