‹ Contribution à l'étude du Système Réticulo-Endothélial et de son comportement au cours de certaines maladies infectieuses ou parasitairesChapitre 63 sur 81 · IMMUNITÉ HUMORALE · texte numérisé non relu

IMMUNITÉ HUMORALE

Si la bactériopexie joue un rôle capital dans l'élimination des germes, il n’est cependant pas douteux qu’elle soit insuffisante, que lFapparition de certaines propriétés humorales au cours de linfection ne puisse favoriser à un moment donné les actes phagocytaires (opsonines de Wright, pouvoir ieuco-activant d’Achard et Foix) et même débarrasser l’organisme de certains facteurs nocifs que les cellules ne sauraient atteindre. L’immunité humorale est donc nécessaire, et ne s'oppose pas du tout à l’immunité cellulaire. Elle en est plutôt la continuation.

L’immunité humorale comprend l’ensemble des modifications apparues dans les humeurs de lorganisme au cours des infections, non seulement chez l'individu, mais encore chez ses ancêtres au cours des temps. Elles se sont conservées par sélection naturelle et transmises à nous par hérédité. Cette hérédité est fonctionnelle et non morphologique, transmettant un ensemble de caractères correspondant à des aptitudes morbides définies, et conditionnant pour une part appréciable les particularités des terrains individuels. On trouve ainsi le lien qui existe entre l’immunité humorale naturelle et acquise.

Le fait essentiel de la doctrine humorale est la propriété qu’orit les humeurs, sérums, exsudats, etc., de détruire les germes et de neutraliser leurs poisons, de rendre le milieu inhabitable aux agres-

seurs, de favoriser les défenses de toutes sortes, indépendamment de l’activité des cellules. Cette formule ne doit cependant pas être trop stricte, depuis que l’on sait que les cellules peuvent intervenir dans la genèse des modifications humorales. Ces modifications sont multiples. On ne les connaît pas toutes. Leur ensemble constitue un des éléments de Pindividualité du terrain, que nous avons vu si difficile à définir. On peut cependant citer les plus importantes : présence d’anticorps, de diastases, variations de l’équilibre acide-base et colloïdal, variation du taux de certaines substances comme la cholestérine, variations de certains métabolismes, etc. Parmi ces caractères que présentent les humeurs, nous ne retiendrons que ceux où le rôle du SRE intervient d’une façon plus ou moins nette.

Les anticorps sont des propriétés pour les uns, des substances pour les autres, par lesquelles un organisme réagit à la pénétration en lui, naturelle ou expérimentale, de certains corps étrangers, microbes, poisons microbiens, végétaux ou animaux, albuminoïdes divers, qui sont désignés sous le nom d’antigènes. Un antigène est précisément défini comme tel par son aptitude à provoquer dans lorganisme infecté la production d’un anticorps. La découverte des anticorps a été d’autant plus éclatante dans la biologie que sa portée pratique égalait au moins son importance théorique. Les anticorps se distinguent en antitoxines qui neutralisent spécifiquement la toxine, en agglutinines qui sont douées de la propriété d’agglutiner les microbes: en précipitines qui floculent les germes et albumi-

nes étrangères, en hémolysines qui se composent elles-mêmes d’un mélange de sensibilisatrice et d’alexine, et qui font éclater les globuies rouges. On a décrit bien d’autres anticorps dans is humeurs, opsonines de Wright qui préparent les germes à la phagocytose, oxydases qui oxydent les substances organiques, etc., sans compter les phénoménines dont parle l’ironique Le Dantec. Nous ne savons rien de la nature des anticorps : sécrétions ? diastases ? propriétés physiques ? Au fond, leur nature nous importe peu. Ils correspondent à des faits dûment observés au cours d'expériences et dont on ne peut nier la validité.

De nombreuses recherches ont été faites pour découvrir à quel organe, à quel tissu appartient la fonction de produire les divers anticorps. Depuis longtemps, le pouvoir phagocytaire intense des éléments conjonctifs réticulo-endothéliaux a fait penser qu’on pourrait localiser à leur niveau la production de ces principes. Déjà, Cary, Kye avaient montré que c’étaient les organes les plus riches en phagocytes qui les produisaient 1e plus activement. Le SRE a été particulièrement étudié, notamment au moyen du blocage, qui, en paralvsant l’activité fonctionnelle des éléments de ce système, devrait empêcher l'apparition des anticorps dans le sérum. Les résultats de ces recherches entreprises dans ce domaine sont jusqu'ici tout à fait contradictoires, et il n’est même pas certain que l’on puisse obtenir, par les moyens employés, un blocage complet et durable du SRE au point de

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vue anatomique et fonctionnel. Il est cependant remarquable de voir que de nombreux auteurs sont unanimes à considérer le SRE comme lieu de formation des anticorps par des expériences de blocage : Bieling, Neufeld, Rosenthal, Spitzer, etc. Murata, Gay et Clark ont pu supprimer la formation d'anticorps par injection de bleu trypan, et d’hémolysine par injection de fer colloïdal. Cionino Aldo constate de même une diminution notable des anticorps après blocages. Gastinel et Reilly constatent chez les animaux bloqués par l’encre de Chine une septicémie après injection de germes, tandis que les animaux témoins, non bloqués et ayant reçu la même dose de germes les détruisent en quelques heures. Des faits analogues ont été observés vis-à-vis de l'infection tuberculeuse par un grand nombre d'auteurs, Nasta, Nasta et Schlopobensky, etc. Carrel et Ingebrigsten ont employé une autre méthode pour démontrer l’origine locale des anticorps : en cultivant des tissus très riches en éléments réticulo-endothéliaux, tels que des prélèvements de rate, de mœælle osseuse où d'organes lymphoiïdes. Par addition d’antigènes (érythrocvtes de chèvres) à de telles cultures, ils ont obtenu in vitro la production d’hémolysines. Cette constatation est particulièrement démonstrative du fait que se trouvent écartés différents facteurs présents dans les complexes tissulaires et qui pourraient être mis en cause.

Il est enfin un autre procédé, c’est celui de Pirradiation de la rate, employé par Stephan, Manoukine, Schürer, ete. On constate par ce procédé une

exacerbation des défenses de Florganisme, avec accroissement du nombre des hémolvsines, agglutinines, bactériolysines, surtout si l’on a le soin d'exciter la rate à laide de faibles irradiations. Ce procédé a été utilisé avec succès en thérapeutique des maladies infectieuses surtout par Denk en 1927, et Schürer a établi les bases expérimentales et cliniques des résultats obtenus. |

Ces travaux semblent montrer le rôle extrêmement important que joue le SRE dans la genèse de ces substances immunitaires que sont les anticorps. Peu importe qu’ils soient des sécrétions, des diastases, des substances chimiques ou des propriétés physiques des sérums. Le fait essentiel est la relation qui existe entre les variations des propriétés anticorps et celles du SRE. Ce système nous apparaît dès lors comme un organe essentiel de l’immunité. Mais il semble bien que son rôle ne se borne pas à la mise en jeu des cellules phagocytaires et d'anticorps. Par son intervention dans divers métabolismes, il semble capable d'intervenir dans d’autres mécanismes de la défense.

Les cellules phagocvtaires n° semblent pas étrangères à la genèse de certains ferments, et au maintien de leur équilibre dans lorganisme. Nous savons le rôle que Belin faisait jouer dans l’immunité aux oxydases qui détruisent les toxines déjà dédoublées par les ferments. De leur côté, certains auteurs comme Jobling, Petersen et J. Péricaud attribuent aux ferments une importance capitale dans la genèse de larthritisme uricémique et du ‘ancer. Toute la vie s’opérerait par fermentations,

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et le leucocyte possèderait un répertoire diastasique d'une extraordinaire richesse, ce qui lui permettrait de suppléer à toutes les glandes. I1 possèderait, en effet, des ferments d’oxydation, de désoxydation, d’hydratation et de déshydratation, etc., qui seraient d’une très grande utilité dans la genèse des phénomènes de l’inflammation et dans la neutralisation des molécules instables que sont les toxines. A côté des oxydases, agents d'oxydation, les principaux sont les protéases, ferments d'hydratation et les lipases, agissant sur les graisses, que les leucocytes sécrètent comme cela l’a été démontré sur des lames de verre enduites de graisses, de cire, de protéiques et recouvertes d’un frottis sanguin. Tous ces ferments seraient régularisés et maintenus dans une activité normale par un antagonisme, dont Reusz a montré l'existence. Un cer- ‘fain nombre d'auteurs allemands, Muller, Peiser, Hagen, Lenz, Kolaczek ont étudié le rôle des protéases et de l’antiferment dans les suppurations diverses. En mesurant le pouvoir antitryptique du sang, on peut se rendre compte par déduction logique, de l’activité tryptique du sérum (Achalme). Les différents ferments de l’organisme concourent sans cesse pour la prédominance, et celle-ci de’t diriger les mutations des tissus et les modifications organiques : le pouvoir antitryptique augmente chaque fois qu’il y a abondance de ferments protéolytiques dans l'organisme. Il arrive qu'après une polynucléose marquée, la destruction consécutive des globules blancs libère un ferment protéolytique en abondance. Des troubles en résultent.

Ceux-ci sont chroniques dans la diathèse uricémique. L’antiferment intervient alors pour rétablir léguilibre fermentaire rompu. Le ferment protéolytique est prépondérant dans les cancers, variable dans la syphilis et la tuberculose, quoique souvent augmenté ou diminué dans le diabète. Le pouvoir antitryptique du sérum semble augmenté après blocage du SRE par l'encre de Chine, ce qui semble montrer que le système n’est pas étranger au maintien de cet équilibre diastasique.

Un des grands titres de gloire de la chimie biologique moderne est d’avoir mis en évidence le rôle très important qui revient aux échanges acides-bases, c’est-à-dire à l’équilibre qui doit exister entre l'acidité et l’acalinité potentielles, facteurs qui sont toujours prêts à entrer en action au cours des besoins végétatifs et physiologiques, et sur lesquels le Professeur Alberto Scala, de Rome, nous a apporté des éclaircissements si utiles à la bonne compréhension des phénomènes vitaux. Sans entrer dans le détail des mécanismes de ce processus, rappelons que la micelle colloïdale vivante possède une charge électrique double, et le signe électrique de lensemble de la micelle se trouve déterminé par les ions de la « sphère » extérieure. Il y a donc des colloïdes électro-négatifs et électro-positifs, et ces charges distinctives conditionnent les réactions colloïdales.

Ce qui est intéressant à signaler, c’est que les colloïdes électro-négatifs en présence d’eau libèrent des acides, et déterminent des états d’acidose, qui peuvent être atténués par la présence de sels

de calcium. Nous savons déjà que le SRE fixe quasi électivement les colloïdes électro-négatifs, et intervient dans le cycle de la chaux. Il semble done qu’il préserve l’organisme à ce double titre des accidents aigus ou chroniques relevant de l’acidose, parmi lesquels nous relevons des troubles de l’ossification comme le rachitisme, l’ostéomalacie, les caries dentaires, des troubles de l’eau comme la déshydratation, les entérites aiguës, certaines affecctions complexes comme l’'anémie pernicieuse, la tuberculose, etc., et des états tels que l’allergie et Panaphylaxie. On a tout intérêt à ce sujet de consulter les intéressants travaux d’A. Scala et de ses collaborateurs.

Les variations du métabolisme des graisses jouent un rôle non négligeable dans le mécanisme de limmunité. L’amaigrissement va souvent de pair avec un fléchissement des défenses de lorganisme, et l’on peut affirmer qu'il est un des meilleurs éléments de pronostic dans certaines infections, comme la tuberculose. Nous savons, d'autre part, que certains poisons sont neutralisés par les lipoïdes, par la cholestérine en particulier. Il est enfin une notion clinique bien connue : chez certains intoxiqués, comme les alcooliques, la graisse sert à l’immobilisation des poisons dont l'organisme ne peut se débarrasser autrement. Ce qui prouve ce rôle antitoxique de la surcharge graisseuse, c’est que les accidents nerveux qui accompagnent certains amaigrissements d’obèses, ne cessent que par la reprise des réserves graisseuses (Perrin et Mathieu). Le tissu conjonctif réticulo-endothélial prenant une

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part importante dans le métabolisme des graisses et des lipoïdes, semble à ce titre participer encore dans ce rôle immunitaire antitoxique de ces substances.

Nous ne devons pas passer sous silence la conception colloïdale de la biologie et de la pathologie, présentée par Auguste Lumière. Pour cet auteur, les humeurs de l'organisme sont formées de colloïdes, de groupements moléculaires très petits. Sous certaines influences, ces colloïdes présentent le phénomème de la floculation, et il en résulte des modifications considérables dans léquilibre vital. En ce qui concerne l’immunité, Lumière dit : « Les matériaux albuminoïdes provenant des microbes pathogènes sont complexes. Ils comportent deux types principaux de protéines : celles qui forment les corps bacillaires £êt celles qui constituent leurs produits d’excrétion. Quelques-unes de ces protéines et ces dernières principalement, produisent d'emblée une précipitation sérique, et c’est cette propriété qui caractérise la nocivité de l’espèce. Mais les autres protéines, non précipitantes, se comportent comme des antigènes ordinaires et conferent par conséquent aux humeurs un état de sensibilité spécifique ; elles ne déterminent aucun trouble fonctionnel mais créent seulement un état anaphylactique tel que, quand ces mêmes substances viendront de nouveau en contact avec les humeurs, elles floculeront inévitablement. Donc, si les albumines exobactériennes conduisent aux accidents pathologiques, les protéines endobactériennes sensibilisent le sujet, de sorte que si les mêmes micro-

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bes viennent à s'installer de nouveau sur les muqueuses ou à être introduits dans l’organisme, leurs albuminoïdes seront floculées et ils seront tués. L’immunité sera ainsi réalisée. » Il n’est pas douteux que le SRE n'intervienne dans cette immunité micellaire, grâce à la propriété fortement colloïdopexique de s£s éléments, en assurant l’équilibre colloïdal des humeurs.

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