‹ Contribution à l'étude du Système Réticulo-Endothélial et de son comportement au cours de certaines maladies infectieuses ou parasitairesChapitre 54 sur 81 · VALEUR DE L'ÉPREUVE · texte numérisé non relu

VALEUR DE L'ÉPREUVE

L'épreuve au rouge Congo est-elle en définitive une épreuve fonctionnelle du SRE ? Telle est la question finale de grande importance que ne pouvait manquer de se poser un auteur tel que Dieryvck, envisageant l’importance relative des facteurs qui interviennent dans la fixation et la disparition du colorant. Il faut d’abord reconnaître que les cellules réticulo-endothéliales sont capables de fixer le rouge Congo sous la forme granulaire, soit par de simples examens macroscopiques, soit par des coupes fines après congélation. Sur ce point, à peu près tous les auteurs sont d'accord. Beaucoup plus importante est la question des variations de vitesse de disparition du colloïde. C’est ici qu’interviennent les facteurs hépatiques, extra-hépatiques, capillaires et rénaux. Nous avons déjà vu que le facteur rénal est négligeable et qu’il faut des réactifs très sensibles pour mettre le rouge Congo en évidence dans les urines. Le rôle des capillaires périphériques est plus délicat à établir : si le rouge Congo peut traverser la paroi des veines de la langue de la grenouille, s’il peut apparaître dans le

liquide d’œdème d'un néphritique, il n’en reste pas moins établi que ce sont là des issues exceptionnelles, et la meilleure preuve du rôle minime joué à l’état normal par les capillaires dans la disparition du rouge Congo est donnée par Katsura qui montre que le colorant injecté dans le péritoine se résorbe non par voie sanguine, mais par voie lymphatique. Stern, Belkina et Zlatowierow ont montré qu’il ne passe pas dans le liquide céphalo-rachidien. Il est donc établi qu’à l’état normal la barrière capillaire est imperméable au rouge Congo et à tous les colorants colloïdaux d’une façon générale, mais qu’elle peut les laisser filtrer dans certains états expérimentaux, après la castration, la thyroïdectomie, la splénectomie ou au cours de Pinflammation.

Pour Dieryck, le nœud du problème de la signification de l’épreuve du rouge Congo réside dans la détermination de la part qui revient aux cellules réticulo-endothéliales du foie, et aux cellules parenchymateuses hépatiques dans la fixation du colorant. Les expériences d’hépatectomie partielle prouvent, en effet, le rôle prépondérant du foie dans le résultat de l'épreuve. Cette question remet en discussion le problème de l'intervention du SRE dans les différentes épreuves proposées pour l'étude de la fonction chromagogue du foie, intervention démontrée par une série d'expériences de Saxl ct Donath, de Schellong et Eisler, de Wolf et Neel, d'Adler et Eidel, de Tada et Nakashima, de Fiessinger, Olivier et Castéran, de Dieryck. L’importance de la rétention consécutive aux obstructions des voies biliaires et aux atteintes spontanées ou

expérimentales du parenchyme hépatique fait toutefois ressortir l'importance du facteur écoulement biliaire et excrétion par la cellule parenchymateuse dans le résultat de ces épreuves. L'épreuve du rouge Congo est apparemment soumise aux mêmes influences que les précédentes, phénoltétrachorepthaléine, azorubine S, rose bengale, etc. L’obstruction du cholédoque produit une rétention immédiate du rouge Congo qui s’accentue les jours suivants. Les injections bloquantes pour le rose bengale le sont aussi pour le rouge Congo. Les doses de caséosan et de thyroxine qui stimulent l’élimination du rose bengale, accélèrent aussi celle du rouge Congo. Ces données montrent la double intervention des facteurs écoulement biliaire et SRE dans l'épreuve d’Adler et Reiman (Dieryck). Mais il arrive un moment où l’analogie entre le rouge Congo et les autres colorants cesse : l’élimination du rose bengale par les voies biliaires est beaucoup plus rapide, et quand le rose est devenu indosable, il ne s’est guère éliminé plus du quart du rouge Congo. Ce fait montre que le facteur tissulaire joue pour le rouge Congo un rôle prépondérant, alors qu'il est minime pour le rose. Etant donné la lenteur relative de l'élimination du rouge Congo par le foie, lPintense rétention dans le sang après lhépatectomie partielle ne peut être attribuée à la suppression d’un émonctoire : il faut plutôt penser à la suppression de la plus grande partie du réservoir où s’accumule le colorant après sa sortie du courant sanguin avant son élimination par la bile.

Reste dès lors à déterminer si c’est la cellule étoi-

lée qui joue seule le rôle de réservoir pour le colcrant, ou bien si la cellule hépatique intervient également comme agent de mise en réserve du colorant. Par des coupes histologiques après injection de colorants colloïdaux acides, on sait que la fixation revient presque entièrement aux cellules réticulo-endothéliales du foie. Les granulations, nombreuses dans les cellules de Kupffer, sont rares dans les cellules hépatiques, même au cours d’injections répétées. Le rouge (Congo, qui existe sous forme de micelles colloïdales, est fixé par la celluile de Kupffer. Le rose bengale, colorant cristalloïde, passe intégralement dans la cellule hépatique, qui l’élimine promptement, et c’est dans cette différence de constitution physique que réside toute la différence de comportement entre ces deux colorants. Le rouge Congo, produit colloïdal, est fixé dans la cellule de Kupffer et ne passe dans la cellule hépatique que dans la mesure où le permet la perméabilité de la barrière réticulo-endothéliale, perméabilité qui peut varier suivant les circonstances. Quant au rôle du SRE extra-hépatique dans l'épreuve, il ne concerne que les cellules histiocytaires en bordure des vaisseaux de la rate, de la molle osseuse, des petits territoires réticulaires disséminés dans le mésenchyme. Ils ne jouent qu'un rôle négligeable (Dieryck).

De cet exposé, nous devons retenir que lélimination du rouge Congo, et de tous les colorants coiloïdaux en général, injectés dans le sang, dépend pour la plus grande part de l’activité fonctionnelle

des cellules réticulo-endothéliales, et tout particulièrement des cellules de Kupffer. C’est dans la mesure où nous tenons compte des divers facteurs de variation de l’élimination des colloïdes — facteurs physiologiques, morbides ou expérimentaux - que nous pouvons considérer l'épreuve au rouge Congo et les épreuves similaires comme des moyens sérieux d'investigation de l’activité fonctionnelle du SRE. Cette conclusion légitime l’usage que lon fait de ces épreuves en clinique depuis quelques années.

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