‹ Contribution à l'étude du Système Réticulo-Endothélial et de son comportement au cours de certaines maladies infectieuses ou parasitairesChapitre 53 sur 81 · VOIES D’ÉLIMINATION DU ROUGE CONGO · texte numérisé non relu

VOIES D’ÉLIMINATION DU ROUGE CONGO

C'était la grosse question à résoudre en vue de la connaissance complète des facteurs capables de faire varier les vitesses d'élimination du colorant injecté. Lepehne avait, le premier, montré que chez l’homme le rouge Congo injecté dans la veine était déjà décelable après 35 minutes dans la bile recueillie par tubage duodénal. Oka retrouvait de même la presque totalité du colorant dans la bile du chien. Ninomiva retrouvait 78 % du rouge dans la bile du chien, 85,5 % dans celle du lapin pour des doses de 1 milligramme par kilog de poids. Dieryck, voulant étudier l'importance de cette voie d'élimination, effectue une série d’expériences

portant sur le moment d'apparition du rouge Congo dans la bile, et sur le pourcentage de colorant éliminé. Il trouve le ‘colorant entre la o° et la 7° minutes après l’injection intra-veineuse, et il constate que la concentration du rouge Congo dans la bile croît rapidement après le début de l'élimination biliaire, la concentration maxima étant atteinte après 47 minutes dans 20 % des cas, à la 60° minute dans 60 % des cas et vers la 150° minute dans les 20 cas restants, pour se maintenir au taux maximum durant 2 à 6 heures, dans la majorité de cas. La courbe retombe ensuite progressivement, et le colorant devient optiquement indosable vers la douzième heure.

Si le foie semble être la voie normale d’élimination du rouge Congo, d’après ces expériences, il ne semble pas qu’il en soit de même pour le rein, chez le sujet normal. En effet, si Bennhold avait signalé une élimination exagérée au cours de certaines néphroses, il s’agit là d’un trouble particulier. Chez l'individu normal, Oka, Ninomiya, ne sont pas parvenus à déceler le rouge Congo dans lurine au cours de leurs expériences sur les chiens et 1Ies lapins. Dieryck, reprenant ces recherches, ne trouve que des traces indosables dans lurine et pense qu’il n’y a guère plus de 4 % de colorant qui s’élimine par cette voie. D’autre part, son quotient n’est pas modifié le lendemain d’une double néphrectomie. Il semble donc que lexcrétion du rouge Congo se fasse presque exclusivement par le foie, et que l'élimination rénale, si elle existe, soit peu importante. On peut dire que 20 ou 30 %

du colorant sont éliminés par la bile durant les sept heures qui suivent l'injection d’une dose de 10 milligrammes par kilog de poids corporel. L’élimination se ralentit ensuite progressivement et a pu être suivie jusqu’au quatrième jour. Dieryck a, en outre, pratiqué une série d’expériences pour mieux mettre en lumière l’action du foie dans l'élimination du rouge Congo : en particulier, le rôle des modifications de l’écoulement biliaire et des cellules hépatiques dans les variations du quotient. Les avis sont, en effet, très partagés. Adler et Reiman admettent que l'injection de rouge Congo n’est pas un test de la fonction chromagogue du foie. Ninomiya soutient la théorie inverse. Pour trancher la question, Dieryck étudie l'effet des ligatures du cholédoque, des injections de liquide sous pression dans les voies biliaires et de l’hépatectomie partielle sur l'épreuve au rouge Congo, ainsi que celui de deux puissants cholagogues, l'huile de Haarlem et l’atophanyle. La suppression de l’écoulement biliaire entraîne un retard immédiat de la disparition du rouge Congo, le quotient diminuant de plus de 20 unités immédiatement après la ligature. Ce résultat concorde entièrement avec les données de Schellong et Eisler, mais ce retard creît notablement durant les jours qui suivent la ligature. L’injection sous pression de liquide physiologique dans le cholédoque amène le même résultat. Ce procédé empêche toute excrétion du colorant par la cellule hépatique. Mais il réduit également sans toutefois la supprimer, la fonction chromopexique de la cellule de Kupffer. L’extirpation

de portions importantes du foie retarde d’une façon considérable la disparition du colorant. La suppression des 4/5 de la masse hépatique réduit environ des 2/3 la vitesse de disparition du rouge Congo.

Ces expériences montrent que la suppression, soit d’une grande partie du foie, soit de sa sécrétion biliaire entraînent un retard dans l'élimination du colorant. Il était juste de supposer que l'action des cholagogues, accélérant cette sécrétion biliaire, devaient entrainer une accélération parallèle de la disparition du colorant. Il n’en est rien, semble-t-il: huile de Haarlem, pas plus que l’atophanyle, n’ont amené de modifications sensibles de la vitesse d'élimination du colorant, probablement parce qu'ils n’agissent pas sur l'élément réticulo-endothtlial du foie.

L'intervention du facteur hépatique étant ainsi mise en évidence tant par des données cliniques que par des expériences, il restait à rechercher le rôle joué par la rate, et par certaines drogues susceptibles de modifier le SRE. La splénectomie exerce fréquemment une action inhibitrice sur la vitesse de disparition du rouge Congo. Cependant, Dieryck a constaté plusieurs fois un effet paradoxal d'accélération de cette vitesse d'élimination du rouge Congo, qui peut s’expliquer par une violente réaction des éléments restants du tissu conjonctif réticulo-endothélial, en particulier par les cellules de Kupffer et les endothéliums vasculaires, réaction qui dépasserait son but de compensation. La thyroxine accélère notablement la dispari-

tion du rouge Congo. Au contraire, l’adrénaline, l’éphédrine, la pilocarpine, lacétylcholine, Fergotamine, l’atropine et l’histamine la ralentissent. Ce sont les débuts d’une étude de la pharmacologie de certaines substances sur le SRE, qu’il serait intéressant de poursuivre en vue d'applications thérapeutiques.

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